‹ La révolution françaiseChapitre 49 sur 54 · LE COMTE VENTIÎRA AU LIEUTENANT DE LAMA · texte numérisé non relu

LE COMTE VENTIÎRA AU LIEUTENANT DE LAMA

« Parme, 19 janvier 1793.

« Je reconnais avec le plus grand plaisir le zèle avec lequel vous avez tâché de découvrir ce qui intéressait S. A. R. et je vous remercie des renseignements donnés. MgrFInfant-Duc

possède un fort petit Etat et, par conséquent, il ne saurait se mêler des vicissitudes de l'Europe. On ne peut l'en soupçonner, puisqu'il est parfaitement neutre.

Quant à reconnaître la République française, M. l'Infant y est parfaitement résolu. » (Ut supràk Alcudia.)

LAMA A L'INFANTE

« Paris, 11 mars 1793.

« Point de lettre d'Italie ; c'est une bien grande privation pour moi, mais il faut, en ce monde, se soumettre à tout.

Les troubles de dimanche 24 et lundi 25 n'ont pas eu de suites meurtrières, mais tous les épiciers ont été forcés de donner le sucre, le savon et la chandelle à moitié prix de celui qu'ils faisaient aux acheteurs.

Dumouriez a pris Bréda. Les armes françaises ont des succès en Hollande ; on dit que Gagliari est pris ; je pense qu'il ne faut pas s'attirer sur les bras les Français et que la prudence veut, en ce moment, qu'on se prête à ce qu'ils veulent. Si j'étais ministre, j'inviterais mon maître à reconnaître la République française. 11 faudra tôt ou tard en passer par là.

Le chargé d'affaires d'Espagne a reçu ordre de quitter la France. Il est vrai que M. de Bourgoing a quitté Madrid. »

LAMA A L'INFANTE

«Paris, 11 mars 1793.

« Je ne sais à quoi attribuer la perte de tant de mes lettres. C'est une véritable privation. Je félicite Martini d'avoir renoncé au célibat. C'est, à mon gré, un état bien maussade. Si V. A. R. veut savoir les nouvelles avec quelque détail, je l'invite à se faire prêter le bulletin que j'envoie au ministre. »

LAMA A L'INFANTE

« Paris, 17 mars 1793.

« Sur une lettre d'avis des banquiers Rosetti et Bornis, j'ai été, le 15, chez eux ; ils m'ont payé une lettre de change

de 387 fp. V. A. R. connaît la personne qui m'a envoyé ce secours d'argent ; ainsi, je la supplie de me mettre aux pieds de la bonne Princesse qui va au-devant des besoins de ses sujets et leur épargne jusqu'à l'embarras de demander. Qu'elle daigne l'assurer de ma reconnaissance. Ces banqu:ers m'ontpayé en même temps 1. 000 fr; j'ignore d'oùils viennent. Je pense cependant que ce ne peut être qu'un nouveau bienfait de notre auguste maître. Pour m'en convaincre, il me faut une lettre de M. le ministre. Sans doute, il ne tardera pas à m'annoncer l'heureux résultat de ses démarches en ma faveur. Je vois, plus que jamais, que la Providence n'abandonne point les braves gens. Elle est une vraie amie, au lieu que la fortune est une fieffée coquette. Il lui faut des jeunes gens, jolis, aimables et blonds. Je ne suis rien de tout cela, aussi je m'en tiens à la Providence.

Je ne saurais rien dire de positif relativement aux armées françaises, les deux partis ont intérêt à cacher la vérité. Le bruit s'était répandu hier que Dumouriez avait été battu en Hollande. En attendant, il part tous les jours force secours et l'on jure qu'on se fera plutôt hacher que de reprendre le joug. Je crains qu'un protecteur ne se montre avant la fin de l'année en France ; la faction d'Orléans est puissante. »

LAMA A L'INFANTE

« 25 mars 1793.

« La lettre dont V. A. R. a daigné m'honorer le 1er de ce moism'a été remise avant hier. J'apprends que les 1.000 livres sont une gratification de Mgr l'infant. Cette rosée bienfaisante m'était de toute nécessité. Ma reconnaissance est augmentée par ce nouveau bienfait. Si Dieu ma donné quelques talents, ils seront employés au service de mon souverain.

L'ouverture de la campagne n'est pas favorable aux Français ; le prince de Cobourg a battu le général Dumouriez ; la fortune tourne casaque. Mais elle est si volage qu'on ne doit, ni se réjouir dans les succès, ni trop s'affliger dans les revers. C'est ce que les Français ne font pas.

Je mande les nouvelles à la cour ; quelques départements

sont déchirés par les factions. La France éprouve tous les fléaux de l'anarchie. Aussi j'ai dit, il y a longtemps, que les autres peuples de l'Europe ne seront pas tentés d'imiter les Français. »

LAMA A L INFANTE

« 1er avril H93.

« Personne n'a encore reçu de lettre d'Italie. J'ignore la nature des empêchements qui s'opposent à l'arrivée du courrier. J'ai été faire une visite au chevalier de Keralio. V. A. R. ne peut s'imaginer combien ce respectable vieillard a été sensible à ce souvenir ; il en a été pénétré et m'a prié d'en témoigner à V. A. R. toute sa reconnaissance en le mettant à vos pieds. Je ne puis rien apprendre de positif à S. A. R. touchant les affaires de France. Le bruit court que la désertion s'est mise dans l'armée du Nord, que les Français ont le dessous. La Convention nationale se garde bien de confirmer ce bruit, mais Dumouriez, toujours, est mandé à la barre, et Ton s'est retiré de la Hollande ; l'on semble disposé à se retirer sur soi-même, à s'en tenir à la défense des frontières» Les Parisiens sont tous dans les transes de la crainte, ils craignent les gens du dehors, ils craignent ceux du dedans. Si l'on veut savoir au juste ce que c'est que l'anarchie, on n'a qu'avenir en France. S'il faut s'étonner de quelque chose c'est que tout ne soit pas encore culbuté. »

LAMA A L'INFANTE

« Paris, 8 avril 1793.

« Je me crois à deux mille lieues de Parme. Je n'en reçois de nouvelles que toutes les six semaines; on se fait à tout, mais pas à cette privation. Je désire que V. A. R. jouisse d'une bonne santé. Je mande à la Cour de grandes nouvelles ; j'en préviens V. A. R. afin qu'elle demande au ministre mon bulletin. Ce que j'avais soupçonné a été sur le point d'arriver. Si Dumouriez ne se fût pas trop hâté, la couronne de

France aurait été sur la tête du duc d'Orléans ou de son fils (1). »

JOSEPH DE LAMA A M. LEBRUN, MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

« Monsieur,

« Le bailli de Virieu, ministre plénipotentiaire delà cour de Parme, quitta Paris dans les premiers jours de septembre dernier, pour raisons de santé. Je suis resté comme secrétaire de légation et j'ai vu paraître chez moi trois messieurs qui se sont dits commissaires de la section de la fontaine de Grenelle, et m'ont montré un ordre du Comité de surveillance de la Convention nationale, de se porter chez moi et de fouiller tous mes papiers. Ils n'ont trouvé aucune résistance de ma part. 11 a fallu tout leur montrer : mes lettres, à moi, et la correspondance ministérielle de M. de Virieu, et la mienne. Ils se sont saisis des papiers qui leur ont paru suspects et dont ils ne pouvaient juger étant en italien ou d'une écriture difficile à lire. Je ne pense pas avoir pu donner par ma conduite le moindre soupçon sur moi, et, d'ailleurs, il me semble qu'on aurait dû être autorisé par vous, Monsieur, puisqu'il s'agissait de fouiller des papiers qui regardent une Cour étrangère dans la maison d'un ministre étranger et chez une personne que la Cour de Parme reconnaît pour son secrétaire de Légation.

Je m'adresse à vous, Monsieur, pour que vous me fassiez rendre mes papiers le plus tôt possible, d'autant plus qu'on n'y trouvera pas de preuves de malveillance envers la République française.

J'ai l'honneur, etc.

Paris, mercredi 10 avril 1793. »

(1) Ces lettres, depuis celle du 11 mars, sont des brouillons de la main de Lama, écrits en français (A. N F 7 4760).

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