CHAPITRE QUATRIÈME
SUS. Et presque tous nous prenions parti pour le peuple et scs tribuns, et nous sentions naître en nous la haine du pouvoir et la jalousie de toute supériorité de noblesse et de fortune.
a Quel est le sujet ordinaire des thèmes et des versions, des compositions en vers et en prose? C’est Scévola qui se brûle la main pour se punir d’avoir manqué d’assassiner Porseniia; c’est le premier Brutus qui tue ses enfants soupçonnés de complot contre la patrie; c’est un second Brutus qui poignarde César, son bienfaiteur; et d’autres encore qu’on exalte comme les types du patriotisme et les adorateurs héroïques delà liberté .. Combien de fois nos jeunes cœurs n'ont-ils pas palpité d’admiration, hélas 1 et d’émulation à ce spectacle ! C’est ainsi que nos professeurs, prêtres vénérables, pleins de science et de charité, nous préparaient à la vie chrétienne...
a Ce que l’éducation a mis dans l’esprit passe dans les actes. Il est convenu que Sparte et Rome sont des modèles: donc il faut les imiter ou les parodier. L’un veut instituer les jeux Olympiques, l’autre les lois agraires, et un troisième le brouet noir des esclaves. Que voulait Robespierre? Élever les âmes à la hauteur des vertus républicaines des peuples antiques. Que voulait Saint-Just? Nous offrir le bonheur de Sparte et d’Athènes, et que tous les citoyens portassent sous leur habit le couteau de Brutus. Que voulait le sanguinaire Carrier? Que toute la jeunesse envisage désormais le brasier de Scévola, la mort de Socrate et l’épée de Caton. Que voulait Rabaut Saint- Étienne? Que, suivant les préceptes des Crétois et des Spartiates, l’Étal s’empare de l’homme dès le berceau et môme avant la naissance. Que voulait la section des Quinze- Vingts? Qu’on consacre une église à la Liberté, et qu’on fasse ériger un autel sur lequel brûlera un feu perpétuel, entretenu par de jeunes vestales. Que voulait la Convention tout entière? Que nos communes ne renferment désormais que des Brutus et des Publicola »
L’auteur des Césars, M. le comte Franz deChampagny, donne àlaRévolulion lamêinegénéalogie que tous les autres témoins. Après avoir tcacédans quatre volumes remplis de faits et de citations le tableau de l’antiquité classique au siècle d’Auguste, l’éminent écrivain termine son remarquable ouvrage par un rapprochement étincelant de vérité, entre l’époque actuelle
1 Baccalauréat et socialisme, p. Î8 et 58.
et celle qu’il vient de décrire. Nous regrettons de ne pouvoir donner qu’une rapide analyse de ce travail, qu’il fautlire tout entier.
Il dit; « L’égalité des droits civils entre tous les membres d’une môme société, un développement tout nouveau de la puissance matérielle de l’homme sont sortis de la Révolution... Mais, il faut l’avouer, si de tels faits ou de tels principes se rattachent au mouvement qui a agité la fin du dix-huitième siècle, les uns ne lui ont guère servi que comme dévoilés ou de prétextes, les autres n’en ont été que les conséquences inx'olontuii es et imprévues. . .
M Une surexcitation de l'esprit païen a été le souffle qui a poussé la tempête de 1792... La Révolution a été bercée dans une éducation semi-païenne et dans les habitudes de la déclamation classique : sotte parodie de l’antiquité, qu’elle admirait sans la comprendre.
« Du premier bond le mouvement révolutionnaire dépasse le paganisme... Ni l’antiquité ni les Césars n’avaient proclamé l’apothéose de l’homme et le droit brutal de la force, qui en est la conséquence, d’une manière aussi absolue, aussi nue, aussi dëhontée... Replacé sous la loi païenne, loi fatale, oppressive, homicide, l’homme fait bon marché des droits de l’homme et de sa liberté.T)n reconnaît à la société non pas seulement ce que lui concède le christianisme, le droit de punir, mais ce que lui donnait l’antiquité, le droit d’immoler. De tous les points de la France, le char funèbre conduit au bourreau princes et tribuns, gentilshommes et philosophes, prêtres et laïques, vieillards et jeunes filles, holocauste affreux incessamment offert au fantôme de la chose publique, parlant par Robespierre et représenté par une prostituée.
« Apartir de ce jour, la société subitsans adoucissement, dans l’ordre religieux non moins que dans l’ordre politique, toutes les conditions de la vie païenne. La contrefaçon de l’idolâtrie n’est-elle pas alléejusqu’à ressusciter ses fêtes et ses dieux? Un paganisme de boutique ne s’est-il pas installé sur nos autels ? L’antiquité n’a-t-elle pas fté parodiée par oes pompes de tréteaux, ces théories crottées que conduisait en qualité de grand prêtre le cul-de-jatte Couthon ? Tout ce ridicule était imposé à une société chrétienne par une douzaine de Thémistocles et de Brutui de collège, que Rome eût jetés dans la boue de la prison Mamertine. Mais il faut comprendre que tout cela était