CHAPITRE SEPTIÈME
Le 10 octobre, i’cvôque d’Autun commence l’attaque. Ressuscitant au proGt de la Nation le despotisme des Césars, il dit : « Les ressources nécessaires à notre régénération ne sont pas suffisantes. Mais il en est une immense qui peut s’allier avec le respect pour les propriétés ; elle existe dans les biens du clergé. La Nation, jouissant d’un droit très-étendu sur tous les corps, en exerce de réels sur le clergé; elle peut détruire les agrégations de cet ordre, qui •pourraient paraiire inutHes à la société, et nécessairement leurs biens deviendraient le juste partage de la Nation, qui deviendra propriétaire de la totalité des fonds du clergé ’. »
AM. de Talleyrand succède Barnave, qui dit crûment: a Le clergé existe par la Nation, la Nation pourrait le détruire ; il résulte évidemment de ce principe que la Nation peut retirer des mains du clergé des biens qui n’ont été affectés et donnés que par elle *. »
Essayant les théories socialistes de Sparte sur la propriété, Thouret continue : « Les personnes, les choses, tout est soumis
dans l’État à la Nation Les individus existant avant la loi
ont des droits qu’ils tiennent (fe la nature; tel est le droit de propriété. Tout corps, au contraire, n’existe que par la loi, et leurs droits dépendent de la loi; elle peut les modifier, les détruire et prononcer qu’aucun corps ne peut être propriétaire. Ainsi, l’aete par lequel l’Assemblée nationale anéantira le prétendu droit de propriété que le clergé s’attribue n’est pas une spoliation * . »
Garat, Grégoire, soutenus par la majorité, continuent l’oeuvre de destruction. Ils prétendent, comme leurs devanciers, sortis des mêmes écoles, que le clergé n’est pas et ne peut pas être propriétaire ; que le clergé n’existe que par la Nation ; qu’elle peut le détruire et partager ses biens; que dans l’État, les choses et les personnes appartiennent à la Nation. En un mot, toutes les idées relatives à la constitution de la propriété dans les républiques de Sparte et de Rome, se trouvent, comme autant d’axiomes, sur ces lèvres chrétiennes et sacerdotales * 1
En dehors de l’Assemblée, les démagogues de collège de-
1 iVomV., ibi.
s Alonit. iî oct.
S Monit. 23 ocl.
^ AIohU., t. U, n« 71, 7’, etc.
mandent à grands cris l’œuvre de spoliation. L’un d’entre eux, écrivait ; « Après quatorze siècles de barbarie, il est temps d’interroger la raison : elle seule doit régénérer cette monarchie. La hiérarchie ecclésiastique n’est qu’une gradation d'orgueil. La papauté est un débris usurpé de l’empire romain. L’épiscopat est une principauté uniquement mondaine L’espèce de divinité que l’Église a voulu communi-
quer à ses biens est un blasphème contre l’Évangile et contre la propriété. L’abbé Siéyès a supérieurement démontré que le sacerdoce est une profession dans l’État, ainsi que le service militaire. Il n’existe pas de fonds territorial assigné aux officiers ni aux généraux d’armée : pourquoi en faut-il aux officiers et aux généraux de l’Église ? Dira-t-on que les choses existent ainsi depuis des siècles ? Les marais pantins existaient depuis des siècles, et le pape régnant les desséche L »
En vain, Mgr de Boisgelin, l’abbé d’Eymar, l’abbé Maury et quelques autres, faisant appel au bon sens, à Injustice, à l’intérêt même de la société et de la propriété, combattent la monstrueuse omnipotence attribuée à la Nation, et démontrent que le clergé est propriétaire au même titre que tout autre propriétaire ; qu’en attaquant la propriété du clergé, on ébranle toute autre propriété; que cette grande injustice prépare la ruine de la France *.
En vain, pour réfuter le prétexte tiré des besoins de l’État, le clergé renonce à toutes ses exemptions pécuniaires ; en vain, par l’organe de Mgr de Cicé, il offre quatre cents millions pour combler le déficit* : tout devient inutile.
A la vue du spectre du moyen âge, évoqué par Lebrun, les cœurs chancellent :
« Remontons, s’écrie-t-il, à l’origine des propriétés ecclésiastiques. Le despotisme et la corruption précipitèrent les chrétiens dans les déserts ; ils défrichèrent; la féodalité s’établit, et l’anarchie se déploya sur toute la France ; Fabus et l’ignorance transformèrent les prêtres en propriétaires *.»
La raison chrétienne. Injustice, la prévoyance s’évanouissent devant la belle théorie de Mirabeau, que la loi fait la
t Exfoti des droits de thomme, in-g, 1789, p. 17-163.
* Monit., t. Il, no« 71 k 80.
* Monit. 13 avril et 20 mai 1790.
* Monit. 30 oct.