‹ La révolutionChapitre 65 sur 93 · CHAPITRE TREIZIÉME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÉME

Lnkanal le lettre, le pédagogue, se posant en Spartiate : « Un vrai républicain parle \^eu ; je vote pour la mort. »

Guesnos, se posant en Romain et singeant Brutus : «Je vote pour la mort, et je renouvelle le serment de ne jamais exister sous un nouveau tyran et de ne vivre désormais que pour combattre celui qui voudrait succéder au tyran que je condamne. »

Duprat, singeant Caton : « Je condamne à mort Louis le irailre. Je prévois que l’exécution de son jugement hâtera les sinistres projets des ambitieux conjurés. Mais si les Cutilinas ptouvaient l'emporter sur les nombreux défenseurs des droits du 2)cuplc, je vous apirendrais comment un Français doit mourir quand la liberté est perdue. »

Milliaud : « Quiconque ne pense ptas comme Caton, n’est pas digne d’ètrc républicain ; je vote pour la mort. »

Barrère : « L’arbre de la liberté, a dit un auteur ancien, croît lorsqu’il est arrosé du sang des tyrans ; je vote pour la mort. »

Bazire; « Tarquin exilé se présente bientôt devant Home ; Coriolan, simple sénedeur banni, met en péril la république romaine. I.es despotes ne pardonnent jamais à leur patrie ; je vote pour la mort. »

Biad : « Si vous faites tomber la tête d’un roi conspirateur, TOUS devez à l'exemple de Rome chasser la famille des Tarquins ; je vote pour la mort de Capet et l’expulsion de sa famille. »

Porehel : « Si les Tarequins bannis ne purent rentrer dans Rome asscivie, c’est qu'ils n’avaîent pas, comme Capet, de nombreux amis ; je vole pour la mort. »

Mais c’est Brutus, le patron de l’Assemblée, qui a Véloquent honneur de motiver le plus grand nombre de ces votes régicides. En voici quelques-uns :

Fréron : « Je demande qu’avant de prononcer le décret de réclusion, l’image de Rrutus soit voilée et son buste retiré de cette enceinte ; je vote pour la mort. »

Louchet : « Si l’opinion de ceux qui votent pour la détention ou le bannissement venait à prévaloir, j’appuierais la motion faite par Fréron, 2wwr qu’on emporte d’ici l’image de Brutus ; je vote pour la mort, n

Vouland : « Je demande pour Louis le même supplice equi fut infligé par Brutus à scs fis ; je vote pour la mort. »

l’é issier : « Le grand homme, Brutus, dont je vois ici l’effigie.

ISO la révolution française.

teirassa le tyran de Rome ; il ne donna point de motifs ; je vole pour la mort. »

Taillefer : « J’applique en frémissant la loi qui fait mourir mon semblable ; mais fai les yeux fixés sur Vimage de celui qui délivra Rome des tyrans ; je vote pour la mort. »

Chasles : « En présence de l’image de Rrutus, je vote pour la mort. »

Amar : « La mort de Louis est nécessaire, fen jure par Brutus ; je vole pour la mort*. »

1 Monit., ibi. — Ce culte sanguinaire de Brutus et de l’antiquité classique n’est pas un fait isolé. En apprenant la mort de Louis XVI, tous les lettrés de la France manifestent les mêmes sentiments, parlent le même langage, et félicitent les régicides de s’être montrés dignes des grands hommes de l’antiquité. Ils écrivent à la Conrention : ■ Le sang des hommes fait gémir l’humanité; le sang des rois la console. Grâces immortelles tous soient rendues. Vous ares été justes, et nous tous disons ce qu’Annihal disait aux dieux : Nous tous remercions de nous aroir placés entre la rictoire ou la mort... Citoyens, nous Tenons tous dire que tous aTez bien mérité de la patrie, lorsque tous aTex fait tomber la tête du tyran et déclaré la guerre aux despotes; ces actes sont dignes de tous. Législateurs, tous ares bien mérité de la patrie en condamnant le tyran i la mort.

t En faisant tomber la tête du tyran, tous ares Tcngé l’humanité, tous utcx bien mérité de la patrie. Nous jurons une haine implacable â tous les tyrans. Appelés â juger un roi plus que parjure, tous l’aTex fait comme tous le dcTiex; il a payé de sa tête coupable un tissu de forfaits. Grâces tous soient rendues, sau- Tcurs de la patrie 1 Que les tyrans Tiennent nous attaquer, nous crierons : Aux armesl mort aux tyrans/ Nous tous offrons sept cent deux boulets de 36 : ce sont les instruments dont Coligny se serTit pour réduire notre malheureuse cité... Vous avez puni un grand criminel. Il faut des Tertus dans une république, et pour les faire ressortir il faut que le crime soit puni. Nous tous félicitons d’avoir envoyé au supplice un individu qui a fait mourir tant 'de Français...

• Les nations apprendront qu’elles sont seules inviolables; elles citeront à leur barre ces usurpateurs de leur souveraineté, et prendront enfin de terribles représailles contre leurs oppresseurs... Grâces vous soient rendues, vengeurs de la liberté; après avoir achevé la destruction du despotisme, vous aves frappé le despote. Viennent à présent tous les esclaves de l’Europe, à commencer par les rois, ils sont déjà vaincus...

• Vous avez sauvé la patrie en faisant tomber la tête des tyrans. Soutenez-vous à la hauteur du courage que vous avez montré. Nous adhérons au décret qui a purgé la terre du plus perfide des hommes; sa mort nous instruit mieux que nos philosophes sur les prestiges de la royauté. Que les préjugés favorables au trône demeurent à jamais ensevelis dans sa tombe!... Nous sommes armés pour défendre la souveraineté des peuples ; aucun de nous ne quittera son poste que le dernier des despotes n’ait, comme Capet, payé de sa tête sacrilège tous les maux qu’il a faits au genre humain... Vous avez frappé le despotisme à mort en fairani tomber sur l'échafaud la tête du Offre couronné...

• Les républicains de Lyon, section de Brutus, dignes de porter ce nom auguste par l'énergie de leurs sentiments, vous demandent que la sainte journée qui nous délivra du dernier de nos rois, soit une fêle mémorable pour les amis de la liberté.

Goo

CnAPirUE ÏUEIZIEME.

Cinq jours apn s, l’échafaud de Louis XVI clait dressé sur la place de la Rcvolution.

et que son retour sc marque chaque amiéc par la chute d'une tête rurale, aOii que la race funeste des rois, bientôt éteinte, laisse toutes les natious dignes de célébrer la fête de leur mort. >

Ainsi parlent les lettrés de Saint-Sever, Reims, Richelieu, Marseille, Poitiers, Montpellier, Nimes, Meaux, Apt, Rennes, fieauue, Aueh, Strasbourg, le Mans, Nerers, Alençon, Autun, Brest, Moulins, Beaucaire, etc., etc. ilonii. du 25 janr. au 20 féT. 1793.

Louis XVI un tyran, Louis XVI un tigre, un assassin, un traître; le peuple roi, le peuple inviolable; le régicide un acte digne d’admiration, digne de Brutus ; où se trouve, si ce n’est dans les auteurs classiques, l'inspiration de pareils sentiments et d’un pareil langage 7

Page 1