‹ La révolutionChapitre 9 sur 93 · DE COLLÈGE · texte numérisé non relu

DE COLLÈGE

Écoutons quelques-uns de leurs témoignages.

Parlant de l’éducation classique pendant les trois derniers siècles l’auteur de la Décade historique s’exprime ainsi : « Par une singulière inconséquence, les monarques et leurs ministres voulant conserver l’autorité absolue, laissaient recevoir à la ieuuesse une éducation républicaine. Thémistocle, Aristide, Épaminondas, Solon, Cicéron, Caton, Cincinnatus, Scipion, étaient les modèles qu’on lui proposait. Les rois applaudissaient Brutus. Les leçons des sages de l’antiquite, répandues nar de savants traducteurs, les législations de Sparte, d Aihèneset de Rome, commentées par des politiques éclaires, avaient achevé de changer totalement les idées, les caractères et le langage. Les inslitutious étaient monarchiques, et les habitudes républicaines. Les prétentions et les privilèges étaient aristocratiques, les opinions et les mœurs devenaient démocratiques. Les avocats, tous les hommes de lettres, avec quelque fondement, les clercs les plus obscurs, avec démence, lie concevaient pas pourquoi ils ne seraient pas des Lycurgues

et des Cicérons L n . i„ .a...

Ces dispositions générales s’individualisaient dans la tête de chaque collégien. L’auteur du Tableau de Paris, Mercier, écrivant dans sa propre histoire celle de ses jeunes contemporains, disait, en 1785 : «Le nom de Rome est le premier qui ait Irappé mon oreille. Dès que j’ai pu tenir un ‘•«liment, on m a padé de Romnlus et de sa louve, on m a parlé du Capitole et du Tibre, Les noms de Brutus, de Caton et de Scipion me poursuivaient dans mon sommeil; on entassait dans ma mémoire les épîtres familières de Cicéron ; de sorte que j étais loin de Paris, étranger à ses murailles, et que je vivais a Rome, que je n’ai jamais vue, et que probablement je ne verrai jamais.

« Les décades de Tite-Live ont tellement occupe mon cerveau pendant mes études, qu’il m'a fallu dans la suite beau-

IDiCad. hist., par M. de Ségur, p. Î01-Î03.

Page 1