M TZ
» Les galeux et les teigneux sont placés dans des salles particulières à chaque espèce de maladie, les uns et les autres sont très nombreux. On compte dans ce moment 100 enfants galeux et 136 teigneux ; des premiers il en vient de la ville ou d’ailleurs, et surtout de l’Hôtel-Dieu qui est un foyer de gale. La maison en fournit aussi, mais moins depuis qu'au moien du bâtiment nouveau, les enfants sont moins rapprochés dans le coucher.
» S'il vient des teigneux de l'Hôtel-Dieu, ce n’est que parce qu'ils étoient déjà atteints de la teigne, lorsqu'ils s'y sont rendus, ceux que l'on reçoit d'ailleurs sont de la ville, de la campagne et des provinces, quelquefois même très éloignés. S il arrive que des teigneux contractent la gale, on les place avec les galeux, parce que le vice de la gale est plus contagieux que celui de la teigne, dont l’activité est affoiblie par le traitement.
» Le traitement de là gale est simple, on ne se fait jamais règle de saigner ni de purger, qu’autant qu’on y est déterminé par l'état actuel des malades, la plupart sont foibles, ou viennent tout disposés au traitement, ceux de la maison n'ont que des gales simples et très récentes, et si, de ces derniers, il s’en rencontre qui soient attaqués de gale critique à la suite de maladies, on diffère leur traitement, en les mettant à l’usage des amers secondés de quelques légers diaphorétiques. Le spécifique d'usage est le souffre, on le broie avec la graisse pour en faire une pommade que l'on employe en friction. La guérison s'opère sans accidents sensibles de répercussion, parce que les malades sont constamment à l'abri du froid.
» Le traitement de la teigne, qui est en usage dans toutes les maisons de l'Hôpital, se fait avec un onguent compost de poix résine, on l'étend sur de la toile que l’on applique sur la tête en forme de calotte, après avoir coupé les cheveux et avoir fait tomber les gales. Cette préparation est la seule que le traitement requiert. Le topique se change tous les trois jours et, chaque fois qu'on le lève, on recoupe les cheveux et on lave la tête avec une lessive légère. S'il arrive que la peau s'échauffe un peu trop, on suspend l'usage de l'onguent, on lui substitue une pommade
douce pour le reprendre ensuite jusqu'à parfaite guérison. » La cure est de quatre à cinq mois et quelquefois plus dans les cas difficiles, il est d'expérience que ce traitement est le seul sur l'efficacité duquel on puisse compter. » Le chirurgien en chef de l'Hôpital général a tâché de le faire connoître, autant qu'il seroit à désirer qu'il le fut, dans un mémoire qu'il a lu, il y quelques années, dans une des séances publiques de l’Académie royale de chi-
rurgie.
» Dans la cure des humeurs froides et des scrophules, on nest pas si heureux que dans celle de la gale et de 1 teigne. On manque icy de spécifiques et on ne peut se conformer aux indications qui naissent des différences de de la maladie et de la variété des symptômes, la guérison dépendant du travail de la nature par le changement qu’elle doit opérer dans la constitution du malade, l'art se borne à en seconder les efforts pour lui donner le temps de faire ce changement salutaire qui ne s'obtient que lentement et guère avant l’âge de puberté.
» Les moiens que l'on employe à cet effet sont les savonneux, les diaphorétiques, les absorbants, les toniques, les amers, les diurétiques, quelques fois les légers antiscorbutiques et, de temps en temps, les purgatifs résineux avec des préparations mercurielles,
» Lorsque ces sortes d'enfants avaient encore leur infirmité à la Pitié, un certain nombre y a été traité avec un
opiat composé d'extrait de napelle, de rhue, de grande
scrophulaire, de savon, de quinquina, de poudre d'écailles d’huîtres calcinées, de diagrède et d'oethiops minéral.
» Avec ce remède on a obtenu des succès, mais pendant lhiver, presque tous ces malades sont retombés dans leur ancien état par le retour des mêmes symptômes. D'après le rapport fait à l'Académie royal de chirurgie, qui avoit demandé l'expérience de ce nouveau remède, communiqué par un chirurgien de réputation, on aconclu unanimement à l'Académie que les exutoires sont d’une utilité plus sûre et plus cons-
tante.
» En conséquence de cet avis on a continué, comme avant,
de faire beaucoup d'usage de vessicatoires, de cautères et de : setons, » Les autres moiens extérieurs sont des fomentations, des
cataplasmes de toutes sortes. Dans les ulcères, les onguents
doux et d'une chaleur tempérée sont ceux qui conviennent le mieux, tels sont l'onguent de la mère, le bazilicon simple ou mêlé avec le précipité rouge, quand on veut le rendre détersif. On a observé que les digestifs faits avec la thérébentine ou des beaumes, remèdes qui semblent bien plus recherchés, excitent des répercussions, en s'opposant par une sorte d’astriction à l'écoulement habituel des ulcères qui sont autant de cautères naturels.
» Dans l'engorgement des glandes, ou se sert d'emplâtres fondans et résolutifs. Si les glandes sont fistuleuses, désorganisées, sans ressorts, rendant beaucoup de pus, on achève de
les détruire par les trochisques de minium. L'avantage de
cette destruction de glandes est de prévenir l'épuisement. Elle se fait avec succès et toujours sans danger en usant des précautions requises.
.» Les exfohations.des caries sont moins excitées qu'elles ne Sont attendues : lorsqu'elles se bornent à de petits espaces,
elles s'obtiennent presque spontanément : si, au contraire, elles sont d’une grande étendue, qu'elles occupent les articulations, elles nécessitent les amputations. On n’a recours à : ces grandes opérations que quand on a lieu de présumer favorablement de l'état du malade et de ses forces. Ces sortes de retranchemens, qui seroient impossibles à la nature, cnt sou- : vent été après un long concours de moiens pharmaceutiques aidés du régime, une ressource nécessaire au praticien pour assurer l'existence de son malade et lui procurer, le reste de la vie, une santé vigoureuse.
» Entr'autres exemples du triomphe de la chirurgie, on permettra de citer celui d'un enfant trouvé de la Pitié, à quiila été fait un legs considérable et dont l'éducation est surveillée par M. Cochin et M. Tillet, ses tuteurs zélés ; cet enfant a eu le poignet amputé pour cas dont il s'agit. Depuis son amputation il jouit de sa fortune avec l'avantage d’une bonne santé.
, > Outre les maladies dont il a été mention, on compte aussi
‘lescorbut, les maux de bouche, les angelures et des jaunitses.
Les:trois premières maladies sont plus fréquentes dans l'hiver et au commencement du printems, les jaunisses dans les grandes chaleurs de l'été. On envoyeles scorbutiques et les maux de bouche à Saint-Louis, lorsque leurs maladies s’agravent. € » On remarque. en général que le nombre. des malades: est toujours en proportion de l’intempérie des saisons, qu'il y en a moins à la fin:du printems et au commencement del'automné, plus dans les chaleurs de l'été et surtout'dans l'hiver pendant les grands froids et l'humidité. Dans l'hiver de 1789 à 1700, qui a-été très doux, il y a eu peu de malades, d'où s’en suit la démonstration de la nécessité de se Hire contre la M
des saisons.
Une autre prévoiance qui seroit bien avantageuse tombe sur le régime : quoiqu'il soit meilleur depuis quelque temps, cependant il conviendroit d'y ajouter, plus que l'on ne fait, des racines, des herbes, des choux préparés à la manière des Allemands, pour en avoir en tout tems. Ces sortes de provisions seroient des moiens propres à contribuer à diminuer up le scorbut et prévenir d’autres dépravations.
» Si cette addition au régime paraissait le rendre plus onéreux, il semble qu'on trouverait une compensation dans la certitude de fortifier des sujets d'espérance, dont l'aptitude doit être en raison de la bonne santé.
» Outre l'infirmerie des enfants il y en a trois autres, une pour les sous-officières et les filles de service, de dix-huit lits ; pour les commis et certains employés de la Pitié et Scipion, de quatorze lits ; et pour les gens de service une de cinq lits. Dans chaque de ces infirmeries il y a deux lits pour les infirmiers et les infirmières.
» Un médecin et un chirurgien seul résidant à la Pitié concourent ensemble au service des malades ; le médecin, M. Philip, a deux visites par semaine, le chirurgien journellement, l’un en qualité de médecin de l'Hôpital général, excepté de l'infirmerie nouvelle de la Salpêtrière, qui a son médecin particulier, l’autre, en qualité de chirurgien en chef de toutes les maisons, ainsy que de la nouvelle infirmerie ; ils font en
MNTO—
outre à la Pitié, à la Salpétrière, à Bicêtre et à l'Hospice des Capucins de Saint-Jacques deux visites par semaine, et quel quefois plus, suivant que les circonstances l'exigent.
» L'hospice Saint-Jacques est un démembrement nouveau de la Salpétrière, d'où l'on a distrait trois cents femmes ou filles toutes incurables et qui ne sont susceptibles que de cures paillatives ; elles sont épileptiques, dartreuses, cancéreuses ou attaquées de pertes habituelles. Lorsqu'elles sont prises de maladies aiguës, on les transporte à l'infirmerie générale de la Salpétrière ou à l'Hôtel-Dieu.
» Les officiers de santé, partout où s'étendent leurs fonctions, s'empressent, de concert en toutes occasions, au soulagement des malades et se procurer des succès, ils en obtiennent par leur bonne intelligence fondée sur une estime réciproque. Ils sont secondés à la Pitié par un aide chirurgien et un apothicaire résidents, à l'hospice Saint-Jacques par un aide chirurgien seulement, qui est aussi à demeure. Les uns et les autres sont recommandabies par leur zèle et leur exactitude.
» Icy se terminent les observations relatives au genre d’enfants admis à la Pitié, à leurs maladies, aux méthodes qui sont employées et au résultat de leurs traitements. C'est un des objets proposés et sur lequel on a tâché de donner les éclaircissements que l’on désire.
16 juin 1790
(Minutes, Archives nationales, F15, 1861).
Le mtr hs
Bureau de l'Hôpital général