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CHAPITRE TROISIÈM

Grâce aux éludes de collège, non-seulement les élèves sont tout prêts pour la Révolution, les maîtres eux-mêmes l’embrassent comme une vieille connaissance, et s’y trouvent tomme dans leur élément. Pour ne parler que des prêtres, témoins entre beaucoup d’autres : les abbés Poullier, Dumonchel, Grégoire, Schneider, Daunou, Chabot, Bernard, Auger, Dotteville, qui, à force de vivre avec les anciens, finissent par être de la politique de Brutus et de la religion de Socrate.

Dans son panégyrique de l’abbé Auger, un révolutionnaire fameux, Hérault de Séchelles, s’exprime ainsi : « L’abbé Auger plaça, pendant dix ans, tout son bonheur dans Démosthène. Il étudia dans tous leurs replis les constitutions des Grecs, leurs gouvernements, leurs lois, leurs usages, leurs mœurs. La géographie môme de l’Attique, ses villages et jusqu’à ses ruisseaux s’embellissaient à ses yeux, d’une importance antique et presque religieuse. Grâce au soin de l’abbé Auger, le prince de l’éloquence ancienne reconquit sa domination dans tout l’empire littéraire.

« Représentant de Démoslhène, il sentit que toute l’éloquence grecque et romaine avait droit d’attendre de lui les mêmes services. Quelques années s’écoulent, et tout à coup je le vois reparaître à la tête d’un nouveau cortège d’illustres morts : Socrate, Lysias, Lycurgue, Isée, Andocide et Dinarque, Gorgias et Alcidamas, Cicéron, enfin, dont l’immense gloire interdit l’éloge, et qui coûta trente ans d’étude et de respect à l’abbé Auger.

« Les passions les plus enivrantes ne s’emparent pas plus exclusivement du cœur qu’elles dominent, que le sien n’était maîtrisé par Démoslhène, par Cicéron. Un jour, sur les bords de la Seine, la promenade nous conduisit sur les hauteurs d’une colline, où vivait seul un vieil ermite ignoré de la nature entière. L’abbé Auger l’aborde, lui ôte son chapeau, puis le regardant fixement: « Connaissez-vous Cicéron? lui demanda-t-il. — Non, répondit le solitaire. — Pauvre homme ! » s’écrie l’abbé Auger, et à l’instant il lui tourne le dosC...

« La Révolution trouva l’abbé Auger au milieu des répu-

1 Pauvre homme, en eflot, qui ne connaissait que l'Evangile et la science des saints ! Et c'est un prêtre qui tient ce langage !

bliques de la Grèce, el cette âme si remplie de la dignité de l’homme el du droit éternel qui consacre son égalité, n’eut besoin d’aucun effort pour sc livrer sincèrement dans sa patrie, à ces mêmes jouissances que son imagination avait si souvent savourées dans l’hisloire. Trop heureux de pouvoir adresser à des assemblées de Français le langage des Romains et ces mêmes périodes que les Grecs avaient rendues les formules de la liberté, on le vit publier une suite de discours où respire l’amour de nos nouvelles lois, et, dirigeant désormais toute son érudition vers notre bonheur, tracer l’histoire de la constitution romaine, pour lu déposer ensuite auprès du berceau de la constitution française.

« Hélas 1 ce fut ton dernier ouvrage! homme de la nature ! ami des muses !... Que les dieux accordent à la cendre une terre plus légère, des fleurs et un printemps éternel autour de ton urne, et tandis que ton ombre, errante dans l’Élysée, converse sans doute avec les ombres de Lysias, d’Eschine, d’Isocrate, nous placerons ton image entre Démosthène, dont tu reproduisis la gloire, et Socrate, auquel la nature t’avaitfait ressembler par les traits du visage, comme par quelques rapports intimes d'une sages>e supérieure *. » »»

Les détails suivants achèveront de faire connaître l’abbé Auger, ainsi que l’influence de l’antiquité classique sur luimême et sur la jeunesse révolutionnaire, dont il fut un des principaux instituteurs. Professeur d’éloquence au collège de Rouen, membre de l’Académie des inscriptions et belleslettres de Paris, l’abbé Auger s’était tellement épris des auteurs* païens, que l’évêque de Lescar, dont il était grand vicaire, l’appelait ordinairement son vicaire général in jartibus Atheniensium.

c. « Accoutumé à vivre avec les anciens, il avait puisé dans ses lectures, cette fierté, .cet amour de la liberté et de la chose publique, toutes ces vertus que, dans l’abjection où nous tenait un gouvernement corrupteur, nous croyions inimitables il n’y a encore que trois , ans. Quel contraste entre les exemples qu'un enfant .admirait dans ses auteurs classiques, et les discours qu’il entendait, et les hommes qu’il rencontrait dans la société au .sortir du collège!. Il y avait de quoi boulmierser sa jeune tête, et lui donner une idée bien chétive de ses contemporains. . , ^

1 Disc, prononcé à l’Académie des Neuf-Sœurs, îo mars i:9i.

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