CHAPITRE TROISIÈME
« Dans les commencements de la Révolution, une jeune duchesse disait devant son fils, de neuf à dix ans: u On a lait les mots nouveaux de liberté et de patrie pour égarer le peuple. » — « Tu te trompes, maman, reprit l’enfant avecvivacité, ces mots-là étaient très-familiers aux anciens ; aussi étaient-ils d’autres hommes que nous. » Le précepteur païen fut renvoyé huit jours apres.
«L’abbé Auger écrivit aussi sur plusieurs points politiques, et toujours dans les principes que nourrissait en lui la lecture de ses chers anciens. Sa Coiistilulion romaine et son Traité de la Tragédie grecque furent ses derniers ouvrages littéraires, mais non ses derniers travaux *. »
Pénétré de l’esprit de ferté et de liberté qu’on respire chez les Grecs et chez les Romains, personne ne mit plus de chaleur et de persévérance que lui à soutenir les principes schismatiques de la constitution civile du clergé, pour laquelle il combattit jusqu’à la mort.
A son tour, un confrère de Dumonchel et d’Auger, l’abbé Grégoire, s’écrie : « Le génie vertueux est le père de la liberté et des révolutions. Àristogiton et Brutus n’ont pas été plus utiles à la nôtre par leur exemple, que Démosthène et Cicéron par leurs ouvrages. Sans les efforts de la république des lettres, la république française serait encore à naître *. »
Dans son enthousiaste reconnaissance pour la belle antiquité, le fougueux tribun ajoute : « Réimprimons tous les bons <iutcurs grecs et latins avec les variantes ctla traduction française à côté Certes, si nos armées pénètrent en Ralie,
l’enlèvement de l’Apollon du Belvédère et de l’Hercule Faruèse serait la plus brillante conquête. C’est la Grèce quia décoré Rome; mais les chefs-d’œuvre des républiques grecques doivent-ils décorer le pays des esclaves ? La république française, doit être leur dernier domicile. Philippe de Macédoine disait : «Je réussirai plutôt à dompter la belliqueuse Sparte que la savante Athènes. » Réunissons donc le courage de Sparte et le génie d’Athènes. Que de la France on Voie s’échapper sans cesse des torrents de lumière pour éclairer tous les peuples et brûler tous les trônes ’ ! »
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* Monit. nonidi 19 \cnd. an III.
S Mollit. 14 fruçlid’. an III.] , ' -• ‘
Où l’abbé Grégoire a-t-il appris cet étrange langage ? Estce sur les genoux de sa mère? Où a-t-il puisé ces idées encore plus étranges ? Est-ce au grand séminaire? Non ; entre son premier âge et sa vie publique, il a passé huit ans à l’école des Grecs et des Romains, il en a le langage et les idées. Or, ce langage et ces idées, qui ne sont ni d’un chrétien ni d’un Français, sont le langage et les idées de la Révolution elle-même.
« Cest le collège, dit un témoin non suspect, qui a produit la Révolution avec tous les maux dont elle est la source. Notre éducation publique nltére le caractère national. Elle déprave les jeunes gens, en leur apprenant à toujour parler et à ne jamais agir, à voir les beaux discours honorés et les belles actions sans récompense. Elle remplit leur esprit de contradictions, en insinuant, suivant les auteurs qu’on explique, des maximes républicaines, ambitieuses et dénaturées. On rend les hommes chrétiens par le catéchisme, paUns par les vers de Virgile, Grecs ou Romains par l’étude de Dèmostbène ou de Cicéron, jamais Français.
« L’efTet de cette éducation si vaine, si contradictoire, si atroce, est de les rendre pour toute leur vie bavards, cruels, trompeurs, hypocrites, sans principes, intolérants... Ils n’ont emporté du collège que le désir de remplir la première place en entrant dans la société... Voyant que les études ne peuvent leur servir à rien pour parvenir, la plupart flnissent par une ambition négative, qui cherche à abattre tout ce qui s’élève pour se mettre à sa place : c’est l’esprit du siècle. Ainsi, tous les maux sortent du collège ^ n
On le voit, amis et ennemis, les témoins sont unanimes à déposer que la Révolution est fille de l’éducation de collège.
Dans son rapport officiel sur l’instruction publique, l’oratorien Daunou reconnaît qu’en 1789 l’éducation, vicieuse à son point de vue, a néanmoins porté dans ses flancs la glorieuse Révolution qui régénère à la liberté le peuple français et qui doit y régénérer le monde. « Là, dit-il, les pensées des grands hommes étaient continuées par d'autres grands hommes. L’éloquence et la philosophie s'unissaient pour jeter quelquefois aux pieds des trénes épouvantés de longs sillons de lumière à travers l’antique nuit des préjugés et des erreurs.
' neratrdin de Saint-Pierre, Œuo. ptnth.., p. 447, édit. 1840.