PARME
« Parme, 19 janvier 1793.
«Notre gouvernement, depuis le commencement de la Ré-
volution française jusqu'à maintenant, a adopté le système de votre royale Cour : une neutralité absolue. Gela est prouvé par les correspondances avec le ministre de l'Infant à Paris, bailli de Virieu, et avec le ministre de France à Parme, comte de Flavigny. Mais, depuis l'établissement de la République, notre Cour a remarqué une contenance équivoque chez M. de Flavigny, qui n'a plus fait de communications officielles sur les affaires de France, pas même celles de la Constitution : il continuait à arborer les armoiries et à porter les couleurs du Roi, et, cependant, il recevait des dépêches adressées au « citoyen ministre de la République française. »
On ht demander des renseignements confidentiels à Paris pour savoir si M. de Flavigny avait encore ou n'avait plus le caractère de représentant près de l'Infant. Il fut répondu que, bien que M. de Flavigny eût envoyé le 4 novembre au Conseil provisoire exécutif son serment, le Conseil même, ayant compris qu'il avait fait cela malgré lui, était résolu à ne pas le laisser à sa place, mais qu'on ne l'aurait rappelé que lorsqu'on aurait fixé la forme des nouvelles lettres de créance des ministres près les Cours étrangères et que, par conséquent, on ferait bien de traiter avec lui comme auparavant et de le regarder comment agent de la République, puisqu'on ne l'avait pas rappelé, de la même manière que votre Cour garde M. de Bourgoing bien que dépourvu de lettres de créance.
Le même confident ajoutait qu'on avait ordonné, d'une manière péremptoire, au général Biron d'entrer en Italie et que Mgr flnfant serait obligé de reconnaître promptement la République française, s'il voulait mettre ses sujets et ses Etats à l'abri d'une invasion, qui n'aurait pas manqué d'avoir lieu, en cas contraire, et qu'il devrait la prier de lui accorder sa bienveillance et son amitié.
Le correspondant français disait qu'il était sûr de la satisfaction qu'éprouverait le conseil exécutif provisoire d'une telle démarche et que ce serait le moyen d'amener la République à maintenir à Parme un de ses agents, ce qui ne paraissait pas dans ses projets, que M. l'Infant ferait très bien
de persuader M. le comte de Havigny qu'il ne convenait pas de faire porter à ses domestiques la livrée du Roi, moins encore de maintenir sur son palais l'écusson royal, et enfin que la dite reconnaissance de la République française et la déclaration de neutralité étaient déjà faites par les Cours de Naples et de Toscane et que la Cour de Rome y était aussi disposée.
Mgr l'Infant a fait répondre à son correspondant que, puisque l'Etat de Parme n'est pas une grande puissance, on doit bien comprendre qu'il n'est pas dans le cas de prendre part aux vicissitudes de l'Europe et que, par conséquent, il ne peut pas se persuader qu'on ne puisse le croire strictement neutre. Quant à reconnaître la République française, Mgr l'Infant y est disposé absolument, mais il faut prendre en considération ce qui suit : 1° que d'après une simple lettre privée, il ne peut pas se décider à cette démarche ; 2° qu'il serait plus régulier que Mgr l'Infant y fût invité par la République française ; 3° s'il reçoit cette invitation, il écrirait incessamment, comme il le doit, à la Cour d'Espagne, laquelle étant sur le point de procéder à cette reconnaissance, de la même manière que les Cours de Naples et de Rome, tout se finirait à leur mutuelle satisfaction, et c'est uniquement au gouvernement français qu'il appartient de faire déposer au comte de Flavigny ses livrées et ses écussons aux armes du Roi.
S. A. R. m'ordonne de notifiera V. S., comme je m'empresse de le faire, cette affaire importante, vous priant de la part de S. A. R. de faire connaître tout cela à S. M. Catholique et de me dire, après, l'opinion à ce sujet de S. M., ce qui devra servir de règle à la contenance que devra prendre la cour Royale. »