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CHAPITRE DIXIÈME

Il dit entre autres choses : « Sire, nous nous rappelons avec attendrissement que vous vous êtes déclaré le chef de votre peuple, en vous mettant à la tête de la Révolution* . » Aussitôt les Romains de reprendre : « Pendant que vous aduliez César, on jouait firutus aux Français. La pièce était applaudie à tout rompre. Quelle disparate scandaleuse entre la conduite des représentés et le système adulateur des représentants! Combien de Brutus parmi les premiers ! o Nous

nous rappelons avec attendrissement que vous vous êtes déclaré le chtf de votre peuple! » — Un peuple libre a-t-il un chef? — Votre peuple ! — Nous ne sommes donc pas à nous 7 Nous sommes le peuple d’un autre, nous sommes les esclaves d’un maître! — Et la reine! — Des compliments à cette femme... l’Assemblée nationale, grand Dieu! — Et son fils! — Un enfant! Le Sénat à ses pieds ! Les représentants d’un peuple souverain ! O Brotcs *! >>

Non-seulement ils proscrivent toute marque extérieure de respect pour la royauté; afin d’achever de l’avilir, ils veulent au nom des Romains que le roi de France soit vêtu comme un bourgeois. Us écrivent : « L’homme libre ne veut point voir son général, son magistrat, son législateur en habits de théâtre. !l ne veut point les trouver dans les jardins de Lucullus ; il veut les voir couverts de laine et dans la médiocrité, tels que Cincinnatus, lorsqu’il quittait sa charrue pour sauver l’État; Fabius, lorsqu’il refusa les présents du roi d’Épire; Aristippe, qui légua sa fille à son ami. Je vois que nous nous

abandonnons à de basses adulations Mais nous avons

parmi nous des Brutus, des Horaces, des Mutius, prêts à se brûler le poignet plutôt que de céder aux tyrans ^ »

La Constitution disait : n l.’hérilier présomptif portera le «om de prince royal. » Et les républicains de collège de demander : « Pourquoi conserver cette dénomination de prince? Le fils de Brutus n'était ni altesse, ni prince *. »

Et la reine! « Si jamais deux mots ont dû s’étonner de se trouver ensemble, ce sont ceux-ci : Reine des Français. La Russie, l’Angleterre, la Hongrie, la Suède, peuvent avoir des reines, mais ce qui a toujours distingué les Francs, c’est qu’ils

* Monit. , ibi.

* Atercur» nat., n» 1.

* Mercure nat., t. Il, n* 22, p. 6, 52.

* Journal de Priidhomme, p. 133.

U RÉVOLUTION FRANÇAISE

n’en ont point. Il ne peut pas y avoir de reine des Français, la loi salique est formelle. Marie-Antoinette d’Autriche est la femme du roi, et rien de plus. Pour moi, rien ne pourra forcer ma bouche à saluer une femme de ce nom de reine des Français.

« Depuis que l’Assemblée nationale l’a décrété, j’ai reconnu, comme les autres, Louis XVI pour roi des Français ; en conséquence, j’ôte mon chapeau quand il passe, et si je suis de garde, je présente les armes ; mais vous m’avouerez, mes chers concitoyens, que pour des philosophes, pour des amis de la liberté et de l’égalité, c’est bien assez d’une Majesté *. i>

Du mépris de la royauté on passe à la spoliation de ses biens. C’est au nom des Grecs qu’on la demande. « Du temps d’Homère, disent les admirateurs de la belle antiquité, celui de tous les rois qui faisait la meilleure chère et qui avait les , plus beaux jardins, le roi des Phéaciens, n’avait pas plus de mille arpents, plantés la plupart en pommiers, dont Homère parle avec enthousiasme, tandis qu’il ne daigne pas dire un niot des fauves, ni de la chasse à tir d’Alcinoûs. Èt vous, déplorez donc amèrement le dépouillement de Louis XVI; posez une tirelire dans les quatre-vingt-trois départements pour l’aider à vivre *. »

El la Nation décrète la vente de tous les biens de la couronne.

Après la spoliation des biens vient l’abolition des prérogatives. C’est au nom des Grecs et des Romains qu’on avait attaqué et défendu les privilèges de la noblesse ; c’est au nom des mêmes autorités qu’on discute lès prérogatives de -la royauté.

Est-ce au roi, est-ce à la Nation qu’appartient le droit de déclarer la guerre ? Cette première question est élucidée par les lumières de V antiquité ‘païenne. M. de Clermont-Tonnerre plaide pour le roi, et répondant à l’objection : « La Nation peut elle abandonner un droit si précieux? » Ne confondons pas, dit-il, la Nation qui a créé tous les pouvoirs avec le corps constituant, qui, comme le roi, n’existe que par la Nation, contre lequel il y a aussi le terrible remède de l’insurrection. 11 y a deux écueils à éviter : celui de céder rapidement au vœu national quand ce vœu est passion ; celui de lui résister quand il est

> (.amillc üesmoulins, névot., t. I, p. 97.

* Tîcuo/., t. IV, p. 301.

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