CHAPITRE DIXIÈME
condamne à mort en vertu de mon autorité et de celle de mes collègues,
M Théramène se réfugie au pied de l’aulel et s’écrie : « Je m’étonne que des gens sages comme vous ne voient pas qu’il n’est pas plus difQcile d'effacer leur nom du rôle des citoyens que celui de Théramène. » Critias viole l’asile où s’est réfugiée sa victime; ses satellites l’arrachent de l’autel; les sénateurs consternés fuient et se dispersent. Socrate seul prodigue d’impuissants efforts pour sauver l’innocent opprimé.
« L’application saute aux yeux. « O mes aveugles concitoyens, nous crie M. Danton, ne comprendrez-yous pas cette effrayante vérité : Il n’est pas plus difficile d’effacer votre nom du rôle des citoyens que le mien L »
Dans la prévision que la royauté ne se laissera pas annihiler sans combat, la Révolution prend ses mesures. Chaque jour les Romains, maîtres de la tribune et de la presse, poussent à la résistance, à l’insilrreclion, et au besoin à la déchéance.
C’est Goupil de Préfeln qui du haut de la tribune s’écrie : « Catilina est aux portes de Rome ; Catilina menace d'égorger les sénateurs, et l’on fait la futile et frivole question : Y a-t-il à délibérer *? »
C’est un illustre lettré qui écrit au démagogue Desmoulins : « Courage, cher défenseur de la liberté ! Quand même la bataille d’ Allia serait perdue, quand même les Gaulois seraient dans Rome, nous ne vous abandonnerons pas. Comme ces sénateurs vénérables qui attendirent les barbares sur leur chaise curule, nous saurions braver la mort et mourir à notre poste. Mais, grâce au ciel, les Romains n’ont point été vaincus. Quoiqu’on rebâtisse en ce moment Versailles, et que notre Caton, M. Camus, le souffre, on n’a point encore rebâti le despotisme. Elle respire encore au milieu de nous la toute-puissante Assemblée nationale ; elle respire pour la terreur des despotes nonseulement de la France, mais encore de l’Europe *. »
C’est Anacharsis Glootz qui, prêchant la résistance et quelque chose de plus que la résistance, s’exprime en ces termes parfaitement classiques : « Continuez à foudroyer les tyrans et leurs suppôts. Votre véhémence vous attire des ennemis; on vous accuse d’un déchaînement coupable. Mais Démosthene
1 Camille Dcsmoulias, ItéooL, IIS s MohU. 3n août 90.
S lîdool., lis.
et Cicéron étaicnl moins modérés que vous, lorsqu’il s’agissait du salut de la Grèce et de Rome, contre les attentats du roi de Macédoine et de Catilina. Les novices de la liberté voudraient soustraire le sceptre aux carreaux de l’éloquence ; ils s’irritent en voyant lever d'une main hardie ]& pourpre royale. Mais les émissaires de Philippe accusaient les Desmoulins d’Athènes de la môme audace; ils insinuaient au peuple qu’en arrachant le masque &\x pouvoir exécutif de la Grèce, c’était blesser les amphictyons qui eurent la faiblesse de rendre Philippe l’arbitre de leurs décrets. L’événement justifia les imprécations énergiques de Démosthëne. Tâchons de conserver la liberté indéfinie de la presse, si nous voulons conserver la liberté conquise. Ce palladium inconnu aux anciens nous préservera du joug des Macédoniens * . »
C’est Camille Desmoulins qui, poussant ouvertement à l’insurrection, dit : « Le mot insurrection est crétois; il désigne le droit de soulèvement accordé aux citoyens de Crète par les lois du sage Minos, lorsque la magistrature abusait de sa puissance... Je me suis fabriqué des provisions le 12 juillet, d’après ces mots du consul dans les dangers de la République : Videte ne quid respublica detrimenti copiât. D'apiès ces mots de notre général, l’inswrection et la lanterne sorU les plus saints devoirs *. »
C’est le Mercure national qui fait entendre ce cri ; « Tu dors, Brutus, et Rome est dans les fers! Vous délibérez. Athéniens, et Philippe est à vos portes ! Vous dormez. Français, et vos plus cruels ennemis sont dans votre sein! vous dormez, et ils veillent! Trop confiants dans vos forces, vous vous trouverez chargés de chaînes à votre réveil *! »
C’est la Décade philosophique qui, donnant le thème des lampions de 1848, dit nettement : « Du pain, du fer et du salpêtre, voilà tout ce qu’il faut à des républicains *. »
C’est toute une cohue de lettrés qui demandent à grands cris la déchéance et le régicide, au nom des Grecs et des Romains, leurs maîtres et leurs modèles. « Il n’a pas suffi aux Romains, dit l’un, d’abolir le nom de roi, ils ont jugé qu’ils devaient extirper la royauté, en arracher les branches et la racine,
1 /fet.,!., 193.
* /tdvol., 167-<96.
* P. ÎOl.