CHAPITRE HUITIÈME
de nègres et de négresses au son d’une musique guerrière. Elle est précédée d’une bannière sur laquelle sont peints un blanc, un mulâtre et un nègre, debout, armés d’une pique et coiffés du bonnet phrygien. « Citoyens, s’écrie Grégoire, j’ai une demande à soumettre â votre philosophie; il existe encore uue aristocratie, celle de la p^au : plus grands que vos prédécesseur.-;, vous la ferez disparaître ^ » La proposition de Grégoire est adoptée avec enthousiasme.
Pendant que l’Assemblée applaudit â la propagande de la Révolution, le théâtre a pour mission de la rendre populaire. Dans une des pièces le plus souvent jouées, la Comédie-Parade, un acteur remplit le rôle fort applaudi de tribun du peuple. Le tribun se présente devant le Saint-Père, auquel il tient ce discours : a Homme libre, je viens à la tète du peuple 7-omuin vous annoncer qu’il veut un chef et non un maître. Plus d’une fois les enfants de Marias et de Scipion ont rougi de vos saintes momeries... Baignés du sang des proscriptions, foulés sous les pieds, gouvernés par des imposteurs, ils lèvent la tète; ils réclament non des lois établies par l’aristocratie, mais celles que dicta, de tout temps, la Nature, celles dont la défense plongea le couteau dans le sein des Gracques, auxquels je succède...
« La liberté I L’égalité 1 Plus de pontife souverain! Plus d’excommunication I Plus d’inquisition I Acceptez dans toute son étendue la sage constitution française et la Déclaration des droits de l’homme. Si vous vous refusez à nos décrets, vous allez être ramené â Césène, votre patrie. Le peuple romain, en déployant son antique puissance, épargnera votre faiblesse; parlez sans crainte*. »
Ce discours est toujours accueilli par des applaudissements à tout rompre.
Pour les citoyens qui ne peuvent assister au spectacle et pour l’Europe entière, le Moniteur publie â la même époque les fameuses Lettres au pape, dont noua ne pouvons citer qu’une partie.
« Très-saint Père, comment ne pas s’étonner des excès auxquels se livrent les tyrans pour éteindre le foyer des vérités qui les menacent!... On m’assure que Votre Sainteté est le pre-
1 Monit., ibi.
* Jiéuol. de Desmoulias, t. III, p. 401.
mier instigateur de cette nouvelle croisade. Vous, Saint-Père, qui foulez aux pieds les cendres des Camille et des Cincimatus, vous qui jouez sérieusement des farces ridicules sur le superbe théâtre où les Scipion et les Paul Émile triomphaient en traînant des rois attachés à leurs chars, pensez-vous de bonne foi que la liberté soit un bien facile à ravir au peuple ardent à la conserver?. ..
« La Déclaration des droits de l'homme renferme en ellemême une force absolument invincible, parce qu’elle est celle de laNature. Jamais Zoroastre et Confucius, Solon et Lycurgue, Numa ni Jésus, jamais aucun sage de l’antiquité n’a présenté un code de morale plus simple, plus naturelle, plus attrayante que cette déclaration.
« Quel spectacle majestueux de voir la première nation de l’Europe se lever tout entière, et d’une seule voix dire : Je suis libre, et je veux que le genre humain le soit avec moi ! Peuples de tous les climats, levez-vous, secouez les chaînes de la crédulité, de l’erreur, de la superstition et du despotisme. Ne souffrons plus qu’une caste barbare nous égare encore dans la recherche d’un salut chimérique. Périsse le sacerdoce I C’est de notre bonheur sur la terre que nous devons nous occuper.
« Assemblez vos peuples, Saint-Père, levez-vous au milieu d’eux et dites-leur : Descendants du plus grandpeuple du monde, assez et trop longtemps l’imposture a désolé votre patrie; le lourde la vérité est arrivé... Rejetez toutes les fables ridicules, rentrez dans la jouissance de vos droits naturels; soyez libres et souverains ; soyez vos seuls législateurs : renouvelez LA RÉPUBLIQUE ROMAINE. Mais pour vous préserver des vices et des abus qui ont anéanti l’ancienne, ne souffrez parmi vous ni patriciens, ni chevaliers, ni cardinaux, ni prélats, ni évéques, ni prêtres, ni moines, ni vestales^ soyez tous citoyens. Je vous remets ma tiare, j’espère que mon clergé suivra mon exemple*. I)
Il est permis de douter que jamais langage aussi effrontément païen soit sorti d’une bouche chrétienne. Où l’auteur l’avait-il appris? Est-ce dans les Pères de l’Église ou les Actes des Martyrs? Ce qu’il y a de très-instructif, c’est que Mazzini et les siens le répétaient hautement en 1849.
Enfin, pour frapper le christianisme au cœur, la Révolution
ï Monit. !•' oct. #2, etc.
CllAPITllE HUITIÈME.
fait marcher ses armées sur l’Italie. Il est si vrai que tel est sou but, que ses généraux le disent publiquement. Kellermann, nommé commandant en chef de l’armée des Alpes, prend congé de la Convention en ces termes : « Citoyens législateurs, c’est vers l’Orient que vous dirigez nos pas; c’est pour délivrer Rome antique du joug des piiêtres, que vous commandez aux soldats français de franchir les Alpes : nous les franchirons * l »
En effet, la Révolution franchit les Alpes, s’empare de Rome, chasse le vicaire de Jésus-Christ, le traîne de prison en prison jusqu’l ce qu’il meure. Alors elle bat des mains, elle proclame son triomphe absolu, éternel. L’instrument de son œuvre, Berthier, entre le premier dans Rome, monte au Capitole, et prononce ce fameux discours, qui résume toute la Révolution dans sa guerre contre le christianisme :
« Mânes de Caton, de Pompée, de Brutus, de Cicéron, d’Hortensius, recevez l’hommage des Français libres dans le Capitole, où vous avez tant de fois défendu les droits du peuple et illustré la république romaine.
« Ces enfants des Gaulois, l’olivier de la paix à la main, viennent dans ce lieu auguste pour y rétablir les autels de la liberté dressés par le premier des Brutus,
» Et vous, peuple romain, qui venez de reprendre vos droits légitimes, rappelez-vous le sang qui coule dans vos veines ; jetez les yeux sur les monuments de gloire qui vous environnent, reprenez votre antique grandeur et les vertus de vos pères *. »
Le même jour, *27 pluviôse an VI, il écrit au Directoire : > Le peuple romain s’est déclaré rentré dans scs droits uswpés ; il m’a demandé la protection delà République française, et Rome