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HOSPICE DE BICÊTRE

Les Bons-Pauvres. — Les fous. — Les vénériens. — Teigneux, galeux et scorbutiques.

L'hospice et maison de force de Bicêtre occupait, au début de la Révolution, le vaste emplacement sur lequel il s'élève encore aujourd'hui. Le château de Bicêtre qui l'avait précédé n'existait plus : les ruines mêmes en avaient été rasées en 1632 par ordre de Richelieu (1). Louis XIII songea à édifier sur son emplacement « la Commanderie de Saint-Louis, » maïison de retraite pour les Invalides militaires. L'architecte Lemercier, chargé de raser les ruines et d'édifier le nouveau château, fut prêt, en partie du moins, dès 1634, et le 25 août de la même année l'inauguration des nouveaux bâtiments eut lieu en grande pompe (2). Vincent Depaul (Saint-Vincent de

(1) Cf. pour l’histoire de Bicêtre :

Emile Richard. Histoire de l'hôpital de Bicêtre. Thèse pour le doctorat. Paris, 1889. 5:

Paul Bru. Histoire de Bicêtre, 1890.

D: Pignot. L'hôpital du Midi et ses origines. Octave Doin, 1885, p. 76, 79, 83, 86, g1, 106.

Tuetey. Op. cit. Tome I. Introduction et Documents.

Husson. Etude sur les Hôpitaux. Paris, 1861, etc.

(2) Emile Richard. Op. cit., p. 19.

Voir aussi p. 10, les diverses étymologies proposées pour le mot Bicêtre, et la plus vraisemblable, Winchester, Wichestre, Bissestre et enfin Bicêtre.

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Paul) obtint en 1647 par un brevet confirmatif d'un arrêt de 1643, l'autorisation d'installer à Bicêtre ses Enfants-Trouvés. Mais l'air trop vif (?) occasionna une épidémie parmi les enfants qui furent ramenés à Paris, dans une maison du faubourg St-Denis, en 1648. Les soldats invalides restèrent à Bicètre jusqu'à la création de l'Hôpital général (27 avril 1656),qui rattacha l'établissement au centre hospitalier qu'on venait de fonder (1).

Sous la révolution, Bicètre servait à la fois d'hôpital, de maison de force, de maison de correction et d'asile d’aliénés. L’histoire, fort intéressante d’ailleurs, de Bicêtre-prison, n’a pas sa place dans cet ouvrage. Elle a été magistralement écrite par M. Paul Bru, — et M. Tuetey à donné dans la collection de documents si souvent citée, déjà des renseignements inédits sur cette ARE Ces Il est pourtant utile de citer les chiffres ci-dessous :

Le: 10: avril 1700, sur 397) personnes, la maison compte: 422 prisonnièrs, et le 14 mars 1791, sur 3222 personnes, la maison compte 552 prisonniers (dont 43 enfants).

En dehors des prisonniers, la maison renfermait encore, trois catégories d'individus :

1° Les bons pauvres, payants ou non.

20 Les malades en traitement, vénériens ou non.

3° Les fous. |

Jean-Antoine Hagnon, économe depuis le 25 décembre 178$, avait la direction de la maison et conserva ce poste jusqu ‘à sa mort (25 avril 1792). L'administration de Bicêtre avait, pour la commodité du service, réparti ses pensionnaires en sept « emplois, » divisions locales que présidait un gouverneur assisté d'autant de sous-gouverneurs qu’il y avait de classes différentes dans l'emploi. Enfin 60 sœurs officières sous l'autorité de la supérieure étaient chargées de la surveillance des dortoirs, du soin de la cuisine et de la lingerie, ;

Nous possédons le rapport sur Bicètre adressé par M: Hagnon en réponse au questionnaire de de Jussieu. Il est daté du 30 avril 1790 et donne les SEEN suivants : Me

(1) Emile RES Op:Acit. ee 20. is PESTE D de ns

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Deux sortes de pauvres étaient admis à Bicêtre: les uns « à demeure » (bons pauvres), les autres « passagèrement » (malades atteints de gale, de teigne ou d’écrouelles). On ne recevait les premiers qu'à la condition qu'ils fussent originaires de Paris ou du ressort de son Châtelet, ou qu'ils v possédassent un domicile depuis deux ans au moins, qu'ils fussent sans fortune et hors d'état de gagner leur vie, qu'ils eussent 60 ans révolus ou quelque infirmité grave et incurable. Ils formaient la plus grande partie des pensionnaires de l'hospice (2626 en mars 1791).

Les seconds n'étaient reçus que «pour le tems de leur traitement. » Les uns comme les autres devaient se faire recevoir au Bureau de la Pitié, en y justifiant de leur droit, c'est-à-dire en délivrant, extrait de baptème, certificats de curés, de médecins, etc. Quelquefois, mais très rarement, on admettait des pauvres à Bicêtre sur la demande écrite de quelqu'un des chefs de l’administration ; mais ces admissions devaient être confirmées ensuite par le Bureau de la Pitié.

« Les vénériens seuls, des deux sexes, ont une autre marche » à suivre pour entrer à Bicestre : c'est de se procurer d’abord » un certificat d’un chirurgien de l'Hôtel-Dieu, attestant qu'ils » sont attaqués de la maladie vénérienne, et d'aller ensuite à la » Police échanger ce certificat contre un ordre en vertu duquel » 1ls sont reçus à Bicestre et admis au traitement à leur {our ou (€ à raison de la gravité de leur mal. »

On expliquera plus loin ce que signifiait cette formule.

Après leur guérison, les galeux, teigneux (1), écrouellés et vénériens étaient renvoyés de la maison. Quelques-uns parmi les hommes, cependant, y restaient comme garçons de service. Quant aux fous, imbéciles et épileptiques, ils étaient envoyés à Bicêtre, dit Hagnon, (en vertu d'ordres du Roy, de M. le Procureur général du Parlement, de Police, de la Prévôté de l'Hôtel, et venant de l’Hôtel-Dieu, après y avoir suby un traitement insuffñsant. »

(1) « Galleux.... Tous guéris à moins qu'il ne survienne quelque maladie grave compliquée. »

.. « Quelques soins chirurgicaux, au moyen desquels {ous les teioneux sont guéris. )»

Document cité. (Lettre de Hagnon au département des hôpitaux). Tuetey. Op. cit. Tome I, p. 234.

Mac-Auliffe, — $&,

On avait enregistré en 1789 l'entrée de :

158 fous,

806 bons-pauvres,

871 galeux et teigneux, 1849 vénériens! ce A

« Le nombre habituel des habitans de Bicestre, tout compris, roule sur environ 4,000 invidus. Il était lundi dernier (19 avril 1790) de 3.979. » Sur ce nombre, il n'y avait que très peu de malades payants (74 à la même date).

Les sept emplois étaient divisés en 52 dortoirs et il y avait 6 infirmeries. Des salles spéciales avaient été faites : « deux gran- » des salles pour les paralytiques, un emploi pour les fous, un » autre pour les épileptiques, imbécilles et incontinents ou » gâteux, hommes et enfants ; le même sert aux enfants teigneux » et scrophuleux ; un dortoir, dit de Saint-Joseph, dans l’emploi » du même nom, pour les hommes attaqués de ces deux der- » nières infirmités : deux infirmeries libres pour la galle, une » autre id. pour les prisonmiers, deux pour les vénériens libres, » dont une dite de Saint-Eustache pour les hommes et une dite » de la Miséricorde pour les femmes, plus une id. pour les pri-, » sonniers vénériens, etc{ et une pour les prisonniers scorbuti- » ques, etc., une pour les galleux et une pour les entants de la » Correction et pour les fous détenus d'ordres supérieurs. »

3 autres infirmeries recueillaient les membres du personnel, hommes et femmes, lorsqu'ils tombaient malades.

À cette question du Département des Hôpitaux : ( quelles sont les infirmités les plus communes à Bicestre et quel est le nombre de chaque espèce ? », l'économe de l'hospice répond :

« Fous, imbécilles, épileptiques, paralytiques, herniaires, » incontinents, asmatiques, etc.

» Les fous (parmi lesquels sont quelques imbécilles et épilep-

» tiques) étaient, lundi dernier, au nombre de. . . 214 » Imbécilles, bâtiment neuf, dortoir Saint-François. 82 » Eprileptiques, bâtiment neuf, dortoir Saint-Jean . 73

» Teigneux et écrouellés, bâtiment neuf, dortoir Bainte RIACTE RUES RER PORN 38

Galleux libres : Saint-Louis + .:, . , 48 |

) SaintLegeru. hu. 51 | 29 Vénériens (Ones M AOGMANES Te MIPENIMERT AS 9

) En PE Or D OUT MO CIO MONO ET OR PET TT 97 IPEONTINENTS MÉNNITON LEE EC, ARERN Cr 50 Herniaires, environ moitié des Bons- a x 1300 Vénériens, scorbutiques, etc., des 4 infirmiers de » la Force, dites de Saint-Roch, Saint-Lazare,

) Saint-Denis et Bellevue - Cu

re répandus ASE Cu He diffé DIPÉALSACOPTOIES ÉRYITONN EE NT LP: 4 NT B06 Playes et maladies chroniques :

IBfrmerie de Saimt-Héry: (1): le 4I lanémériedes officiers." Mines, 3 | 48 APR ONE AANES SE TR LE Le 4 | Teigneux, écruuellés, et autres Bons- Pauvres » infirmes, d'âge viril, emploi et dortoir Saint- D RIOSC D DEEE CNET MER ER TR AMEN LOTS D)

[Il n’y avait pas de médecin spécialement affecté à Bicêtre,

et l'illustre Philippe Pinel, nommé seulement le 11 septembre 1793, fut le premier qu'on y attacha.

Par contre, la maison possédait depuis fort longtemps des

chirurgiens. Depuis le rer mars 1787, Michel Cullerier y remplissait les fonctions de chirurgien gagnant maîtrise ; 1l resta en fonctions jusqu’au 17 mars 1792.

« Les pansements à faire dans les différentes infirmeries et salles d’infirmes de la maison, se font tous par le chirurgien gagnant maîtrise et ses deux compagnons, élèves en chirurgie, sous l'inspection de leurs chefs. les grandes opérations du mêmegenre sont faites par le gagnant maîtrise, en présence et sur la décision du médecin et du chirurgien major de l'Hôpital général, qui viennent, deux fois la

ou par les huit

Toutes

(1) Cette infirmerie était destinée aux gens de service de la maison. On y

mettait aussi les Bons-Pauvres pensionnaires (ceux qui payaient une pension) de la maison et ceux qui, tombés trop subitement et trop gravement malades, n'avaient pu être transportés à l'Hôtel-Dieu.

» semaine, faire leur visite dans les infirmeries de Bicestre. C'est » aussi sur l'avis et sur les ordonnances de ces deux derniers que » les maladies chroniques, etc., sont traitées dans les infirmeries » de la dite maison » (1).

Le régime et la vie de tous les malheureux que renfermait l'hospice demandent à être étudiés d'un peu près.

Les Bons-Pauvres. — Les Bons-Pauvres, fort nombreux à Bicêtre, étaient les vieillards, tous au-dessus de soixante ans, qui venaient réclamer de la charité publique une retraite dans la maison. On a vu plus haut sous quelles conditions on les admettait : Il en était entré 806 en 1789 et, le 14 mars 1701, on en comptait 2026, dont 1459 valides et 567 infirmes. Un petit nombre d’entre eux versaient une pension entre les mains de l'économe. C'étaient pour la plupart de petits rentiers sans famille et d'anciens domestiques (2). La pension était de 100 à 400 livres par an et donnait droit à une meilleure nourriture ; l'on achetait cinquante écus le droit de coucher seul, mais dans des dortoirs communs. Ceux qui avaient droit à un supplément de nourriture mangeaient d’ailleurs avec les autres et ne faisaient point table à part.

Chaque bon pauvre avait un habit, culotte et gilet de tiretaine ou bure grise, une paire de bas et un bonnet de laine qu'on renouvelait tous les ans, des sabots au besoin, et une chemise toutes les semaines.

La nourriture consistait en 5/4 de pain bis, une chopine de bouillon gras, et un quarteron (125 gr.) de viande pesée crue, les dimanches, mardis et jeudis ; deux fois par semaine des légumes, une fois par semaine une once (30 gr.) de beurre et une once de fromage.

En carême on remplaçait la viande par deux harengs. On donnait aussi, à cette époque, tous les jours, du gras à 420 pauvres alternativement et en charnage à 300 seulement, les lundis, mercredis, vendredis et samedis. Il résultait de ces menus que le scorbut était à l'état endémique parmi les Bons-Pauvres. Malheureusement on traitait d’une façon défectueuse cette mala-

(1) Document cité. Tuetey. Tome [. Op. cit., p. 235. (2) Is étaient 42, le 30 avril 1700.

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die et l'on commençait seulement à soupçonner qu'elle pouvait

être causée par un mauvais régime alimentaire.

« Peut-être, dit franchement Hagnon, le régime et la qualité » des vivres donnent-ils aussi lieu au développement de quel- » ques maladies, à raison du tempérament de quelques indi- » vidus » (1).

Les Bons-Pauvres se levaient tôt : à $s heures en été, 46 heures en hiver. Aussitôt levés, ils faisaient en commun dans chaque dortoir la prière du matin, faisaient leurs lits et sortaient du dortoir pour aller à une messe basse.

Entre 8 et 9 heures avait lieu la distribution des vivres. Les pauvres passaient le reste du jour comme bon leur semblait, l'administration ne pouvant employer que 250 d’entre eux. Une cinquantaine parmi ceux-là travaillaient dans les caves de la maison à faire de la toile pour les différentes maisons de l'Hôpital général ; 60 à 70 étaient occupés à carder ou filer de la laine pour le couverturier de la maison ; d'autres enfin étaient employés à la buanderie, au grand-puits (2), au jardinage, etc. Quelques-uns, en petit nombre, travaillaient pour leur compte.

Les Bons-pauvres qui s’astreignaient à ces travaux recevaient une légère rémunération, et l'administration leur conférait certains avantages, par exemple le droit de coucher seuls.

400 vieillards environ sortaient tous les jours avec permission de l’économe « et se répandaient dans Paris et ses environs, soit pour leurs affaires, soit pour leur plaisir. » Le plus grand nombre enfin restait oisif dans la maison. Le soir, à 7 heures en été et à 6 heures en hiver, on faisait l'appel dans tous les emplois et dortoirs, puis la prière du soir, et l’on se couchait.

Suivant les Règlements, les Bons-Pauvres devaient assister à tous les offices de l'Eglise les dimanches et fêtes, sans sortir de la maison ce jour-là ; de temps en temps ils devaientse confesser et communier, mais on leur laissait une grande liberté à cet égard.

La moitié environ de ces malheureux étaient hermiaires et le

(1) Document cité. Tuetey. Op. cit. Tome I, p. 239.

(2) 74 Bons-Pauvres travaillaient avec les prisonniers à faire monter l'eau au Grand Puits (Tuetey. Op. cit. Tome I, p. 241). Document cité.

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