CHAPITRE QUATRIÈME
iililité pour elle, s’oubliait au sein des enchantements de sa vanité, et ne voyait ni la grandeur imminente du danger, ni set dépravation intérieure, ni le précipice affreux au bord duquel l'imprudente osait jouer
« Ici toutes les phases historiques de la maladie révolutionnaire, que nous avons vue ailleui’S passer du premier des Erntus,. et de la fondation de la République, à travers les guerres de la rivalité punique, à travers de rapides conquêtes, pour arriver au despotisme et jusqu’à Tibère et à Dioclétien, se succédèrent avec une rapidité effrayante, et se trouvèrent parcourues dans l’espace d’à peine une génération *. »
Le principe païen étant semé à pleines mains par l’éducation classique dans tous les pays de l’Europe, le célèbre philosophe ajoute avec beaucoup de vérité : « Au fond, il est injuste d’appeler toujours cette Révolution, Révolution française, ou de la regarder comme exclusivement propre à la France. C'était une maladie politique dont tous les peuples étaient alors épidémiquement infectés
a Le uouveiiu paganisme n’était pas d’ailleurs entièrement négatif, il avait quelque chose de positif. Idohltrie politique; son idole était l’État. Que l’idole du jour fût tantôt la République et la déesse de la Liberté, tantôt la grande Nation, et enfin la gloire militaire, ce ne sont-là que des nuances: la ^ chose est au fond la môme. C’est toujours le môme esprit antichrélien qui séduit le siècle et veut gouverner le monde... Le vrai précipice où s’engouffrele monde actuel esteette idolâtrie, quels que soient la forme et le nom qu’elle porte. Avant que cet abîme de perdition soit comblé, on ne verra point s’élever sur un sol pur et renouvelé la maison du Seigneur, où la paix, et la justice s’embrassent’. »
Après avoir vu naître la Révolution, après l’avoir aidée à grandir, un lettré fameux, un président du Tribunat, déplore les écarts de sa terrible pupille, et déclare à la face du monde qu’elle est sortie avec toutes ses erreurs de l’élude des auteurs païens. Le 1*' vendémiaire an IX, jour anniversaire de la Fondation de la liépullique, Andrieux ouvrait la séance du Tribunat par le discours suivant : « L'influence des livres qui
* T. Il, leçon* XIV et XVll.
* Id., thi'J.
* Id., tbid.
U RÉVOLUTION FRANÇAISE
servaient à notre éducation, l’admiration pour cette belle littérature grecque et latine tout a exalté l’enthousiasme, tout nous a
jetés dans les exagérations »
« Pourquoi n’avouerais-je pas, Tribuns, nos excès et nos malheurs? que servirait de vouloir les cacher? l’univers en est plein. On voulut, ou l’on parut vouloir une république, telle qu'elle a pu exister chez des peuples peu nombreux, dont le territoire avait quinze ou vingt lieues d’étendue ; et l’on fil abstraction de toutes les différences essentielles qui se trouvaient entre ces anciennes sociétés, et une nation d'environ vingt-cinq millions d’individus, répandus sur une surface de vingt mille lieues carrées ; on fil abstraction des vieilles habitudes de cette nation, de ses nombreux préjugés et de sa longue corruption. Ceux qui prétendaient transformer tout à coup les Français en Grecs tien Romains, semblaient même ignorer ou méconnaître les instilulions de ces anciens peuples. Ils oubliaient qu’à Sparte et dans Athènes, chaque citoyen possédait un troupeau d’esclaves ; qu’à Rome, l’horrible esclavage était aussi usité. Tels étaient les modèles qu'on citait hardiment, en prêchant l’égalité, la liberté, l’humanité *. »
On les citait, on les commentait, on les imitait si bien , qu’un jour le Moniteur put dire : « Par les intérêts, les sentiments, les idées politiques qu’il renferme, Cicéron ne pouvait plaire avant la Révolution qu’aux amis de la littérature ancienne. Maintenant, il doit être du plus grand intérêt pour les Français naturalisés citoyens des républiques d'Athènes et de Rome *. »
« Eh ouil s’écrie un homme qu’on ne s’attendait guère à trouver parmi nos témoins, Mimüalion farouche des républicains de l'antiquité était le point de vue qui dominait pendant la Révolu/ion *. »
Puisque nous en sommes aux contemporains, écoutons encore deux témoins seulement, parmi une multitude qu’il serait facile de citer. En se repliant sur lui-même, quiconque a fait ses classes dans l’üniversité ou ailleurs, rendra témoignage des faits qu’ils affirment. « Sous le nom de Tarquin, dit M. Bastiat, nous détestions ta royauté; on nous passionnait tour à tour pour le peuple et pour la noblesse, pour les Gracques et pour Dru-
* Broch. in-8“. Paris, an IX.
* Nonidi 9 vend, an 111.
> M. Michelet, Femmes de la Hé"., p. MO,