‹ La Révolution & les HôpitauxChapitre 16 sur 69 · ALT · texte numérisé non relu

ALT

Ils tinrent leur première séance le 2 février (1) et invitèrent de Montlinot à assister aux réunions « pour y faire part des connaissances qu’il avait sur la mendicité. »

Montlinôt, qui devait être nommé administrateur des hôpitaux, le 13 avril 1701, en même temps que les médecins Cabanis et Thouret, Aubry-Dumesnil, greffier de l'Hôpital général, et Cousin, avait été chanoine de la Collégiale de Saint-Pierre de Lille (2). Il avait résigné son bénéfice en 1765 et dirigé plus tard le dépôt de mendicité de Soissons.

Il possédait donc une compétence particulière. Le 17 février, le Comité convoqua, sur ses conseils, Thouret, Boncerf, qui devint administrateur des établissements publics, Tremblay de Rubelle, le citoyen Lambert et de la Millière.

On décida que les séances auraient lieu le mercredi de chaque semaine, sous la présidence du duc de Liancourt, et le Comité se partagea en sections :

re section : Enfants-Trouvés.

2% — Pauvres malades.

2° — Pauvres valides et travaux.

4 — Vieillards et infirmes. Secours à leur donner. sé — Maisons de correction, prisons, transportation. 6° — Administration, fonds et ressources.

oi — Extraits d'ouvrages.

Les laborieuses recherches que comportait l'étude d'une question aussi importante que celle de l’Assistance publique, nécessitèrent des employés salariée. On en constitua en effet (3), mais aussitôt que le Comité de Mendicité eût été complété, sa tâche s'élargit.

Travaux du Comité. — Il s'agissait de donner une formule moderne et définitive d'assistance établie sur le principe de la solidarité sociale ; il s'agissait de substituer à l'autonomie d'établissements hospitaliers « centralisant et régularisant en quelque sorte les aumônes individuelles pour les répandre

(1) Procès-verbaux des séances du Comité. Archives nationales, À F #1]. NAS. :

(2) Léon Lallemand. La Révolution et les Pauvres, Paris, 1898, p. 43.

(3) Léon Lallemand. Op. cit., p. 44.

ensuite sur la population qu'ils assistaient » (1) un système de gestion rattaché à l'administration même du pays et dont le fonctionnement fût assuré par les revenus de l'impôt.

Le Comité fut très catégorique. Il proclama le droit au secours, envisagea l'assistance comme un devoir « qui ne doit point être ayili, ni par le nom, ni par le caractère de l’aumône. » (2).

Un décret du 22 décembre 1789 avait confié la surveillance des établissements charitables à l'administration civile et donné aux nouveaux commissaires une grande liberté d'action. Le 26 avril 1790 le travail d'organisation même du Comité était terminé et l'on put décider l'envoi de commissaires dans les hôpitaux, les prisons et les dépôts de Paris. Toutes les maisons de l'Hôpital général furent visitées par de Liancourt, Decrétot et Massieu, Montlinot et Thouret, agrégés externes au travail du Comité (3). Les établissements dépendants de l'Hôtel Dieu, l'Hôtel-Dieu lui-même et les autres hôpitaux furent visités par de Colbert-Seignelay et Guillotin, Thouret, agrégé externe au travail du Comité (4).

(1) L'Assistance à Paris sous l’ancien régime et pendant la Révolution. Etude sur les diverses institutions dont la réunion a formé l’Administration générale de l’Assistance publique à Paris. Thèse pour le doctorat en droit, par Louis Parturier. Paris, Larose, 1897, p. 105.

(2) Cf. Léon Lallemand. Op. cit. p. 46. Il est intéressant de constater que si l’on s’en tientaujourd'hui à un système mixte d'assistance publique (assistance par l'Etat et par les initiatives privées) les principes mêmes du Comité de Mendicité ont survécu.

« Organiser l'Assistance, a déclaré le Président de la République dans » un récent congrès, faire passer dans les institutions le principe suhlime de » la solidarité humaine, essayer de prévenir la misère, autant que de la » soulager...; associer dans une action commune et dans la collaboration » la plus efficace les pouvoirs publics et les initiatives privées ;.., en un » mot, faire descendre dans la pratique, autant qu'il est possible, le prin- » cipe de la fraternité humaine, y a-t-il un plus bel emploi de l'intelligence, » du sentiment et de la volonté ?

» .. Les classes riches sentent plus que jamais que leur intérêt comme » leur honneur, et quelquefois leur excuse, est dans l’aflirmation de leur solidarité avec les classes pauvres. »

(Discours de M. Loubet, président de la République, au congrès international d'assistance publique et de bienfaisance privée. Dimanche 29 juillet 1900).

(3) Archives parlementaires de 1787 à 1860. Paris, 1884. Tome XVIII, p. 111.

(4) Archives parlementaires. Op. cit. Tome XXII, Pha7o:

CA

mn

Il avait donc paru indispensable d'associer un médecin (Thouret) à ces visites. Pour la visite des hospices dépendants de l'Hôtel-Dieu et celle des autres établissements, plus spécialement réservés aux malades, deux médecins (Guillotin et Thouret) avaient été désignés. Ainsi l'on avait voulu adjoindre aux hommes érudits, aux philantrophes du Comité de mendicité, deux praticiens remarquables et dont l’autorité scientifique et médicale était établie depuis longtemps (1).

Le « rapport présenté au nom du Comité de Mendicité des visites faites dans divers hôpitaux, hospices et maisons de charité de Paris, par M. de la Rochefoucauld-Liancourt, député du département de l'Oise (imprimé par ordre de l’Assemblée nationale) » nous est resté (2). Il a été établi avec un soin scrupueux et une scienceremarquable (3) er

Le 7 mai 1700, le duc de Liancourt rendit compte au Comité de la première visite faite aux hôpitaux par les commissaires. Ils avaient visité Bicêtre, s'étaient enquis à la fois de la prison et de l'hospice et avaient rencontré des difficultés imprévues.

L'un des employés de Bicêtre, Buquet, sous-gouverneur du quartier Saint-Médard, ayant fourni des renseignements aux Commissaires sur la cuisine de la maison, se vit refuser des vivres par la sœur officière chargée de ce service. Le comité intervint modérément en signalant à l’'économe la situation du sous-gouverneur. Le 20 mai 1790, de Liancourt présenta un rapport sur l'hôpital des Petites-Maisons. Le 21 mai, de Colbert- Seignelay, Guillotin et Thouret visitèrent l'Hôtel-Dieu.lls furent accompagnés par Montlinot et Lambert, agrégés externes du comité : De la Millière, intendant des finances au département des hôpitaux, assistait aussi à la visite de cet hôpital, quiétait, on l'a vu déjà, le plus important et le plus malpropre des établissements hospitaliers parisiens. Mais leur visite avait été annoncée. Les salles largement aérées se trouvèrent avoir peu d'odeur. La viande, le pain, le vin se trouvèrent excellents. De

(1) I ne paraît pas utile de retracer ici les biographies de Guillotin et de Thouret, qu'on peut retrouver dans toutes les encyclopédies.

(2) Cf. : Archives parlementaires. Op. cit. Tome XVII p. 111 à 137 tome XXII, p. 378 et suivantes.

(3) Cf. : plus loin : les hôpitaux.

Colbert-Seignelay rendit compte de cette inspection le 2 juin.

Enfin, du 6 au fs septembre, Liancourt exposa la situation de la Salpêtrière et des Enfants-Trouvés et Seignelay lut en octobre son rapport sur l'Hôtel-Dieu, l'hôpital Saint-Louis, l'hôpital Sainte-Anne, l'hôpital de la Charité, celui des Convalescents, l'hospice Saint-Sulpice et celui des Incurables. Le 15 octobre, de Liancourt avait lu «un mémoire où il étudiait le passage de l’ancien régime des hôpitaux et de la mendicité au régime nouveau » (1).

Au moment même où le Comité de Mendicité rendait compte de ses travaux, la mission qu'il s'était donnée d'améliorer les hôpitaux parisiens faillit lui échapper.

uuillotin, qui jouissait d’une grande autorité dans l'Assemblée nationale, avait fait créer, le 12 septembre 1790, un nouveau comité dit « Comité de Salubrité ou de Santé » (2) qui devait se composer des seize membres de l’Assemblée exerçant la profession de médecins et d'un certain nombre d’autres membres (3). À tort ou à raison, La Rochefoucauld-Liancourt crut son œuvre menacée et sur sa proposition et sur celle de Malouet, l’Assemblée nationale déclara « que par son décret du 12 elle n'avait entendu attribuer au Comité de santé aucune des fonctions attribuées précédemment à celui de mendicité. » (4).

Page 1