CHAPITRE CINQUIÈME. S
interroger avec soin les chartes et les institutions des États catholiques de l’Europe; en un root, que les monuments et les législateurs des siècles chrétiens seront leurs oracles, de manière à faire servir la sagesse des pères à l’avantage des enfants.
C'est tout le contraire qui a lieu.
L’assemblée, ou plutôt la Révolution, qu’elle personnifie, commence par dire des siècles chrétiens, des institutions françaises et du gouvernement monarchique tout le mal imaginable. Son but est de répudier hautement le passé chrétien et de bien constater qu’elle n’en tire pas son origine. Pour administrer en détails les preuves de ce fait il faudrait citer presque toutes les pages de l’ancien Moniteur, Contentons-nous de quelques extraits :
Dans la séance du 25 juillet 1789, un des membres les plus respectables de l’assemblée, l’archevêque de Bordeaux, s’exprime en ces termes : a Messieurs, vous avez voulu que le comité que vous avez nommé pour rédiger un projet de constitution vous présentât, dès aujourd’hui, au moins une partie de son travail. Votre impatience est juste, et le besoin d’accélérer la marche commune s’est à chaque instant fait sentir à notre coeur comme au vôtre. Une constitution nationale est demandée et attendue par tous nos commettants. Elle seule peut, en posant la liberté des Français sur des bases inébranlables, les préserver des dangers d’une fermentation, et assurer le bonheur des races futures.
« Jusqu’à ces derniers temps, et je pourrai dire jusqu'à ces derniers moments, ce vaste et superbe empire n’a cessé d’être la victime de la confusion et de l’indétermination des pouvoirs. Notre histoire n’cit qu'une suite de tristes combats, dont le résultat a toujours été l’accroissement d’un fatal despotisme, ou rétablissement, peut-être plus fatal encore, de la prépondérance et de l’aristocratie des corps.
« Le temps est arrivé, où une raison éclairée doit dissiper d’anciens prestiges. C’est à tracer les premiers fondements de l’édiQce que vos mains généreuses vont élever à la liberté et avec elle à la dignité de l'homme, que vous nous avez appelés; c’est devant vous que nous avons à répondre, c’est devant les représentants d'un grand empire, c'est devant l’Europe entière, dont les regards sont attachés sur nous, et qui attend de vos lumières un modèle qui sera bientôt imüé.
« D’abord nous avons jugé, d’après vous, que la constitulion devait être précédée d’une déclaration di;s droits de •L’ iioMME ET DU CITOYEN; noD qu6 cclte déclaration pût avoir pour objet d’imprimer à ces vérités premières une force qu’elles tiennent de la morale et de la rni>o<», qu’elles tiennent de la Nature qui les a déposées dans tous les cœurs auprès du germe de la vie ; mais c’est à ces titres mêmes que vous avez voulu -qu’à chaque instant la nation pût y rapporter chaque article de la Constitution, dont elle s’est reposée sur nous. Vous avez prévu que si, dans la suite des âges, une puissance quelconque tentait d’imposer des lois qui ne seraient pas une émanation de ces mêmes principes, ce type originel et toujours subsistant •dénoncerait à l’instant à tous les citoyens le crime ou l'erreur *. » Toute l’assemblée applaudit.
Ainsi, d’après l’illustre archevêque, la confusion et le despotisme régnant depuis quatorze siècles sur le royaume très-chrétien ; son histoire n'élaut qu'une suite de tristes combats, jusqu’au moment où la raison vient dissiper cette nuit de la barbarie et sauver la liberté et la dignité humaines, en proclamant les droits que l’homme tient de la nature et qui jusque-là avaient été méprisés et méconnus, voilà le résumé de l’influence sociale du christianisme sur la France !
Où le prélat avait-il pris -de pareilles idées ? Qui lui avait enseigné un langage au moins étrange dans la bouche d’un évêque ‘1 Mgr de Cicé n’était ni protestant ni disciple des protestants, ni philosophe ni disciple des philosophes ; il était tout simplement ûls de son éducation de collège, et il parle le langage que sa mère lui a enseigné.
Un autre ecclésiastique, l’abbé Grégoire, jette aussi l’insulte au passé chrétien et monarchique de la France; «Jusqu’ici, dit-il à la tribune, l'État n'offrait plus qu'une nation en proie à tous les maux ; le pauvre citoyen, le triste citoyen arrosait ses fers de ses larmes, nos campagnes de ses sueurs sans oser parler de ses droits, et lorsque la France se réveille, le despotisme agonisant fait un dernier effort, il lève son bras pour nous replonger dans C avilissement et le malheur. Vainement ferait-on couler des fleuves de sangria Révolution s’achèvera. La Raison étend son empire et resplendit de
tJtoiut. Ibid.