‹ La Révolution & les HôpitauxChapitre 35 sur 69 · SANT · texte numérisé non relu

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traitées et habillées d’une façon particulière, au grand scandale des plus malheureuses. Le Comité de Mendicité dut ordonner, le 24 novembre 1790, de les faire remettre dans des dortoirs communs ou de les exclure. |

À 25 ans (car la plupart des jeunes filles demeuraient dans la maison jusqu'à leur majorité), presque toutes restaient à la Salpétrière comme Bons-Pauvres. Celles qui quittaient l° hôpital tombaient dans la débauche. Environ deux seulement se mariaient chaque année; elles profitaient alors d’une dot de 300 livres et d’un trousseau (1).

Il faut pourtant signaler au milieu dé ces essais d’ hocpialiss tion, trop rudimentaires, une institution bienfaisante, humaine et d'esprit tout moderne.

L'ancien régime avait songé à créer un Ales pour les fcaunes ou les filles-mères qui allaitaient leurs nourrissons.

« Quelques femmes pauvres, dit le Rapport du comité, souvent quelques filles enceintes, sont réunies dans un dortoir commun, en attendant qu'elles puissent faire leurs couches à l'Hôtel-Dieu. Elles y reviennent ensuite avec leurs enfants. Après le sevrage l'enfant et la mère doivent sortir de la maison; quelquefois elles y restent l'un et l'autre » (2).

C'était parmi ces femmes qu'on choisissait le plus souvent les nourrices pour les Enfants-Trouvés et l'administration de la Salpétrière leur accordait un régime alimentaire un peu moins défectueux que celui de ses autres pensionnaires.

Il ne reste malheureusement comme autres indications sur cette excellente institution que les quelques lignes du document publié par M. Tuetey: Réponses aux demandes faites par le département des hôpitaux au sujet de la Salpétrière (3), — et les éloges du Comité de Mendicité.

La Crèche, elle-même, c'est-à-dire la partie de l'hospice où l'on gardait ou recevait les enfants au-dessous de sept ans, était bien tenue. Les berceaux, sans rideaux, étaient très propres ; les dor-

(1) I yavait des fondations spéciales à cet effet.

(2) Archives parlementaires. Op. cit. Tome XVII, p. 126.

(3) Document cité. Le mémoire de Langlard (Compte-rendu à la Commune paï le Département des Hôpitaux. Bibl..Nat. Imprimés LP 40/122r) signale cette institution, mais ne fournit à son sujet aucun nouveau renseignement.

toirs étaient assez bien aérés, mais présentaient l'inconvénient de contenir trop d’enfants à la fois (1).

Une infirmerie créée au mois de juin 1787 rendait beaucoup de services. Depuis cette époque, à l'exception des folles et des épileptiques, les malades n'étaient plus envoyées à l’Hôtel-Dieu. La mortalité, qui était avant cette excellente mesure de plus d'un sixième, était tombée d’un coup à moins d’un dixième (2). Le nombre des malades était journellement, y compris les infirmeries des prisonnières, de 340 personnes environ. |

Les épileptiques, les paralytiques, les aveugles, les infirmes, en général, n'étaient pas soignées à l'hospice ; la gale, la teigne et les écrouelles seules y étaient traitées. Mais rien ne parvenait à débarrasser de la galc et les femmes qui rentraient guéries dans leurs dortoirs étaient de nouv :au contaminées.

« Qu'on ne croié pas, dit le rapport du Comité, que nous exagérions ; il n’est pas une jeune fille, il n'est pas de femmes, de quelque âge qu'elles soient, à la Salpêtrière, qui n'ait la gale ou ne soit prête à la recevoir (3). »

Les fièvres intermittentes étaient fréquentes. Elles semblaient naître en automne pour disparaître pendant l'hiver et se renouveler au printemps. On les attribuait aux émanations méphitiques des eaux stagnantes de la Gare, ainsi qu’au voisinage de la Bièvre, petite rivière qui charrie tous les immondices des Gobelins et du faubourg Saint-Marcel, enfin, aux rigoles fangeuses de la maison, qu'on avait faites à ciel ouvert. Ces fièvres étaient souvent très graves et toujours très difficiles à guérir.

Les commissaires du Comité trouvèrent à la Salpétrière beaucoup d’autres « abus » pour employer l'expression consacrée du temps.

Is s'étaient élevés contre la mauvaise qualité et l'insuffisance de la nourriture. Ils n'eurent pas de termes trop vifs pour la malpropreté de l'établissement.

À propos des lits à 4 ou 5, ils disent :

« C’est cependant sur ce fumier, offert comme un bienfait,

(1) Archives parlementaires. Op. cit. Tome XVII, p. 126. (2) Archives parlementaires. Op. cit, Tome XVII, p. 130. (3) Archives parlementaires. Tome XVII. Op. cit.; p. 130.

que toutes les classes pauvres de la société viennent s'inoculer une mort lente (1). »

Ils signalèrent l'inhumanité qu'il y avait à laisser sans traitement les aveugles, les paralytiques et d’une façon générale les infirmes.

« Dans un petit dortoir, disent-ils, très malpropre, se trou- » vent 16 filles, dont l’unique fonction est de quêter dans les dif- » férentes paroisses de Paris; elles sont obligées, par leur traité, » de rapporter à la maison 20 sols par mois; l'excédent de ce genre » de travail leur est alloué ; arnsi l'aumône est en règle, et la men- » dicité en emploi. » (2).

Et ailleurs :

« On nous a assuré que pour des fautes, sans doute plus gra- » ves (que de ne pas bien travailler), on renfermait des filles dans » des loges de folles furieuses et qu'on les chargeaït de chaînes. En » lisant ces faits isolés, qui croirait qu'ilest ici question de > femmes et de maison de charité. » (3)

Les Folles. — La même colère éclate, les mêmes accents indignés se retrouvent dans la partie du rapport qui relate la situation des folles :

« La Salpêtrière renferme aussi des folles ; le nombre en était » de 550 lors de notre première visite. Elles y sont bien plus mal » que les fous ne sont à Bicètre (!); l’air des vieilles loges est » infect, elles sont petites, les cours étroites ; tout y est dans un » état d'abandon aussi affligeant qu'inconcevable ; tous les genres » de folies sont confondus : les folles enchainées (et il y en a un » grand nombre) sont réunies avec les folles tranquilles . celles » qui sont dans les accès de rage sont sous les yeux de celles qui » sont dans le calme : le spectacle de contorsion, de fureur, les » cris, les hurlements perpétuels ôtent tous moyens de repos » à celles qui en auraient besoin, et rend les accès de cette horri- » ble maladie, plus fréquents, plus vifs, plus cruels est plus incu-

Dérablési,,…… » À tous ces maux qui proviennent des localités, de l’ab-

(1) Archives parlementaires, Op. cit. Tome XVII, p. 128. {2} Id. Ibid.

(3) Archives parlementaires. Op. cit. Tome XVII, p. 127.

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»..sence de toute espèce de traitement, du trop grand nombre » d'individus rassemblés sur un trop petit espace, il faut ajouter » les contradictions habituelles qu’éprouvent les. folles entière- ». ment livrées à l'agacerie des curieux qui les visitent, et au » mauvais traitement des employées qui doivent les soigner et » qui, déja aigries-elles-mêmes par un genre de travail dur et » repoussant, ne les considèrent que comme des animaux à qui » elles apportent la nourriture et l'eau, et qu'elles séparent ».quand elles se battent. (1) »

Et pourtant les bons exemples donnés par l'étranger ne manuquaient pas. À York, en Angleterre, le docteur Hunter avait réussi (bien avant Pinel) à traiter ies aliénés autrement que par la force.

Les folles n'étaient pas plus traitées à l’hospice, que les fous ne l’étaient. à Bicêtre. Leur régime alimentaire, quoiqu'un peu supérieur en quantité à celui des Bons-Pauvres (2), était encore insuffisant. Soit que l'influence bienfaisante de Pussin se fit sentir à Bicêtre, soit que la part des cas d’aliénation mentale fussent dus à l'alcoolisme, les guérisons y étaient plus fréquentes qu'à là Salpétrière.

D'autre part, le Directoire du département s'intéressa à la question des aliénés ; il y eut un rapport fait et lu en séance le 6 décembre 1701.

Le rapporteur proposa un plan très moderne d'asile de fous. I voulait une case par malade, dans chaque case un lit propre, et l’absolne suppression des chaines. Les fous furieux devaient être séparés des fous tranquilles et l'on devait construire un promenoir couvert et bien aéré, disposer des allées bien ombragées pour les promenades. Chaque fou tranquille devait être occupé à un travail sagement approprié à ses forces, à son intelligence, à som état. Le rapporteur souhaitait que l'on prit sur chaque malade des observations, comprenant la description dessymptémes de la maladie et la nomenclature des remèdes employés. En cas de mort, on aurait ajouté à l'observation le procès-verbal

(1) Archives parlementaires. Op. cit. Tome XVII, p. 128. (2) 6/4 de pain par jour, au lieu de cinq quarts.

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d’autopsie. L'administration aurait ordonné l'impression de ces observations « et pour peu que le rédacteur y porte de philoso- ‘Phie et de connaissances médicinales, ce recueil offrant d'année en année, de nouveaux faits, de nouvelles observations, des expérences nouvelles et variées, deviendra pour la science physique et morale de l'homme une véritable source de richesses: » Il voulait enfin que des conditions de réception (1} fussent plus sérieuses et que l'admission des fous ne se fit'que sur un rapport de médecin et de chirurgien légalement reconnus, signé par deux témoins, parents, amis ou voisins et certifiés par un juge de paix de la section ou du canton. Les fous aisés n'auraient été admis qu'en payant pension (2).

A la fin du mois d'avril 1700, il y eut à la Salpétrière une véritable émeute causée par la singulière prétention des sœurs de ne laisser sortir que les Bons-Pauvres qui présenteraient un billet de confession. Le clergé de l'établissement se divisa en deux partis dont | un soutenait les sœurs et l’autre soutenait les pauvres. Le scandale devint énorme et la municipalité parisienne décida d'expulser tous les prêtres de la Salpêtrière. Cette décision fut ratifiée par l'Assemblée nationale, après enquête et approbation du Comité de mendicité (3). On trouvera un écho de cette affaire qui ne fut pas, comme on pourrait le croire, une victoire du pouvoir laïque, dans les « Actes de la Commune de Paris » de M. Sigismond Lacroix (4).

Le 26 avril 1700, l'abbé Fauchet tint à ce propos devant l’Assemblée des Représentants, ce noble langage : «On remplira son » devoir, si l'on s’en tient au véritable esprit de charité, qui

(1) On recevait les folles à la Salpêtrière « en vertu d'ordre du Roy, d'arrêts, sentences, réception du bureau de l'Administration, billets de l'Hôtel- Dieu et ordre de M. le Procureur général ».

(2) Tuetey, Op. cit. Tome III, p. 500.

(3) En dehors des sources documentaires déjà indiquées pour l'histoire de la Salpétrière, voir une petite brochure anonyme sur l’hospice, publiée à Bicêtre. (Publications du Progrès médical. Imprimerie des enfants, 1896.)

Cf. Biblioth. nat. Lb. 40/1233 : « Mémoire sur l'hôpital de la Salpétrière », lu dans l’Assemblée générale des Représentants de la Commune le 20 juillet 1790 par M. Cousin, professeur au Collège royal, imp. 15 p. in-8e.

(4) Sigismond Lacroix. Actes'de la Commune de Paris, Tome V, p. 129.

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» édifie, qui gagne les cœurs, qui obtient tout sans rien exiger, » et surtout qui ne cherche point à exercer sur les consciences » un empire tyrannique. Une personne de la religion protes- » tante, qui viendrait dans cette maison comme un Bon-Pauvre, » s’y trouverait donc enchainée comme une prisonnière, parce » qu'elle n’aurait pas fait ses Pâques !... »

Vains efforts. Ce fut dans cette affaire encore la cause de la Justice qui fut vaincue.

Bureau de l'Hôpital général

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