CHAPITRE QUATORZIÈME
des républicains de Rome et d’Athènes ; c’est au nom de l’antiquité païenne, Brutus en tête, qu’ils ont condamné Louis XVI à mourir ?
Reste à savoir maintenant qui avait, après dix-huit siècles de christianisme, remis en tel honneur les républicains de Rome et d’Athènes; qui avait ressuscité Brutus, qui en avait fait pour la jeunesse lettrée le type du patriotisme, le modèle du vrai républicain et l’oracle des législateurs chrétiens et français ?
Si c’est l’éducation de collège, et l’éducation donnée exclusivement par des religieux et par des prêtres, donnée dans le royaume très-chrétien, donnée à des jeunes gens dont l’éducation maternelle avait été généralement chrétienne, il faut reconnaître que les thèmes et les versions, les narrations, amplifications, déclamations et tragédies classiques ne sont pas chose indifférente.
11 faut reconnaître que, quels que soient les professeurs, c est un mauvais moyen de former des citoyens monarchiques, que de les faire élever par des républicains.
Il faut reconnaître que la réforme des études n’est pas une simple question de grec et de latin, une question oiseuse ou de peu d’importance, et à laquelle il soit permis de rester indifférent.
Il faut reconnaître, enfin, que la légèreté seule ou l’ignorance peut traiter d’exagérés et d’esprits chagrins, ceux qui, en présence de l’échafaud de Louis XVI, de cet échafaud dressé par Brutus, signalent à l’attention des gouvernements et des familles un système d’enseignement qui aboutit à un pareil résultat.
Pour se rassurer et rassurer les autres, les endormeurs disent : O A3 est passé : les idées se sont améliorées ; l’enseignement classique n’est plus le même aujourd’hui qu’autrefois ; en tout cas il est désormais sans danger. »
« 93 est passé ! » — A voir aujourd’hui la douceur de nos mœurs, cette horrible crise nous apparaît comme un accident, dont la cause est inexplicable et dont le retour ne peut être à craindre. li n’en est pas ainsi. Sachons au contraire que 93 n’a été que le développement naturel et légitime des principes posés, la conséquence logique de l’expulsion du christianisme. Sachons que l’Europe, tant qu’elle flottera entre la foi qui la préserve encore, et le néopaganisme qui n’a
pas renoncé à l’envahir, demeurera toujours suspendue sur le même abîme.
« 93 est passé! » Hélas I non, l’esprit de 93, l’esprit révolutionnaire, l’esprit païen, vit au milieu de nous. Il a ses chaires, scs écoles, ses apôtres, ses prosélytes ; il a imprimé ses traces dans les lois ; il nous a même habitués à lui, et nos neveux s’étonneront un jour de la placide sécurité et de l’infatuation étrange aveclaquellenouslelaissonsmarcheraumilieude nous.
a Dans la politique européenne, quels pas n’ont point faits les influences du paganisme ? Les rapports des peuples ont été changés. Vingt-deux ans de guerre, d’une guerre inexpiable et immiséricordieuse comme les guerres antiques, ont rompu les traditions de la famille européenne. Pourquoi toutes les nations semblent-elles, comme aux temps antiques, se constituer seulement pour la guerre, si elles ne sentent pas, sans se l’avouer, que l’antagonisme païen s’est relevé contre le christianisme, que le temps est revenu de ces duels à outrance, non entre les souverains, mais entre les peuples, non avec des armées, mais avec des populations entières, non jusqu’au sang, mais jusqu’à la mort et à la mort d’une nation ' ? »
« Les idées se sont améliorées ! Depuis vingt-cinq ans surtout elles s’améliorent d’une manière sensible 1 » — S’il entrait dans notre plan de discuter, nous dirions : « Avez-vous regardé au fond des choses ? Ne mettez-vous point vos désirs à la place de la réalité, et l’exceplion à la place de la règle ? » Mais comme nous faisons de l’histoire, nous ne contestons rien : nous nous contentons de citer des faits. La preuve certaine de l’amélioration générale des idées, pendant ce dernier quart de siècle, est sans doute dans l’amélioration des moeurs publiques durant celte période, car les mœurs sont aux idées ce que les fruits sont à l’arbre.
Eh bien, voici, d’après les documents offlciels publiés par le gouvernement *, la statistique morale de la France, depuis vingt-cinq ans. Nous ne parlons que des crimes les plus énormes, a Le nombre des crimes contre les personnes a été croissant chaque année, pendant le quart de siècle qui vient de s’écouler, de manière à présenter, de 1826 à 1830, une augmentation de 31 pour 100. »
1 Le» Césars, par M. le comte de Champagne, t. IV, p. 330-3(3.
• Comptes rendus de la justice criminelle en France, Paris, 1830-1830.