RICO
» et provoquent leur furie, pour satisfaire la curiosité des » spectateurs.... (1). »
La relation de Mirabeau se rapporte à l'année 1788. Il se peut qu'en 1700, les aliénés aient été traités, comme le dit Hagnon, avec plus de douceur. L’excellent Jean-Baptiste Pussin, le surveillant qui devint l'un des meilleurs collaborateurs de Pinel (2), était gouverneur des sous-employés de Saint-Prix depuis le 3 octobre 1785, et son influence bienfaisante devait se faire sentir de plus en plus.
Quoiqu'il en soit, il reste acquis que les fous de Bicêtre étaient considérés comme incurables, et qu'on ne songea à leur donner un médecin qu'en 1793 lorsqu'on les confia à Pinel.
Lorsqu'ils étaient atteints d’affections intercurrentes, on les soignait dans l’une des infirmeries dite de Saint-Denis, dans l’enclos de la Force ou bien à l’Hôtel-Dieu et à Saint-Louis (3). Autrement, ni le médecin de l'Hôpital général, ni le chirurgien Gagnant-Maîtrise ne les visitait.
Ilest également certain qu'on les enchaïînait encore à cette époque.
« Les fous, dit La Rochefoucauld-Liancourt, paraissent géné- » ralement conduits avec douceur : le quartier qui leur est » destiné contient cent soixante-huit loges et un pavillon à deux » étages où ils couchent seuls à trois Lits près, communs à deux. » La grande quantité de malades, dont cet établissement est » encombré, oblige quelquefois de les mettre deux dans une » même loge, ce qui, comme on le juge facilement, occasionne » alors de fréquentes querelles et la nécessité de les séparer. Les » fous sont toutes les nuits renfermés dans leurs loges, ou dans » les salles, mais ils ont toute la journée la liberté des cours, » quand ils ne sont pas furieux. Dans ce cas ils sont enchaïnés. Le
(1) Observations d'un voyageur anglais sur la maison de force appelée Bicètre, suivies de réflexions sur les effets de la sévérité des peines et sur la législation criminelle de la Grande-Bretagne. Imité de l’anglais, par le comte de Mirabeau, avec une lettre de M. Benjamin Franklin. 1788, in-8, vrr-128 p. Biblioth. Nation. Imprimés. Inv. R. 44019, p.6, 7 et 8.
(2) Il fut nommé surveillant des folles à la Salpêtrière où il avait suivi : Pinel, le 30 floréal an X (avril 1802), puis, poussé par son maître, obtint le titre de docteur de la Faculté de médecine de Bruxelles.
(3) Rapport d'Hagnon. Fuetey. Op. cit. Tome |, p. 236, 237.
En 1-4 ee
» nombre de ceux-ci est peu considérable : dix sur deux cent » soixante et dix. Il'est vrai que cinquante-deux ne sont pas » fous. » (1).
D'ailleurs, si nous en croyons M. Bru (2), les chaînes ne furent supprimées tout à fait que le 11 septembre 1793, et la camisole de force venait seulement d'être inventée (1790) par le tapissier de l'hospice, Guilleret.
Les fous inspiraient peu de pitié. Ce n'étaient plus des malades, puisqu'ils étaient jugés incurables ; c'étaient presque des criminels. Des prisonniers, des indigents convaincus de larcins, d’autres individus étaient enfermés dans ce même quartier Saint-Prix, où l’on gardait les aliénés.
I ne semblait pas qu’on dût quelque respect à ces êtres qui, avant de se voir traités comme des animaux, avaient été des hommes. F
« Cahier A. — Prisonniers détenus en vertu d'ordre du » département du ministre de la maison du Roi :
» .... Prisonniers détenus dans le quartier appelé Saint-Prix, » où sont les foux..... 18.
» Cahier B. — Département du ministre de la guerre :
» .... Quartier appelé Saint-Prix ou les foux, prisonniers, » pensionnaires (3)...2
» Foux, prisonniers, sans pension...3 »
Voilà ce qu'avoue Hagnon, au président de l'Assemblée Nationale, le 4 mars 1790 (4).
Voici un autre document que fournit M. Bru, et qui donne une nouvelle preuve que les prisonniers étaient mêlés aux fous.
ExTRAIT DU REGISTRE DES ENTRÉES DE BICÊTRE (2 AOUT 1784)
« Saint-Nicolas. — Claude-Furcy Nitro, compagnon serru- » rier, 19 ans, de Paris, galeux. Ordre de M. Delamotte, admi-
(1) Rapport du Comité de Mendicité à l’Assemblée Nationale {15 juillet 1790). Archives parlementaires de 1787 à 1860. Paris 1884. Tome XVII, p. 111 à 137.
BRBueOp rciP ANOte 2; D 100.
(3) Ceux qui payaient une pension.
(4) Lettre de M. Hagnon, économe de Ricêtre au président de l’Assemblée nationale.
Tuetey. Op. cit. Tome Il, p. 226.
ne 2/7)
» nistrateur, portant de le recevoir pour y être traité de la gale » et ne rester que jusqu’à parfaite guérison.
» 12 août 1784. — Passé à Saint-Joseph comme pauvre » infirme.
» 17 septembre 1787. — Mis au carcan de cette maison
» depuis midi jusqu'à 2 heures, par délibération du bureau » tenu à la Pitié, pour vol d’argent et d'effets par lui fait à une » fille du service de la buanderie, et, condamnë à garder prison à » Saint-Prix, jusque nouvel ordre.
» 22 août 1789. — Sorti en vertu d’un ordre des administra- » teurs de l Hôpital général. » (Archives de Bicêtre).
Pussin avait sous ses ordres « 13 personnes de service, tant pour la propreté que pour la distribution des vivres et la sûreté. » Ces infirmiers des fous étaient recrutés parmi les prisofniers (1).
Les 173 loges du rez-de-chaussée qu'indique le rapport d'Hagnon, étaient en contre-bas et humides: on ne les chauffait pas. Il est probable que le pavillon à 2 étages où l'on chauffait était réservé aux payants et à de rares privilégiés.
Les lits étaient d'immondes paillasses à peine renouvelées ; le régime était celui-ci :
Six quarts de pain bis par jour, la soupe taillée sur leur pain: un quart de viande réduite à moitié étant cuite, les dimanches, mardis et jeudis ; le tiers d’un litron de pois ou de fèvres, les lundis et vendredis ; une once de beurre, les mercredis : une once de fromage, les samedis (3).
Maigre pitance, plus maigre encore que celle des Bons- Pauvres, et que seuls les payants pouvaient améliorer.
« Bien qu'à cette époque, dit M. Paul Bru, il y eût un » magasin d’habillement spécial à chaque emploi dans lequel » on confectionnait des vêtements neufs, il s’en faisait fort peu » pour le septième (les fous). Les habits neufs étaient donnés » aux aliénés calmes ; les autres étaient vêtus des défroques des » pauvres et des prisonniers. En général, ces vêtements usés se » détérioraient promptement ; indépendamment de l'agitation
(1) D' Pariset. Eloge de Pinel, Académie de médecine (182 St
(2) Archives de Bicêtre. Règlement de 1781, chapitre V, art. 6e, (Bru. Op. CIte D p-nO 1):
(3) Archives de Bicêtre. Règlement de 1781,ch. V, arto.(Bru, Op. cit. p. 161).
» du malade, l'humidité des loges et la quantité innombrable de » rats qui circulaient dans ces localités y contribuaient beaucoup.
» On évaluait à un cinquième environ le nombre des » malades qui lacéraient leurs habits et restaient nus. Quelques- » uns se vêtaient d'une manière bizarre sans qu'on songeût à les » en empêcher. En 1789, un fou, nommé Houbigan, avait la » manie de se croire femme et en portait continuellement le » costume. On le nommait M Houbigan (1).
Enfin, quand les commissaires du Comité de Mendicité visitèrent Bicêtre, ils trouvèrent, à S'-Prix, s2 individus nullement fous, 18 épileptiques et 32 particuliers prévenus de crimes ou arrêtés pour inconduite. Devant la stupéfaction légitime des commissaires, on crut devoir expliquer que c'était en quelque sorte par humanité et pour épargner à de malheureux épileptiques le séjour des salles communes et à de malheureux prisonniers le séjour des salles de force qu'était dûe cette extraordinaire pratique (2).
Cette administration de Bicêtre est d’ailleurs suspecte. N'estee pas elle qui entravait les enquêtes de l'Assemblée Nationale et refusait des vivres au sieur Buquet, sous-gouverneur du quartier Saint-Médard, parce qu'il avait fourni aux commissaires du Comité de Mendicité quelques renseignements sur la cuisine de l'établissement ? (3)
Fort heureusement, la République allait être proclamée, l'administration plus surveillée devait mieux comprendre son devoir, et Pinel allait être nommé médecin des fous.
Les Vénériens. — Quant aux vénériens, les renseignements abondent sur leur existence et le traitement qu’on leur faisait suivre, dans les hôpitaux de l’ancien régime (4).
HBiu Oprecit. pro.
(2) Tuetey. Op. cit. Introduction, p. LxIx.
(3) Voir : lettre du Comité de Mendicité à M. Hagnon: 15 octobre 1790. Copie. Archives nationales, AF* 15, fol. 44 v°.
(4) Cf. J. M. Cullerier. — Notes sur les hôpitaux des vénériens. Paris, an XI.
Parent-Duchâtelet. —- Prostitution dans la ville de Paris, 2 vol. 1857.
Thèses déjà citées de MM. Pignot et Richard.
Histoire de Bicêtre de M. Bru.
Voir aussi le saisissant tableau que trace M. le professeur Fournier dans
son « Traitement de la syphilis ». Paris, Rueff, p. 192, de l'opération appelée le « passage à la casserole. »
Le rapport d'Hagnon fournit des indications nouvelles et précieuses sur le même sujet :
« Le nombre des vénériens, dit ce rapport, traités régulière- » ment tousles ans, à Bicestre, est de 663, savoir :
DHOMTNCS PPS MEL NE ON PAR ENS SP Pebimegte ve dt SAR En 0 PRE » non compris, 1° ceux et celles qui reçoivent des secours provi- » soires, soit dans les infirmeries, soit dans les salles d'attente » de Saint-Eustache et de la Miséricorde, 2° les prisonniers véné- » riens, soit de la maison, soit des prisons de Paris, qui sont » traités dans les infirmeries de la Force, et dont le nombre » n’est point régulier.
Tr Le nombre des vénériens qui se présentent au trai- » tement à Bicestre est, année commune, de 1763 et plus, puisque » le nombre total des vénériens admis dans la maison pendant
DELO AS SEE ALT NN MN ER PPT RE L PASANOILe HOMMES RER IN MERS 9.452 » FORMES ru Mar RE 8186 | 17.638 » dont le rotest: Hommes + .… … ., 9452/4107 » Femmes . . . . S8r8:6/ro | 1.763 8/10
» Le tout d'après un relevé exact des registres de la maison, » d'où l'on voit quelle est la proportion des malades traités » méthodiquement, avec ceux qui ne le sont point du tout ou » qui ne reçoivent que des secours passagers ou des remèdes » palliatifs (1). »
Tout ceci demande explication.
Bicêtre était, à proprement parler, le seul hôpital où, au début de la Révolution, l’on traitât la syphilis.
Il existait bien à l'hôpital des Petites-Maisons une maladrerie pour les vénériens, maïs il fallait payer une pension d'au moins 165 livres pour y être admis; quelques hôpitaux militaires, quelques maisons particulières, l'hospice de Vaugirard pour les enfants syphilitiques avaient réservé des lits au traitement des vénériens. Mais il n'existait pas de service spécial ailleurs qu’à Bicêtre, et ni l'Hôtel-Dieu, ni Saint-Louis, ni la Salpêtrière même
(1) Document cité, 30 avril 1790.
ne soignaient leurs syphilitiques. Les règlements interdisaient d’ailleurs aux administrations respectives l'entrée des vénériens dans ces hôpitaux.
Remplissant les conditions d'entrée nécessaires, c'est-à-dire (voir plus haut) nantis des certificats de l'Hôtel-Dieu, les malades n'étaient pas admis au traitement dès leur entrée.
On ne traitait dans la maison qu'un certain nombre de malades à la fois, et il fallait attendre, une fois reçu à Bicêtre, qu'il y eût des places dans les salles où l’on soignait. D'où le nom de salles d'attente que l’on trouve dans le rapport Hagnon.
Mirabeau visita ces salles d'attente :
« Le quartier de l'Hôpital que nous visitâmes d’abord, ren- » ferme les individus infectés de la maladie vénérienne. Ils sont » entassés comme une cargaison de nègres dans un navire » africain. Chaque salle contient deux rangées de lits; maisil » n'est pas rare de voir le plancher du milieu jonché de malades. » Ceci provient quelquefois du manque absolu de place, et » quelquefois aussi de ce qu'un malheureux faible et décharné, » à demi rongé par le plus terrible des maux, préfère encore la » dureté des planchers à l'infection et à la malpropreté du lit. » L'air que respirent continuellement ces misérables est presque » pestilentiel. Enfin, les bains sont si mal calculés pour le » service de la maison que quatre malades sont obligés de se » baigner à la fois dans une même cuve, si petite d'ailleurs » qu'elle peut à peine les contenir.
» Tant de malheureux cependant sollicitent cette apparence » de charité repoussante qu'ordinairement on enregistre les » malades longtemps avant leur admission et quelquefois à une » époque si éloignée, que la maladie, qui n’offrait d'abord que » des symptômes légers, parvenait à sa période la plus funeste » avant qu'ils soient reçus à l'Hôpital (1). »
On ne traitait à la fois qu'une centaine de personnes environ, 50 hommes, 50 femmes. Les autres, les «expectants », attendaient leur tour souvent pendant une année dans des salles où 20 à 25
(1) On trouve du remède à tout. Si le voyageur anglais avait été complètement instruit, il aurait su qu'il y a des prostituées et des libertins de profession qui ont soin de se précautionner d'un billet d’entrée pour la maladie à venir
(note de Mirabeau).
lits servaient pour 200 personnes. Jusqu'à l'entrée de Cullerier à l'hôpital (1787) il y eût là de honteux trafics. Les chirurgiens acceptaient, moyennant trois pièces d’or, de faire passer certains malades avant les autres. Le gouverneur de l'emploi bénéficiait de cette corruption, et l'administration laissait faire (1).
Le nombre des lits était insuffisant et voici quel singulier régime remédiait dans les salles d'attente à cet inconvénient: une premiére moitié d’ « expectants » se couchait de sept heures du soir à une heure du matin, puis cédait la place à la seconde moitié qui dormait de une heure à sept.
Dans ces salles, pas d’infirmiers. Dans la salle des grands remèdes, c'est-à-dire, dans la salle même des malades en traitement, le service était fait (frictions, etc.) par les expectants.
Du reste, ainsi que le dit le D' Pignot, le nom pompeux de « grands remèdes » cachait tout simplement la friction d'hydrargyre teile qu'elle se pratiquait au commencement du XVI: siècle.
Hagnon nous dit d’ailleurs quel était le traitement employé :
« Vénériens, leur traitement : saignés unefois, rarement deux, » purgés deux fois au commencement et deux fois à la fin, 9 » bains, 14 frictions, quelquefois des sudorifiques, rarement du » sublimé.
» Le nombre des vénériens traités pendant le cours des dix » dernières années présente le résultat suivant :
DHFIOMINES TAITOS RP AE TS 7100 6
D FÉfDINES ÉTAILÉCS RNA IST DE EL
» Morts avant et dans le traitement :
D Homes. Male ND EMIANIPAREES ER Re 88
De PÉRNES AE Pate a oe UNR DE RE 440 À
» Sortis guéris ou réputés tels :
7 MORAL see
D, FEMMES 51 TR NN ER TER C0 Se Nombre égal. . . 6.400.(2)
Le traitement durait régulièrement 6 semaines.
» Cependant, dit le rapport, on le prolonge autant qu'il est
(x) Emile Richard. Op. cit., p. 74.
(2)SDuetey Op cit-Mlome lp" 252.
» nécessaire pour ceux dont les simptômes annoncent qu'ils ne » sont pas guéris au bout dudit tems; il y en a même qui » repassent jusqu à deux et trois fois les remèdes. »
Cela est vraisemblable, en effet, cela n’est pas certain.
« Ce temps expiré (les 6 semaines), dit Parent-Duchâtelet, les » malades guéris ou non étaient obligés de déguerpir ; ils ne pou- » vaient plus rien réclamer.
» Quand le nombre des expectants était trop considérable ou » quand les plaintes devenaient trop graves, voici ce qui arrivait : » on accordait aux malades, dix, douze ou quinze jours de trai- » tement, on les renvoyait ensuite pour en recevoir d’autres » qu'on traitait de la même manière; ils n'étaient admis de nou- » veau qu'après huit ou dix mois. » ù
Le traitement fini, on prenait quinze jours pour nettoyer et réparer les salles, lits et infirmeries et pour donner le temps aux nouveaux d'arriver, en faire l'appel, etc., ce qui réduisait à 6 1/2 le nombre des séries de traitements chaque année. /
On l’a vu, la mortalité était considérable :
442 hommes sur 3.400 be 135%/e HAOMCMAES + PS OO PMR 14,0 °/o
juste résultat d’une hygiène et d’une thérapeutique déplorables. . Les 2/3 des décès survenaient avant le traitement.
Les hommes guérissaient plus fréquemment que les femmes « parce que, dit le rapport Hagnon, elles apportent plus de négligence que les hommes dans l'usage des remèdes. »
La vérité est que ces malheureuses sortaient pour la plupart d'un autre enfer, la Salpêtrière, et qu'elles en arrivaient couvertes de vermine et cachectisées. \
Enfin, cette question de de Jussieu : « Est-il beaucoup de malades dont la maladie ne soit pas le fruit de la débauche ? » le rapport répond :
« Sur à peu près 900 femmes gâtées, 1l y a environ une dougaine de nourrices d'enfants trouvés, autant de femmes mariées honnêtes, quelques filles trompées, quelques nourrices bourgeoises : les maris de la plupart de ces nourrices d'enfants trouvés et bourgeois, et une trentaine d'enfants de ces mêmes nourrices : on pouroit y ajouter quelques hommes prétendant avoir été gâlés par
leurs femmes libertines, et quelques enfants ou jeunes personnes des deux sexes, nées avec le vice vénérien ».
On imagine mal ces salles où des enfants côtoyaient des prostituées, où des êtres humains attendaient qu'on voulüût bien porter remède à leur mal, vivaiert pendant des mois dans une promiscuité malpropre pour obtenir un traitement insuffisant.
Cette question même de de Jussieu étonne. On y trouve comme un reflet de cette opinion du temps, si répandue encore aujourd’hui dans le peuple, que la syphilis est une maladie « honteuse. » Michelet assure d’ailleurs qu'on fustigeait encore les vénériens.
« Croirait-on qu’en 1790, on exerçait à Bicêtre les vieilles ordonnances barbares qui prescrivaient de faire précéder tout traitement vénérien d’une flagellation ? Le célèbre Cullerier l’a affirmé à l’un de mes amis (1). »
Il est difficile de mettre en doute cette grande autorité. Le fait n’est d’ailleurs pas invraisemblable. Une décision des administrateurs de l'Hôpital général du 19 novembre 1702, porte « que pour contenir ces malades {les vénériens) peu dignes de compassion, et leur faire appréhender de revenir une seconde fois à l'hôpital, ce qui arrive à plusieurs, on a cru qu'il serait bon de leur imposer quelque speines, après leur guérison (2). » À une date plus rapprochée de la Révolution, par une ordonnance du 2 mai 1758, Louis XVI avait décrété que tout soldat qui serait traité trois fois d'une maladie vénérienne, servirait deux ans audelà de son engagement ! (3)
Il reste à dire enfin, comment on soignait les infirmités admises à Bicètre:
(1) Michelet. Histoire de la Révolution. Tome I, 154.
(2) Bibliothèque nationale, manuscrit n° 16,650, p. 210. Cité par Emile Richard, op. cit , p. 73.
Jusqu'à ces dernières années, dans l'armée française, les soldats vénériens étaient tenus de faire connaître sous peine de prison, la femme, auteur présumé de la contagion.
(3) « Tous les malades spéciaux, détenus et maltraités à Bicêtre (vénériens) furent transférés, le 12 mars 1792,à l’ancien couvent des capucins, qui est maintenant l'Hôpital du Midi. » Maxime du Camp. Paris, ses organes, ses fonctions et sa vie. 1879, p. 244).
ES, 120 RTS
Téigneux, galeux et Scorbutiques. — Les paralytiques incontinents et asthmatiques n'étaient pas traités, non plus que les idiots et les épileptiques.
Tous les téigneux Ctaient guéris après un temps plus ou moins long par le mêmé procédé qu’à la Pitié, procédé épilatoire.
Les galeux étaient purgés deux fois et saignés ; on leur donnait dela tisane amère et on les faisait se frictionner eux-mêmes avec une pommade au soufre et à l'huile qui les guérissait tous, « à moins, dit le rapport, qu'il ne survienne quelque maladie grave compliquée. »
Les scorbutiques, du moins 1 Bons-pauvres attaqués de cette maladie, étaient envoyés et soignés à Saint-Louis. Mais on traitait dans les infirmeries de la Force de Bicêtre tous les prisonniers scorbutiques de ladite maison, et ceux des prisons de Paris qui y étaient envoyés à cet effet.
« Leur traitement s'opère avec le vin et apozème antiscorbutique, limonade, extrait de genièvre ; pour topiques, le vin autiscorbutique, l’eau-de-vie camphrée et le stirax. » (1).
D'ailleurs, par suite d’une meilleure hygiène et de meilleures conditions de température, le nombre des scorbutiques traités à Bicêtre, qui avait été de 109 à 150 les années précédentes, était tombé en 1790 entre 10 et 20.
Colon de Dirol, chirurgien de l’hospice, avait eu le courage, «rare parmi les subalternes de cet établissement, » d'attirer l'attention de l’Assemblée de la Commune sur la situation de ses malades :
(Séance du Jeudi 4 Février 1700) « L'Assemblée ayant entendu le compte, qui luia été rendu
» par le Comité des rapports, d'une réclamation imprimée, faite » au nom des malades de Bicêtre, par M. Colon de Dirol, chirur- » gien de cet hôpital ; touchée de l'état déplorable dans lequel se » trouvent les malades de Bicêtre ;
» À arrêté que cet imprimé serait renvoyé au DER
(1) Document cité, 30 avril 1790.
Tuetey. Op. cit. Tome |, p. 234.
Mac-Auliffe. — 9,
» des Hôpitaux, avec invitation de s'occuper le plus tôt possible, » de la recherche des moyens propres à améliorer le sort de ces » malheureux et d’en faire le rapport à l'Assemblée. » (1)
Les membres du Département des Hôpitaux visitèrent d’ailleurs les salles de malades le 10 décembre 1790 (2).
(1) Sigismond Lacroix. Actes de la Commune de Paris Op, cit. Tome Ill, p.688.
Cf. Moniteur (n° du 24 mars 1700) cité (extr. par Sigismond Lacroix. Op. cit. Tome 3, p. 69.
(2) Cf. Journal de la Municipalité et des districts (n° du 14 décembre). Extraits in Sigismond Lacroix. Op. cit. Tome 3, p. 699.
Notes sur Bicêtre du Moniteur des 12 et 21 décembre 1790.
Bureau de l'Hôpital général