‹ La révolutionChapitre 62 sur 93 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

Le roi sera-l-il entendu T La Convention décide qu’il sera cité à la barre pour entendre son acte d’accusation, mais que ses avocats ne seront entendus qn’aprés le prononcé du jugement. Cette proposition de Danton, où respire la soif du sang, lut cependant combattue, et toujours au nom de Brutus et des Romains. « Plusieurs projets de décret, dit Manuel, ont pour objet de tellement précipiter votre décision, que Louis XVI né puisse être entendu. Brutus donna la mort à César sans aucune forme deprocés, sans doute; mais il l’assassina en plein sénat. Si César eût été en prison, certainement ce généreux Romain aurait demandéque l’ennemi vaincu fut jugé. Je demande que Louis soit entendu *. »

Quelle peine doit lui être appliquée ? Rien n’est plus douloureusement instructif que le drame sans exemple auquel nous allons assister. Les lettrés du dix-huitième siècle ne connaissent que l’antiquité païenne. Pour eux, les Romains sont tout. Si on demande la vie du roi, c’est au nom des Romains; si on demande sa mort, c’est encore au nom des Romains; si ou demande l’exil pour lui et les siens, c’est toujours au nom des Romains.

La citoyenne Olympe de Gouges offre à la Convention de se charger de la défense de Louis XVI, pour qui elle demandera l’exil. « Citoyen président, écrit-elle, je suis franche et loyale républicaine, personne n’en doute, pas même ceux qui feignent de méconnaître mes vertus civiques. Je puis donc me charger de cette cause... Qu’il me soit permis d’ouvrir à la Convention nationale une opinion qui me parait digne de toute son attention. Les Romains se sont immortalisés par l’exil de Tarquin. Il ne suffit pas de faire tomber la tête d’un roi pour le tuer : il vit encore longtemps après sa mort ; mais il meurt véritablement quand il survit à sa chute *. » Ordre du jour.

Au nom des Romains, Olympe de Gouges a demandé l’exil pour le roi, Buzot le demande pour les membres de la famille royale, et c’est toujours au nom des Romains. Il dit : « Un grand acte de vengeance nationale va bientôt s’accomplir. Le trône est renversé, le tyran va bientôt n’ôtre plus. Prenez garde, le despotisme vit encore dans ces cœurs corrompus qui favoriseraient son retour, s’ils le pouvaient impunément.

1 Monit. 0 déc. 92.

^ilonil. tS déc. 92.

« Comme les Romains, après avoir chassé Tarquin, s’engagèrent par serment à ne souffrir Jamais de roi dans leur ville, vous avez, décrété la peine de mort contre celui qui proposerait le rétablissement de la monarchie. Comme eux, vous avez encore un grand exemple à donner. Rome n'avait pas perdu les avantages de son origine; son peuple, fier et pauvre, n’avait pas longtemps fléchi sous le Joug de la tyrannie. Les sages lois de Numa et de Servius avaient réglé l’exercice des droits de citoyen. Tarquin seul avait paru les méconnaître, et ce peuple généreux chassa son premier tyran.

« Cependant il se trouva dans son sein de nombreux partisans de la royauté. Tarquin le Superbe aurait été rappelé par eux sans le terrible courage de Rrutus, sacrifiant la paternité au salut de la république naissante, et un successeur lui eût peutêtre été donné, sans la sagesse même du consul déterminant le peuple à bannir Lucius, le dernier du sang des Tat'quins... Je demande que les membres de la ci-devant famille royale aillent porter ailleurs que dans la république, le malheur d’être nés près du trône, d’en avoir connu les maximes et reçu les exemples *. »

Parlez-moi de Buzot ; voilà un écolier qui a profité de ses études. Pour rendre hommage à son savoir classique, ses camarades de la Convention demandent à l’unanimité l’impression de son discours ; mais on ajourne sa proposition.

A Buzot succède Saint-Just : « Et moi aussi, dit-il, je demande l’exil éternel de tous les Bourbons et la mort de celui d’entre eux qui remettrait le pied en France. Rrutus chassa les Tarquins pour assurer la liberté de Rome ; mais ici Je ne sais pas si l’on ne chasse point les Bourbons pour faire place à d’autres Tarquins. (Applaudissements.) Rome avait des rois, mais Rome avait Brutus; Je ne le vois point ici. Quand nos Tarquins seront chassés. J’attends Catilina avec son armée. J’abhorre les Bourbons. Je demande qu’on chasse tous les Bourbons, excepté le roi, qui doit rester ici, vous savez pourquoi. (On applaudit.) On affecte en ce moment de lier d’Orléans au Jugement du roi, pour sauver peut-être celui-ci ou pallier son Jugement. Je demande que le comité de constitution présente d’ici au Jugement du roi les droits de l’homme

« J/onÜ., t. XIV, p. 762.

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