CHAPITRE IV
Suite des témoignages : Henri Heine. — Frédéric de Schlegel. — Andrieux. — Le Moniteur, — M. Miclielet. — M. Uastiat. — M. le comte de Champagny. — François de Neufchâteau. — Chazal. — Alloury. — La Révolution elle-même. — Deux périodes dans son histoire : la période de destruction et la période de reconclruclion.
Afin d’arriver à la certitude, il faut, dans la grave investigation qui nous occupe, entendre aussi des témoins étrangers. Voici, d’abord, un philosophe allemand qui ne sera pas suspect. M Avant Louis XVIII, dit Henri Heine, la religion qui régnait en France était la mythologie classique. Cette belle religion avait été prêchée avec ün tel succès au peuple français par ses écrivains, sespoètes et ses artistes, qu’à la fin du siècle précédent, la vie extérieure et intellectuelle, en France, portait tout à fait le costume païen.
« Pendant la Révolution la religion classique fleurit dans saplus énergique magnificence. Ce n’était pas là une singerie à la manière alexandrine. Paris apparaissait comme la continuation naturelle d’Athènes et de Rome.
O Sous l’Empire, cet esprit s’éteignit insensiblement, les dieux de la Grèce ne régnèrent plus que sur le théâtre, et la vertu romaine ne posséda plus que les champs de bataille. Une nouvelle foi avait surgi qui se résuma dans un seul mot : -Napoléon ! Cette foi règne encore dans la masse.
« On a donc tort de dire que le peuple français est irréligieux, parce qu’il ne croit plus au Christ et à ses saints ; dites plutôt : L’irréligiosité des Français consiste à croire maintenant à un homme au lieu de croire aux dieux immortels. Dites encore : Les Français sont irréligieux, parce qu’ils ne croient plus à Jupiter, plus à Diane, plus à Vénus. Ce deruier point est incontestable ; je sais au moins qu’à l’égard des Grecs, les Français sont toujours restés orthodoxes »
> De l'Allemagne, prêt., ii. — Grâce aui études païcunes des gymnases et des
48 la Révolution française.
Dans sa Philosophie de l’Ilistoire, Frédéric de Schlegel, caractérisant à grands traits la renaissance du paganisme au sein de l’Europe, perpétuée par les études de collège, et de conséquence en conséquence aboutissant à la catastrophe révolutionnaire, s’exprime en ces termes :
« L’étude des écrivains de l’ancienne Rome fut ranimée... des poètes latins, des savants de cour, foimés à l'école des anciens, des écrivains politiques, des hommes d’Ètat et de grande influence, initiés par l’étude des anciens à l’histoire età la politique gréco-romaine, des amateurs de tout genre, passionnes pour l'antiquité païenne, donnèrent le ton à cette époque de la culture intellectuelle de l’Europe.
O Ce fut aussi de cette érudition grecque, de cette littérature ancienne ressuscitée, que l'esprit du siècle reçut principalement sa direction, son caractère et sa foime... Cette prétendue renaissance, à prendre la chose dans un sens plus élevé, n’en fut jamais une. Ce que l’on avait acquis, quelque empressé qu’on fût de le produire et d’en faire parade, n’était plutôt qu'une lueur vaine et passagère, et n'offrait pas une base solide et pure.
« Plusieurs de ces esprits classiques étaient beaucoup plus versés dans l’histoire et la politique des anciens, ou même dans leur mythologie, qu’ils reproduisaient avec engouement, ils étaient plus citoyens de h vieille Rome ou d’Athènes qu’ils n'étaient hommes de leur temps, au courant des affaires de leur époque, vraiment chrétiens, et instruits des principes et des doctrines du christianisme... Ce caractère delà science est un enthousiasme pour l’antiquité païenne qui ne se concentra pas dans la région de l’art et du beau, mais qui s’étendit àtoute la littérature, à l’histoire, à la politique et o la conduite elle-même.
a Quand on pense à la terrible catastrophe qui approchait, l’application inconsidérée qu’on voit faire de celte tendance classique à tous les rapports de la vie et de l’humanité, choque et fait peine; car l’effet intellectuel qu’elle eut sur l’époque ressemble à celui d’un breuvage enivrant et magique, grâce auquel l’Europe, courant à l’appât d’objets au fond sans grande
universilés, la religion mythologique continue de régner en Allemagne, arec l’idée révolutionnaire qui en est la conséquence inévitable. Voir, dans le Ver t ouffeur, p. 216 et 2l7, les témoignages de Geetlie, qui adorait matériellement Jupiter, de Feuerbach, qui adorait tous les dieux de l’Olympe, etc. N’oublions pas que la Ilévolution allemande de 184S fut laite par les élèves de Tuoiversité de Vienne