‹ La révolutionChapitre 15 sur 93 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Là, se formait une sorte d'opinion publique qui s’accoutumait à murmurer autour des gouvernements *. »

II ajoute que rinstruclioD classique conduisait à l’admiration des philosophes qui en étaient les commentateurs, e) notamment du précurseur de la Révolution, « cet immortel auteur d’Émile, jeté par erreur dans nos temps modernes et parmi des foules d’esclaves, comme le représentant de l’antiquité et de la liberté. »

a En conséquence, continue en termes très-explicites le révolutionnaire Briot, sur les bancs du collège mus obéissions aux tyrans, mais nous admirions en secret Brulus et Chéréas » Peut-on dire plus clairement que c’est aux études classiques, que toute cette génération devait sa haine des tyrans et son admiration pour les régicides 7 De son côté, le littérateur Dupuy, mort en 1795, disait à ses derniers moments: » J’étais républicain avant la Révolution par suite de mes études; je meurs républicain, content et glorieux : le régne de Injustice et de la paix est arrivé. »

Pour louer dignement le défunt, en manifestant ses sentiments personnels, un autre lettré, M, de Sacy, lui üt l’épitaphe suivante :

Des chefs-d'œuTre d’Athène U eorichit la France,

Et des vertus de Sparte il a rempli sou cœur!

üansle même sens parle Boissy d’Ânglas. « C’est, dit-il, en 1T86, quelques instants avant l’expiration de l’ancien régime, que des hommes alors considérables organisèrent le Lycêe.Les leçons qu’on y donnait, surtout celles qui avaient pour objet l’histoire et la littérature, ne tardèrent pas à déplaire aux despotes. C’est là que Garat, retraçant l’histoire des républiques anciennes, façonnait nos âmes à l’énergie républicaine. Séguier prépara des réquisitoires, mais l’opinion publique défendit le l.ycéc. On sentit dès lors la nécessité de le respecter, et l’on n’osa frapper un établissements auquel le public se portait en foule*. »

A Boissy d’Anglas succède un autre Dis de la Révolution, Dupuis,q::i fait ainsi la généalogie de sa mère :« La Convention

1 Bapporl sur l’instr piibl. il »< (. IT9j.

• liisi-. pour la fêle du . . .

* liappurt sur la lycée rép. S Uuv. 1704.

nationale, dont le nom sera immortel dans les annales du monde, quel que doive Olro le résultat de ses pénib'cs efforts pour régénérer un peuple dégradé par une longue servitude, et pour montrer enfin au reste de l’univers asservi une société d’hommes affranchis de la tyrannie des rois, des nobles, des prêtres, a conçu le projet le plus hardi qui pût jamais être formé, celui de Tonder une vasté république sur les débris d’une monarchie corrompue....

« Cet ouvrageest plus encore celui de l’éducation que celui des lois. L’éducation ancienné avait de grands défauts, mais, tout imparfaite qu’elle était, c'est elle, enfin, qui a formé les hommes qui ont amené la Bévolution. Il vous faut une éducation nationale et républicaine : vous ne pouwz plus différer sans compromettre le salut de larépubliqne; qui doit s’appuyer sur cette base *. »

« Les collèges, continue Fourcroy, furent le berceau de la Révolution. Pour la développer et la maintenir, il nous faut une éducation complètement républicaine. Les derniers cris de l’ignorance, des préjugés, du fanatisme vont être étouffés par la sagesse et la grandeur des institutions républicaines... Quatre-vingt-dix écoles nouvelles semblent sortir tout d’un coup du néant... Au lieu de quelques traits de l’histoire grecque et romaine, qui ne donnaient autrefois qu’une idée confuse de ces deux peuples fameux et qui semaient dans nos jeunes esprits quelques germes de l'cpublicanisme, que le despotisme monarchique et les habitudes devaient bientôt y étouffer ou y comprimer, on offrira à de jeunes républicains la série non interrompue de l’histoire des hommes illustres, depuis les temps fabuleux jusqu’aux époques modernes *. »

Mères et nourrices de la Révolution, tel est aussi le nom que le recueil littéraire le plus considérable de la fin du dernier siècle donne aux éludes de collège, et l’hommage qu’il leur rend, o C’était, dit la Décade philosophiciue, une contradiction bien bizarre de notre éducation sous l’ancien régime; on nous mettait dans les mains, lorsque nous étions enfants, des livres faits pour inspirer i’arnour de la patrie, la gi-andeur d’âme, le désintéressement, toutes les vertus. Noijeunes cœurs palpitaient à ces traits d' héroïsme des Aristide, des Èpaminonlas, des Caton,

> Rapport à la Codt. 7 ventôse an IV.

* Rapport fur le placement des écoles centrales. 13 juillet 9G,

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