CHAPITRE NEUVIÈME
de Suint Fargeau. EnQn M. de I.anjuinais, personnage très-religieux, frappe surles litres d’Éminence, de Grandeur, d’Abbé, particuliers aux ecclésiastiques.
Comment expliquer cette anomalie, unique dans l’histoire, sinon par le contre-sens en vertu duquel, depuis plus de deux siècles, on envoyait les enfants de la classe nobiliaire et de la France monarchique se former à l’école des républicains*?
En conséquence, la Révolution décrète que la noblesse héréditaire est pour toujours abolie en France; que les titres de marquis, chevalier, écuyer, comte, vicomte, messire, prince, haron, vidame, noble, duc, et tous autres titres semblables, ne pourront être pris par qui que ce soit, ni donnés à personne ; qu’aucun citoyen ne pourra porter que le vrai nom de sa famille; que personne ne pourra faire porter une livrée à ses domestiques, ni avoir des armoiries; que les titres de monseigneur et de messeigneurs ne seront donnés ni à aucun corps, ni à aucuns individus, ainsi que les titres d’excellence, d’altesse, d’éminence, de grandeur *.
Le 6 août 1791, elle décrète que tous les ordres de chevalerie ou autres, toute décoration, tout signe extérieur qui suppose des distinctions de naissance sont supprimés en France, et il ne pourra en être établi de semblables à l’avenir. Elle n’excepte que l’ordre de Cincirmatus, établi en Amérique.
Le 27 septembre, elle décrète que tout citoyen français qui, désormais, insérerait dans ses quittances, obligations, promesses, et généralement dans tous les actes quelconques, quelques-unes des qualitications supprimées parla constitution, sera condamné par corps à une amende égale à six fois la valeur de sa contribution mobilière.
Le 24 juin 1792, elle décrète que tous les titres généalogiques qui se trouveront dans un dépôt public seront brûlés.
Le 13 août 1793, elle décrète que toutes les maisons oû seraient conservées des armoiries, seront confisquées au profit de la République.
Le 8 pluviôse an II, elle décrète cinq ans de fers contre tout notaire, greffier et autres dépositaires quelconques, qui insérerait dans ses actes, minutes ou expéditions, aucune quali-
I • Ne reeoiinaissons, disait M. de Noailles, de distinctions qne celles des Tertus. Dit on le marquis Franklin, le comte Washington, le baron Fox? ■
* Afnnit. 21 juin 90.
ficalion tendant à rappeler d’une manière directe ou indirecte le régime féodal ou nobiliaire.
Puis, comme récompense de leurs concessions, elle décrète contre les nobles la spoliation de tous leurs biens, meubles et immeubles, au proQl de la Nation; puis, l’obligation pour les pères et mères d’enfants émigrés, de fournir l’habillement et la solde de deux hommes, par chaque enfant émigré, durant tout le temps de la guerre ; puis, l’enlèvement de tous leurs titres de propriété; puis leur bannissement à perpétuité du territoire français; puis, en cas d’infraction de leur bannissement, leur arrestation, leur jugement par une commission militaire et leur exécution dans les vingt-quatre heures; puis, la destruction de leurs châteaux et des fortifications qui les .entourent; puis, la suppression irrévocable du nom de châteaux donnés à leurs habitations; puis, les poursuivant jusqu’à la troisième génération, elle déclare inhabiles â toutes fonctions administratives, municipales et judiciaires, les père, fils, frère, oncle, neveu, époux d’émigrés et alliés au même degré; puis, pour en finir avec celte race odieuse, elle décrète de ne faire ni paix ni trêve avec les aristocrates, et les met tous hors la loi
Avant de quitter la noblesse, arrêtons-nous un instant pour voir la part qui revient à l’antiquité classique dans la suppression de ce grand corps. A ce que nous avons déjà dit, nous ajouterons les détails suivants.
C’est au nom des Grecs et des Romaim, que les titres de noblesse sont supprimés. Par l’organe de leurs élèves, ces maîtres admirés ne cessent de redire : « La langue française doit éprouver en môme temps que l'cmptre la révolution qui doit la régénérer. Notre langue deviendra la plus noble des langues vivantes, si nous voulons la purifier au feu de la Liberté et la rendre enfin digne du Peuple-roi. Quoi de plus humiliant que d’être tutoyé par un faquin que l’on appelle monseigneur? Les Spartiates, les Grecs et les Romains connurent-ils jamais ce mot insignifiant de notre langue corrompue? S’il fut engendré par la féodalité, il doit disparaître avec ses horreurs *.
« Qu’au titre môme de monsieur, on substitue celui de ci-
1 Mcrels des î et lî sept, et Î5 noT. 9î, 18 mars 93, 13 plutiése tn II, 7 tend<m. «n IV, 27 mars 93, 25 brura. an III.
* Mercure nat., t. IV, p. 1818.