Monil., ibi
* Mollit., ibi.
çais? Non. Dans les faits de notre histoire? Non; mais dans l’éternel réservoir de toutes les preuves' des orateurs de la Révolution.
M II fallait, dit- il, dérober au peuple romain la vue du Capitole, pour qu’il pût se décider d punir Manlius, et Manlius était coupable. Mais vous qui avez sauvé le Capitole ff-ançais, ne craignez pas que la nation l’oublie.... J’ai prouvé que l’appel au peuple n’existait d Rome, que parce qu’il n’y avait à Rome que des magistratures et non pas une représentation, et que le peuple exerçait sans cesse sa magistrature par lui-même. Ainsi, je demande que la Convention stitue elle-même sur le sort de Louis Capet*. »
Cet ainsi est péremptoire pour les élèves des Romains. L'avis de Barrère est adopté, et la France aura le 21 janvier.
• Monil., ibi.
CHAPITRK XllI
BRLTUS ET LOUIS XVI {/bï).
Appel nominal. — Majorité régicide. — Sentence de mort sans appel ni sursis, prononcée au nom de Brutus.
L’intervalle qui sépare le discours de Barrère, du 21 janvier, mérite toute notre attention. Il coutient la révélation sans nuages de l’influence exercée par les études de collège sur le drame sanglant, qui au point de vue politique résume toute la Révolution : l’assassinat de Louis XVI.
Dans la terrible séance des 15 et 16 janvier eut lieu l’appel nominal et le vote motivé de chaque conventionnel. Nous conjurons tous les hommes d’État, tous les parents, tous les amis de l'ordre social, tous les professeurs de grec et de latin, tous les advysaires de la réforme chrétienne de l’enseignement, de vouloir bien y assister. Ils diront ensuite s’il n’y a, comme on le prétend, aucun danger à tenir la jeunesse pendant les années décisives de la vie à l’école des Grecs et des Romains, et à l’enthousiasmer pour les grands hommes et les grandes choses de la belle antiquité.
Sur sept cent vingt et un volants, c’est à peine si on en trouve quelques-uns dont la sentence contre Louis XVI, ne soit pas motivée par un souvenir païen. Un nom, un exempte de l’antiquité est pour le grand nombre des plus influents, l’unique raison de leur vote. Idées et expressions, tout dans leur langage est grec ou romain. A la tribune comme au collège, les mots de liberté, de tyran, de république, de républicains, de salut du peuple circulent sur leurs lèvr^ et ont le même sens, que dans la bouche ou sous la plume des auteurs classiques.
Ainsi, mCalès, Deleyre, Jean-Bon Saint-André, ..Paganel, Dameron, Boilleau, Lindet, Roux et beaucoup d’autres formulent ainsi leur vote : « Je vote pour la mort, et tout mon regret est de n’avoir pas à la prononcer contre tous les tyrans ;
pour le maiolien de la République et pour le salut du peuple, je vote pour la mort ; tous les peuples qui ont voulu kre libres, u’ont pu l’étre que par la mort des tyrans, je vote pour la mort ; un républicain ne consulte que les intérêts de la patrie ; je vote pour la mort; je suis humain, j’abhorre le sang, mais je crois bien mériter de la patrie en votant pour la mort; je ne puis voir des républicains dans ceux qui hésilent à frapper un tyran, je vote pour la mort ; un tyran disait qu'il voudrait que le peuple romain n’eüt qu'une tète, pour l'abattre d’un seul coup, Louis Capet a, autant qu’il était en lui, exécuté cet atroce désir ; je vote pour la mort *. »
Pour un grand nombre Fidée païenne se résume dans un nom de l’antiquité classique, et, quelle que soit leur sentence, ce nom est le motif de leur vote.
Manuel, au nom des Romains, demande la réclusion du roi, et, au nom de Rrutus, jure de le poignarder s’il tente de ressaisir la couronne : « Des Français doivent avecleurs lumière» être plus que des Romains. Louis est un tyran, mais ce tyran est couché par terre. Il est trop facile à tuer pour que je le frappe. Qu’il se relève, et je jure que j’ai le poignard de Rrutus, si jamais un César se présente dans le sénat. »
Louvet: « J’ai pour moi les leçons de l’histoire et l’exemple célébré du premier des Rrutus, dont l’image, citoyen président, est au-dessus de ta tête, comme pour me rappeler ce généreux exemple ; je vote pour la réclusion. »
Enlard : « Les rois chassés du trône n’y ont jamais remonté; les rois qui ont trouvé des Rrutus ont eu des successeurs ; je vole pour la réclusion. »
Rabaut Saint-Étienne : « Je me suis convaincu que rien ne peut mieux assurer l’abolition de la royauté que délaisser vivant dans sa nullité le Tarquin qui fut roi ; je vote pour la réclusion. »
Alassœur : « Pour établir mon opinion, j’ai consulté l’histoire. Rome chassa les rois et eut la liberté. César fut assassiné par Rrutus et eut un successeur; je vole pour la réclusion. » Marcy : « L’existence de la République naissante est attachée à l’existence de Louis. L’expulsion de Tarquin enfanta la République ; la mort de César, le triumvirat ; je vote pour l’expulsion du ci-devant roi. »
> Monit., ibi.