‹ La révolution françaiseChapitre 6 sur 84 · INTRODUCTION XI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XI

dans un temps ordinaire, se seraient sans doute élevés au dessus de la foule; des circonstances démesurées les ont démesurément grandis; elles ont surtout créé chez eux des caractères : le fer devient acier par la forge.

L'idéal de la Révolution resplendit dans les œuvres de nos philosophes et de nos publicistes; il resplendit dans V Encyclopédie^ qui fut le résumé des aspirations du temps; et V Encyclopédie ellemême est résumée dans la Déclaration des droits.

La période comprise entre 1789 et les premiers jours de ce siècle fut douloureuse, comme le sont toutes les crises sociales et politiques. De telles crises atteignent la minorité puissante et riche en diminuant ses privilèges et ses jouissances; elles atteignent plus encore la majorité pauvre, dont elles anéantissent immédiatement les ressources en suspendant le travail qui la fait vivre.

Pourtant les classes nombreuses n'ont pas un moment cessé d'acclamer la Révolution. C'est donc que le pressentiment d'un avenir meilleur les aidait à supporter le mal présent. On certain nombre de privilégiés aussi l'ont acceptée; quelques-uns avec enthousiasme, renonçant spontanément à leurs avantages : l'injustice blesse les hommes généreux, même lorsqu'elle s'exerce à leur profit.

Quant aux descendants de ceux-là, encadrés

XIT INTRODUCTION

désormais dans la société nouvelle, ils s'y trouvent à l'aise.

Nous avons bien eu le spectacle des Epiménides réveillés par le coup de tonnerre de 1870, qui, sans se douter des changements accomplis pendant leur sommeil, ont essayé de renouer le fil de l'histoire au point où ils le croyaient rompu en 89 : maladie d'anachronisme qui ne pouvait être épidémique. Nous assisterons peut-être encore à des tressaillements du passé : ils n'arrêteront pas la marche régulière des choses, pas plus que n'y parviendront les folies barbares des impatients; ceux-ci, les malheureux, accroissent eux-mêmes le trouble dont ils souffrent.

Maintenant que la France a choisi sa forme définitive de gouvernement, le progrès se continuera sans secousses par l'action alternative des mœurs et des lois, se perfectionnant mutuellement.

Mais la Révolution française n'est pas française seulement : on n'insistera jamais trop sur sou caractère d'universalité, qui a frappé tous les esprits supérieurs :

a C'est le plus grand pas fait pour Taffranchissement total du genre humain », a dit l'Anglais Fox.

« C'est le premier chapitre de la Révolution nationale, » a dit l'Américain Jefferson; et Jeffer-

Page 1