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CHAPITRE NEUVIÈME

toycn. Le mot de citoyen est un mot sacré. Républicains comme les Romains, plus libres qu’eux, destinés à être aussi vertueux, ne faisons précéder les noms d’aucun titre. Disons : Pétion, Condorcet, Payne, comme on disait à Rome : Caton, Cicéron, Brutus. Si cette simplicité nous semble rudesse, si elle nous semble prématurée, ajournons-la, mais ajournons aussi la République *. »

C'est au nom des Grecs et des Romains, que sont anéanties toutes les distinctions et décorations de la noblesse, a II est essentiel, crient les lettrés de collège, d’après le grand principe de l’égalité, sans laquelle il n’y a point de république, de supprimer, non-seulement toute distinction pécuniaire, mais toute distinction héréditaire de prince, duc, comte, marquis. On ne doit pas souffrir qu’un citoyen se dégrade en donnant à son égal un nom de dignité, autre que celui qui vient du suffrage de ses concitoyens et de la loi.

« J’insiste pour que les nobles soient contraints de remettre au président de leur district, leurs cordons bleus, leur toison, de s’enrôler en qualité de simples soldats dans. la garde nationale; en cette qualité de faire sentinelle devant le corps de garde du district, afin de rassurer pleinement les patriotes sur la sincérité de la conversion des Tarquins. Alors, s’ils abjurent de cœur l’aristocratie, ils pourront devenir secrétaires de district, comme ce Démétrius, fils du roi Ptolémée, et prince royal de Syrie, à qui le Sénat fit avoir, à cause de sa belle mainf*une charge de greffier, qu’il exerça toute sa vie, dit l’histoire, avec beaucoup d’honneur. Ceux qui n’auront pas la philosophie de Démétrius, et ne seraient pas contents de ces conditions, peuvent aller sur les bords du Mississipi se faire appeler Monseigneur, ou Votre Altesse Sérénissime *. n

C’est au nom des Grecs et des Romains, qu’on se moque de la noblesse et qu’on rend suspecte sa facilité à se dépouiller de ses titres et privilèges. « Il ne reste plus à nos ennemis, s’écrie la Révolution, d’autre ressource que celle dont usa le Sénat de Rome, quand, voyant le peu de succès de toutes ses batteries contre les Gracques, il s’avisa de cet expédient pour perdre les patriotes : ce fut d’engager un tribun d’enchérir sur tout ce que proposerait Gracclius, et à mesure que celui-ci ferait que!-

• Patriote fr,

* Camille Desmoulins, Révol., t. II, p. IG7.

lOi LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.

que molioQ populaire d’en faire une bien plus populaire encore, et de tuer ainsi les principes et le patriotisme par les principes et le patriotisme poussés jusqu’à l’extravagance.

« Le jacobin Gracchus proposait-il le repeuplement et le partage de deux ou trois villes conquises, le ci-devant /'eui/lanf Dnisus proposait d’en partager douze. Gracchus mettait-il le pain à seize sous, Drusus mettait à huit le maximum. Ce qui lui réussit si bien que, dans peu, les habitués du Forum trouvant que Gracchus n’était plus à la hauteur, et que c'était Drusus qui allait au pas, se refroidirent pour leur défenseur qui, une fois dépopularisé, fut assommé d’un coup de chaise par l’aristocrate Scipion Nasica, dans la première insurrection *... »

C’est au nom des Grecs et des Romains, qu’on demande la prosci'iption de la noblesse et qu’on plaisante sur l’émigration à laquelle on la réduit. Par la bouche d’un de leurs disciples les plus dévoués et les plus influents, les antiques républicains disent : « L’Âssemblée nationale doit faire ce que pratiquait le Sénat de Rome. Qu’elle rende cette courte sentence qui effrayait tant César et Antoine au milieu de leurs légions... qu’elle déclare M. de Choiseul-Gouffier et Baptiste Montmorin ennemis de la patrie. Traître Choiseul ! O Scelus ! o Pestis ! o Labes ! lui aurait dit Cicéron...

a Les lamentations sur l’hégire du comte d’Artois sont comiques. « Monseigneur comte d’Artois est du nombre des proscrits ! Ma plume s’arrête je frémis.... mes cheveux se dressent sur ma tête La postérité le croira-t-elle? »

Eh ! monsieur l’aristocrate, la postérité a bien cru que le roi Denys s’était fait maître d’école à Corinthe ; elle a bien cru que les Tarquins n'étaient jamais rentrés dans Rome ; elle a bien cru que Brutus avait fait mourir ses enfants pour avoir voulu les rappeler ; elle a bien cru que Aristodéme, Agis, avaient été mis à mort par leurs sujets, et tu te récries que madame la comtesse d’Artois ait été obligée de suivre son mari * ! ^

C’est au nom des Grecs et des Romains, qu’on demande l'égorgement de la noblesse. « Citoyens, voilà cinq ou six conspirations consécutives, la conspiration Broglie, la conspiration Favras, etc. Dites-moi, combien vous en faudra-t-il encore»

1 Vieux Cordelier,n° î, p. ll>.

* Camille Uesmoulins, liévol., t. II, p. 374-278.

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