CHAPITRE DIXIÈME
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justice. Souvenez-vous de Démosthéne rappelant en vam au peuple, avec tous les chaj'tnes de l’éloquence, les intérêts du peuple; voyez-lc dénoncer en vain les orateurs soudoyés par Philijipe ; voyez ce peuple ingénieux et fnvolc détourner les yeux de l'intérêt de la patrie pour se repaître des adulations macédoniennes ‘. »
Après M. de Clermont-Tonnerre, qui invoque les Athéniens, c’est M. de Cazalès qui appelle au secours de la monarchie française les Romains et les Spartiates. « Toutes les nations, s’écrie l’orateur chrétien et monarchique, qui ont connu la division des pouvoirs, ont confié le droit de paix et de guerre au pouvoir exécutif. A Rome, ce Peuple-roi, jaloux jusqu’au délire du pouvoir législatif, avait confié au Sénat le pouvoir de faire la paix et la guerre ; avec le pouvoir exécutif, il n’est pas possible de méconnaitre l’utilité de cette combinaison... » Puis, convaincu qu'il est de l’intérêt de la patrie de conserver au roi le pouvoir de déclarer la guerre, il ajoute ; « Or, la patrie doit être l’objet exclusif de notre amour. L’amour de la patrie fait plus que des hommes, il fait des citoyens. Il a créé les Spartiates, à l’existence desquels nous sommes tentés de ne pas croire, en voyant combien nous sommes indignes de les imiter *. r
Enfln, arrive Mirabeau, qui, de sa voix de tribun, invoque en faveur de la prérogative royale l’autorité du peuple-roi, du législateur par excellence. Il s’attache à montrer qu’une assemblée de sept cents députés n’est pas capable d’exercer le droit de paix et de guerre, que dans cette supposition toute responsabilité est vaine. « Ce Romain, s’écrie-t-il, qui, portant la guerre dans les plis de sa toge, menaçait de secouer, en la déroulant, tous les fléaux de la guerre, celui-là devait sentir toute l’importance de sa mission. Mais le sénat nombreux qui l’envoyait au milieu d’une discussion orageuse et passionnée, avait-il éprouvé cet efl’roi que le redoutable et douteux avenir de la guerre doit inspirer? »
Puis répondant à l’objection que le roi peut abuser de ce pouvoir et de ses succès militaires, il ajoute : « C’est parmi les nations qui n’avaient point de rois que ces succès ont fait les rois. C’est pour Carthage, c’est pour Rome que des citoyens tels qu’’Annibal et Céseir étaient dangereux. Tarissez l’ambition;
* Monü. 19 nini 90.
* JUoiiit. mai 90.
faites qu’wn roi n’ait à regretter que ce que la loi ne peut accorder faites de la magistrature ce qu’.elle doit être, et ne craignez plus qu’un roi rebelle, abdiquant sa couronne, s’expose à courir de la victoire à l’échafaud *. »
même jour où, tout en ayant l’air de défendre la royauté, on la menace de l’échafaud, le théâtre exalte contre elle l’opinion publique en jouant Manlius Capitolinus.
Du droit de faire la guerre on passe à celui de nommer les généraux de l'armée, et, au nom des Grecs et des Romains, on le réclame en faveur du peuple, f.e rapporteur de la commission s’exprime en ces termes : « Nous avons des militaires dont le patriotisme est pur et inaltérable. C’est un bienfait parlicu- Ker de la Nature ; ils sont nés avec Athènes, Spa7’te et Rome dans le cœur. Rome perdit sa liberté lorsque les légions nommèrent leurs chefs. Il serait sans doute à craindre, en accordant ce privilège, que le choix n’allât chercher des hommes complaisants pour les passions des électeurs. Mais ce qu’il n’est point inutile d’observer, c’est que dans Athènes, dans Sparte et dans Rome, c’était le peuple qui nommait les généraux; c’est que dans Rome, c’était le peuple qui nommait les tnbuns chargés de faire des levées. Les officiers du peuple passaient en revue chaque tribu, marquaient les citoyens qui devaient marcher contre l’ennemi... Tant que cet ordre exista, la république fut en sûreté *. »
Viennent ensuite les lettres de cachet. C’est Danton et Mirabeau; disons mieux, ce sont les Athéniens qui les font supprimer. « Trente tyrans, s’écrie Mirabeau, oppriment Athènes; Théramène, admis à partager leur pouvoir, et non complice de leur fureur, ose s’y opposer. Son implacable ennemi, Crilias, l’accuse devant le Sénat de troubler l’État et de conspirer contre le gouvernement. Ce sénat servile ne l’est point assez pour condamner Théramène ; il n’ose l’absoudre, mais il frémit de verser le sang de ce courageux citoyen. Critias s’aperçoit qu’on balance à servir sa haine; il lève la voix et dit ; « C’est le devoir d’un souverain magistrat d’empêcher que la justice ne soit surprise. Je remplis ce devoir. La loi ne veut pas qu’on fasse mourir un des trois mille, si ce n’est pas l’avis du Sénat. Eh bien, j’e/face Théi'améne de ce nombre, et le
I ifonil. Si mai 93.
V'Rapp. sur l’aTaiiccment mil. 5 octobre.