CHAPITRE CINQUIÈME
toutes parts. Rallions-nous autour du roi pour le défendre et pour relever avec lui le temple de la patrie ‘ ! »
C’est à qui répudiera les gloires de la France chrétienne, ei déclarera le christianisme non avenu dans le royaume de Charlemagne et de saint Louis : « Les droits de l’homme, disait le comte de Montmorency, sont invariables comme la justice, éternels comme la raison. Loin de nous ces détestables principes, que les représentants de la nation doivent craindre de l’éclairer. Nous ne sommes plus dons ces temps de barbarie où les préjugés tenaient lieu de raison. Serions-nous ici si les lumières de la sagrsse n eussent dissipé les ténèbres qui couvraient n< tre horizon * ‘I »
« Messieurs, s’écrie à son tour le comte de Castellane, si vous daignez jeter les yeux sur la surface du globe terrestre, vous frémirez avec moi, sans doute, en considérant le petit nombre de nations qui ont conservé, je ne dis pas la totalité de leurs droits, mais quelques idées, quelques restes de leur liberté. Sans sortir de notre Europe, ne voyons-nous pas des -peuples entiers s’imaginer qu’ils doivent obéissance à des lois faites par des despotes, qui ne s’y soumettent pas ? Mais c’est de la France que nous devons nous occuper, et, je le demande, est-il une nation qui ait plus constamment méconnu les principes d’après lesquels doit être établie toute bonne constitution * ? »
Vient ensuite Durand de Maillane, qui dit: « Je suis chargé par mon bailliage de réclamer une déclaration des droits de l’homme. Cette déclaration, qui devrait être alfichée dans le.s villes, dans les tribunaux, dans les églises même, serait la première porte par laquelle on doit entrer dans l’édiÛce de la constitution nationale. Un peuple qui a perdu ses droits, et qui les réclame, doit connaître les principes sur lesquels ils sont fondés *. »
Pas une fois les noms de Jésus-Christ, de l’Évangile, du christianisme ne se trouvent sur les lèvres de ces législateurs,
I Monit. n* 18. — C'est ce même Grégoire qui lil passer en décret l’abolition de la royauté, et qui, nourri de la belle antiquité, s’écriait dramatiquement a la tribune : ~
Si fractun illabatuT orbit, impavidum ferlent ruiiim.
* Monit. n. 31.
* Monit. n* 31.
* Monit. n» 31. . , . j
L\ RÉVOLUTION FRANÇAISE
peodant la discussion des droits de l’homme; ce terrain, en effet, est tout païen. La fable classique de l’état de nature et d’un contrat social primitif, cercle vicieux qui fait dériver de l'homme la puissance sur l’homme, est le point de départ de leurs théories ; l’homme de la nature, l’homme des bois, l'homme avant et sans la révélation, tel est pour eux le vrai type de l'humanité.
« Messieurs, dit M. de Crénière, je viens vous présenter ce que J’ai médité dans le calme de la retraite. Je n’ai pour guide que ma raison, pour mobile que l’amour de l’humanité. Les Français demandent et veulent une cunstitution libre. J’ai juré de la demander pour eux. mais avant de faire une constitution, déterminons le sens qu’il faut donner à ce mot.
« L'homme dans l'état de nature n’est ni libre ni esclave : il n’a ni droità exercer ni devoir à remplir. Enentrant en société, il contracte des devoirs, mais il n’a pu s’im^Oier des devoirs sans acquérir des droits équivalents; il n’a pu faire le sacrifice de son indépendance naturelle sans obtenir en échange la liberté politique. Les droits qu’il acquiert par son acte cLassocialion sont donc naturels ; ils sont, par la même raison, imprescriptibles, et ils sont la base de cette même association. Les droits sont le code naturel de toutes les nations de l’univers. Il suit de là que toute société existant par un pacte, et ne pouvant se conserver que par l’établissement des lois et l’action des lois, les associés ont le droit imprescriptible de faire leurs lois, de créer, de conserver, circonscrire et déterminer l’autorité qui les exécute ’. »
Ce pathos mythologique est couvert d’applaudissements.
Après avoir, pendant deux mois, prodigué les injures et les calomnies an passé chrétien de la France et de l’Curope, les douze cents lettrés concluent, par l’organe de l’évêque d’Autun, qu’il faut tout détruire parce que tout est à refaire*. Et la Révolution, s’armant du marteau, au lieu de conserver soigneusement ce qui était bon, de modifier avec prudence ce qui ne l’était pas, frappe à coups redoublés sur les bases mêmes de la constitution religieuse et monarchique du plus oeaii royaume après celui du ciel. Réaction aveugle et terrible
' Monü. U» 3t.
* Adresse citroj'éc au peuple rraiiçais le II février I7U0, au nom de l'Atsemblée ■atiouale, rédigée cl sigiiée par Tallcvrand el par Guillolia.