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CHAPITRE IX

LA nÉVOLÜTION ET LA MONARCniE.

Monarcliie attaquée dans la noblesse. — Noblesse défendue au nom des Romains. — Abolie au nom des Grecs et des Romains.

L’homme s’élant déclaré Dieu, et, dans l’ivresse de son apothéose, poursuivant le christianisme d’une haine implacable, spoliant, profanant, détruisant, brisant, proscrivant, égorgeant, anéantissant selon la mesure de ses forces et le règne de son rival, et jusqu’aux derniers vestiges de ce règne; telle fut, nous venons de le voir, la Révolution dans l’ordre religieux.

A sa domination plénière restait un second obstacle : la monarchie. Comme au christianisme, elle lui déclare une guerre à mort. Dans cette guerre antiroyale, plus encore que dans la guerre antichrétienne, l’influence de l’antiquité classique se montre avec éclat. C’est elle qui enthousiasme les âmes,'’qui arme les bras, qui inspire les paroles, qui dicte les lois et oui sanctifie les mesures les plus atroces.

De môme qu’avant d’attaquer la personne même du vicaire de Jésus-Christ, la Révolution attaque les ministres de la religion : de même, avant d’attaquer la personne même du roi, elle s’en prend aux plus dévoués sujets de la royauté.

Le 4 août 1789, elle abolit tous les privilèges de la noblesse. Et tel est l’engouement pour l’antique égalité des citoyens de Rome et d’Athènes, que les plus beaux noms de France paraissent les premiers sur la liste des démolisseurs. C’est le vicomte de Noailles qui ouvre la scène, et qui demande une égale distribution de toutes les charges publiques; c’est le duc d’Aiguillon, qui, appuyant la proposition et lui donnant plus de latitude, excite un enthousiasme universel ; c’est le duc du Châtelet qui prouve l’avantage des mesures proposées; c’est le comte de Guiche qui accuse les précédents orateurs de n’êlre pas assez généreux; c'est le comte d’Agoult, qui, étendant la

mesure révolutionnaire, demande l’abolition des privilèges des provinces*.

Le 19 juin 1790, elle abolit tous les titres de noblesse. C’est encore un noble, le chevalier Alexandre de Lameth, qui commence le mouvement de ce jour, comme le vicomte de Noailles avait déterminé celui du 4 août. C’est un Montmorency, le premier baron chrétien, qui demande l’abolition des armoiries. En vrai républicain, il dit : « Je demande que dans ce jour de l’anéantissement général des distinctions antisociales qui contrarient vos principes, l’Assemblée n’épargne pas une des marques qui rappellent le plus le système féodal; que toutes les armes et armoiries soient abolies ; que tous les Français ne portent plus désormais que les mêmes enseignes, celles de la liberté *. »

Croirait-on que c’est un plébéien, l’abbé Maury, qui est obligé de prendre la défense des patriciens contre un Noailles et un Montmorency? Croirait-on surtout que, pour faire triompher sa cause, il ne connaisse rien de mieux que d'appeler à son secours l’antiquité païenne, et de défendre la noblesse française au nom des Romains? « Les Romains, s’écrie-t-il, connaissaient des ordres de chevaliers, et les Romains se connaissaient en liberté... La noblesse héréditaire existait chez les Gaulois. Lisez les Commentaires de César, vous y verrez les noms des premiers Gaulois déjà célèbres dans la nation par leur noblesse. L’ordre de la chevalerie existait dans les Gaules ; s’il n’eût pas existé, les Romains l’auraient établi, parce que les chevaliers étaient distingués à Rome des patriciens et des plébéiens*. »

Malgré l’éloquence de l’abbé Maury, un membre de la noblesse, M. de Lambel, demande la suppression de tous les titres de ducs, de comtes et autres restes de féodalité, comme une conséquence de la Déclaration des droits de l’homme. M. de Lafayette appuie la motion. Il est suivi de M. Charles de Lameth, qui demande en outre l’abolition du titre de monseigneur donné aux évêques. Le Pelletier de Saint Fargeau veut qu’il soit défendu de prendre d’autre dénomination que celle de sa famille, et signe sa motion, Michel Lepelletier, suppriman t

1 Aloi i'., ilii.

2 Mmiil., 2l juin 1790.

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