EST LIBRE
En effet, le peuple romain s’était rendu au Capitole, où, après avoir déclaré qu’il ne reconnaissait plus Vautorité du pape, il proclama la république romaine aux cris mille fois * répétés de Vive la République française ! Magnæ matri, grata filia.
Le 13 ventôse, le président Merlin annonce au conseil des Anciens la grande nouvelle par un message ainsi conçu : « Citoyens représentants, depuis quatorze cents ans, l’humanité
* itonit. 16 nov. 92.
* Alonit., t XXIX, p. 165.
U RÉVOLUTION FRANÇAISE
demande la deslruction d’un pouvoir anlisocial, dont le berceau ne semble placé sous le règne de Tibère, que pour s’approprier la duplicité, la féroce tyrannie, la sombre politique, la soif du sang de ce père de Néron *. »
Suit TefTrayant tableau des prétendus crimes de la papauté, puis le message ajoute : « C'était à la République française à sécher les larmes de l’humanilé. Le Directoire exécutif a ordonné à l’armée d’Italie de marcher sur Rome et de prendre vengeance de tant d’outrages... Rome libre a été purgée de la présence du despote, ses armes ont été ôtées, et sa retraite a donné lieu k une fête solennelle... Le peuple romain a luimême proposé une fête, d’un caractère antique et noble, dédiée à la gloire de la République française, et qui doit avoir lieu dans le Forum romain, sous les arcs de triomphe des empereurs Titus et Septime Sévère.
a Le Directoire n’a plus qu’un trait à ajouter. Le gouvernement provisoire de Rome a nommé un ambassadeur près la République française. O citoyens représentants 1 quel trait dans les annales du monde que l’envoi à Paris d’un ministre des consuls romains ! Quelle âme apathique pourrait demeurer insensible à un pareil spectacle ! Qui peut sans tressaillir entendre le réveil du peuple romain ? Qui pourrait ne pas saluer sa république renaissante? Mais surtout qu’il est beau de porter aujourd’hui le titre de citoyen français, et de voir ce grand peuple éteindre pour jamais les foudres du Vatican, de la même main qui relève au Capitole les autels de la Liberté *! » Ainsi, anéantissement de la royauté de Jésus- Christ, substitution de la royauté de l’homme, à l’instar et au nom de la belle antiquité : voilà le dernier mot de la Révolution dans ses rapports avec le christianisme. C’est là, on ne le niera pas, une idée toute païenne. Comment, nous le demandons de nouveau, cette idée était-elle rentrée triomphante dans les têtes des lettrés révolutionnaires? Où l’avaient-ils reçue? Quels maîtres leur avaient appris à l’admirer? Dans quels livres, .dans quelles écoles avaient-ils puisé leur enthousiasme pour les formes sociales de l’antiquité grecque et romaine? t,
* MoiiU.j ibi. ,
* JUoniif, septidi 17 T«utise an VI. , ,