APPRÉCIATION DU COMITÉ DE MENDICITÉ SUR LE BUREAU DE
L'HÔPITAL GÉNÉRAL. — Avant de donner quelques éclaircissements sur les moyens d’information du Comité de Mendicité, il semble utile, maintenant qu'on connaît la constitution et les
(1) Pour tous ces renseignements, cf. : Tuetey. Op. cit. Tome 1. Introduction, p. 1v et suivantes.
(2) Cf. : Archives parlementaires. Op. cit Tome XVIII, p. 719.
(3) Ce comité fut constitué le 30 septembre 1790. On adjoignit aux 16 médecins de l’Assemblée : Rabaud (de St-Etienne), de Talleyrand (évêque d’Autun), Gossin, Heurtault-Lamerville, Lebrun, Périsse-Duluc, de la Rochefoucauld, député de Paris, de Delley d'Agier, Dumouchel, Malouet, l'abbé de Bonnefoy, Livré, de Bousmard, l'abbé Grégoire, Creuze et Bureaux de Puzy.
Quant aux 16 médecins, c'étaient : Fos de Laborde, Lavie (de Belfort), Laloy, Meyer, député d’Alsace, Salle (de Nancy), Thouret, Girard, Allard, député d'Anjou, Fisson-Jaubert, Dufau, Auclerc-Descottes, de Sèze, Boussion, Blin. Campmas et Guillotin (Cf. : Archives parlementaires, op. cit., tome XX, p. 190).
(4) C . : Archives parlementaires. Op. cit. Tome XVIII, p. 748.
travaux de ce Comité, de rapporter ce qu'il pensait de l'administration de l'Hôpital général. Il ne lui fut pas permis ‘d'étudier avec la même exactitude et le même soin l'administration de l'Hôtel-Dieu. Mais étant données l'analogie des situations, il n’est peut-être pas interdit de conclure de l'Hôpital général à l'Hôtel- Dieu.
« Douze administrateurs-gérants, dit le rapport, dirigent aujourd'hui cette immense administration qui a eu jusqu'à présent pour chefs supérieurs : l'archevêque de Paris, etc... Ces premiers administrateurs qui tenaient leur autorité de leur place ne se mélaient de l'administration que dans des cas très rares où il s'agissait d’une décision de grande importance; alors ils se réunissaient avec les administrateurs gérants, à l'archevèché, en bureau général.
» Les administrateurs-gérants s’élisaient entre eux quand il y avait une place vacante ; leur élection devait être confirmée en bureau général et elle l'était toujours: ils prêtaient serment
au Parlement et restaient administrateurs inamovibles. Choi-
sis dans la meilleure bourgeoisie de Paris et parmi les hommes qui généralement avaient dans leur vie acquis une réputation plus reconnue de probité, ils apportaient toujours dans: l’administration des vues désintéressées et des intentions pures. C'est un hommage que.nous croyons en droit de leur rendre d'après la voix publique confirmée par tout ce que nous avons été à portée de reconnaître plus particulièrement.
» Mais l'administration des dix maisons qui secourent près de 15.000 individus est une machine immense qu'il est audessus des forces humaines de régir avec tous les soins de détails qu’exige l'assistance des malheureux. Cette machine est gouvernée encore par les règlements de sa formation faits en 1656, et depuis ce moment, elle a reçu, à plusieurs époques, des augmentations considérables qui ont rendu son administration plus difficile. Dans le nombre des administrateurs, plusieurs ayant un autre état, chargés d'affaires étrangères à l'hôpital ne peuvent donner tout leur iemps à cetie administration dont les détails ont successivement été rendus, et plus multipliés et plus compliqués. Le moindre changement qu’ils eussent voulu apporter aux règlements imparfaits, aux usages anciens de ces
» hôpitaux, eût nécessité la sanction des grands administrateurs, » celle du Parlement, des ministres; et peut-être ne l'eùt pas » obtenu... »(r),
Le rapporteur ajoutait que les anciens administrateurs-chefs (chefs de l'Administration du Temporel) n'étaient pas assez libres. L'étendue de leurs occupations personnelles faisait qu’ils ne connaïssatent que des résultats de comptes et n'étaient appelés à » prononcer que sur les affaires majeures... Leurs décisions tou- » jours préparées et maîtrisées en quelque sorte par les détails » dont ils n'étaient pas instruits, se frouvatent dictées toujours » aussi d'avance par ceux-mêmes qui les provoquatent. » Mais la tâche était rude et les administrateurs-gérants eux-mêmes (administrateurs du Bureau) « chargés souvent de fonctions » publiques, occupés de leurs affaires particulières, ne pouvaient » donner une attention de tous les instants à une administration » aussi immense, aussi compliquée, qui demande et des soins » au dehors, et une continuelle surveillance intérieure, » Ils s’en rapportaient nécessairement à des fonctionnaires subalternes dont « la puissance devenue par là même plus forte qu'elle n’au- » rait dû, se défendait mal contre les intrigues et la faveur.
» De là l'énorme disproportion d'employés avec les pauvres à » assister, elle est de plus d’1 sur 5 ; de là le traitement plus con- » sidérable de ces employés, l'abondance de leurs commodités, » d’une sorte de luxe qui contraste douloureusement avec l'in- » suffisance du secours des pauvres ; de là le choix souvent mau- » vais des gouvernantes, qui, prises dans les élèves de la maison et » n’en connaissant que les usages, en enseignent et en perpétuent » nécessairement l'ignorance et les abus (2). »
Le rapporteur s'élève enfin contre l'étendue trop grande de l'établissement et démontre que les revenus de l'Hôpital général étant (Enfants-Trouvés non compris) évalués à 3.600.000 livres, on n'allouait aux pauvres qu’1.005.000 livres sur 3.600.000 livres : « les frais d'administration, engagements, rentes à payer (et il y
(1) Rapport du Comité de Mendicité. Archives parlementaires. Op. cit. Tome XVII, p. 121 (Troisième annexe à la Séance de l’Assemblée nationale
du 15 juillet 1790).
(2) Rapport du Comité de Mendicité. Archives parlementaires. Op. cit.