INTRODUCTION XXIX
Tous deux ont le même effroi de l'avenir. « Ce pays est perdu, dit Yirieu ; je crois qu'il ne se relèvera jamais. » — « Il est heureux, Sire, écrit Staël le 29 août 1789, de n'avoir en ce moment-ci aucune liaison politique avec la France. Il faut regarder cette puissance (si jamais elle se relève de la crise affreuse où elle est tombée) comme rayée encore pendant beaucoup d'années au moins du tableau des puissances de l'Europe. »
Ecoutez maintenant Governor Morris (1), le 24 janvier 1790 : « Ce malheureux pays offre moralement l'aspect d'une vaste ruine. Comment cela fînira-t-il? » Et Mercy, ambassadeur d'Autriche (2) : « Cette monarchie est pour longtemps ravalée. La France s'anéantit. » Et Grimm (3), le 17 août 1790 : « La France est perdue sans ressources. Son état anarchique est tel qu'il est impossible qu'elle subsiste encore quelque temps. »
Ainsi, tous les étrangers, à quelque parti qu'ils appartiennent, jugent de même façon les événements et leurs conséquences. Les troubles qui ont marqué les premières journées ont dérobé aux spectateurs contemporains le côté sérieux et durable de la Révolution française.
Jamais changement politique plus nécessaire n'a été
(1) Mémorial et correspondance.
(2) Rapports de Mercy: 17 août, 18 novembre 1789. Publiés par Wertheimer.
(3) Lettres de Grimm à Catherine H, publiées par Grot. Pétersbourg,