‹ La Révolution & les HôpitauxChapitre 4 sur 69 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L'année 1789 fut mauvaise pour les pauvres. L'hiver fut d'une rigueur terrible : le blé et la viande manquèrent à peu près partout. À Paris même l’eau fit défaut. Le froid, qui avait détruit un bois entier de châtaigniers à Saint-Fargeau (1), gela les fontaines publiques, et comme plus tard, en 1794, les porteurs d’eau, obligés de casser la glace des fontaines, exigèrent des prix très élevés.

Le pain se vendit toute l’année de trois à quatre sous la livre, à une époque où le salaire moyen d’un ouvrier était de dix-neut sous la journée (2). Il y avait à Paris environ vingt mille ouvriers sans travail (3). Cependant le peuple payait 670 millions d’impôts alors que près de la moitié du territoire (4) appartenait au

(1) Archives nationales. DXIX 25, n° 386.

Le thermomètre descendit à — 17°4, le 31 décembre 1788. (Tableau du Journal de Médecine, Chirurgie, Pharmacre, etc., de Bacher. Tome 78, p. 260).

Cf. : dans le même périodique. (Décembre 1790). Essai sur le froid de l'hiver 1788 et de 1789, par M. Coze, docteur en médecine, chirurgien-major des chasseurs à cheval de Champagne).

(2) L'Assemblée Nationale estima la journée de travail à 20 sols, mais certaines municipalités l’estimèrent à ro sols. Voir:

Décret du 15 janvier 1790. Aulard. Histoire politique de la Révolution française. Paris, Colin. Avril 1900, p. 64.

(3) Mémoires du marquis de Bouillé. Baudoin, frères, 1821. Note, P- 81. Bouillé. Op. cit., p. 40, 44 et 45 (Notes). Lorsque Necker soumit aux Etats- Généraux, le s mai 17809, l'état des finances, il avoua un déficit de 56 millions de livres. Le ‘Trésor avait dévoré d’avance, sous forme d’anticipation, 90 millions des recettes de 1790 et 172 millions à valoir sur les huit derniers mois de 1780. ;

(4) Évaluation d’après Arthur Young et Quesnay. Près de la moitié du

clergé et à la noblesse. 80.000 nobles se partageaient les emplois dans l’armée. Il fallait 46 millions de livres pour entretenir 12.000 officiers. Les princes du sang, avec 24 millions de revenus, n'étaient imposés que de 180.000 livres ; avec 4 milliards de propriétés et 150 millions de revenu, non seulement le clergé ne paÿyait rien, mais coûtait encore au roi un million 500.000 livres par an (1). À Paris, le charbon était CHE un moment même il manqua.

Les hôpitaux étaient remplis d'une foule de moribonds affamés. A l'Hôtel-Dieu, il y eut un jour jusqu'à 7.000 pensionnaires, tandis que, manquant de charbon, les administrateurs de l'hôpital attendaient, inquiets, les chalands qui devaient ravitailler l'établissement et qui étaient retenus depuis plus d'un mois par les glaces, à Saint-Mammerts, près Moret (2).

Il était nécessaire de porter remède à une telle misère.

Déjà les cahiers des Etats-Généraux demandaient l'ouverture d’asiles pour les vieillards, de maisons pour les enfants trouvés et l'établissement de nouveaux hôpitaux dans lesquels chaque

malade aurait un lit pour lui seul.

Les cahiers de Paris intra-muros mentionnaient parini les

territoire agricole appartiendrait aujourd'hui à la grande propriété (45 p. 100, dit la ur officielle de 1882, p. 296).

Cf. : Statistique agricole de la France, publiée par le Ministère del'Agriculture. Re ir généraux de l’enquête décennale de 1892 (1897).

Discours de M. Aynard, le 2 mai 1891, à la Chambre des Députés (cité par M. Gabriel Deville), et particulièrement : Discours de M. Gabriel Deville, prononcé le 6 novembre 1897 à la Chambre des Députés, en réponse à M. Deschanel.

(1) Pour tous ces renseignements, voir Bouillé. Op. cit., p. 50.

Consulter également, si l'on veut se rendre compte de la misère du

peuple français à la fin du XVIIe siècle :

Louis Blanc. Révolution française. Tome I, p. 148, 258.

Ordonnance contre les mendiants, du 27 juillet 1777.

Necker. Administration des finances. Tome III, chapitre XV, p. 164 et suivantes.

Monteil. Histoire des Français des divers états. Tome X,décade de Verdeille.

Annales politiques de Linguet. Tome II, p. 342, 1773.

Journal de Paris du 2 janvier 1780, etc., etc.

Cf. : Liste de documents publiés, du n° 15016 au n° 15058, in tome III, de : Bibliographie de l'Histoire de Paris pendant la Révolution française. Paris, 1900, par Tourneux.

(2) Brièle. Collection de documents pour servir à l'histoire des hôpitaux de Paris. Tome II (14 janvier 1789).

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plus importants travaux de l’Assemblée la nécessité de s'occuper des hôpitaux (1). On demandait la publication du budget hospitalier, une imposition plus simple que celle des droits d'entrée ainsi que la disparition des administrateurs inamovibles (2),

mais tout était encore à l'état d'ébauche et aucune réforme sérieuse n'avait été tentée.

Les idées, d’ailleurs, avaient marché. Le principe chrétien de la charité répugnait à l'esprit révolutionnaire (3). Personne ne voulait plus entendre parler d’«aumônes », de simples obligations morales de l'individu envers les pauvres. On voulut proclamer le droit d'assistance et on organisa des secours que l’on

considérait comme une dette de l'Etat envers les citoyens misé- RADICS ANS

L'ancienne société, sous l'empire de ses croyances religieuses, avait pourtant pratiqué d'une façon très-généreuse ce qu'on appelait les œuvres de charité, et lorsqu'il avait été question, en 1786, de démolir l’Hôtel-Dieu de Paris et de le remplacer par quatre hôpitaux, on avait recueilli en quelques jours la somme de

(1) Etats-Généraux. Cahiers. Paris, intra-muros. Archives parl., p. 280, t. V.

< Art. 4. » '

L'Assemblée de Paris mettra au nombre de ses premiers et de ses plus importants travaux de s'occuper des hôpitaux de Paris.

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Et en attendant, les comptes de tous les hôpitaux, tant en recette qu’en dépense, seront rendus publics tous les ans par la voie de l'impression. »

(2) Cf. : Observations d’un habitant des filles St-Thomas.

Art. 25. — En attendant que le meilleur ordre soit rétabli dans les hôpitaux, on désire que les administrateurs cessent d’y être perpétuels.

(Chassin. Les Elections et Cahiers de Paris en 1789. Paris 1888, tome II, P: 499).

Cf. : Même volume, p. 88, 410, 429, 432, 437, 445, 465, 490, 499. Tomellll, même ouvrage.

Art. XXXIII du Cahier du tiers. Affaires parisiennes.

« Que les droits d'entrée à Paris, pour la portion affectée aux hôpitaux et aux dépenses de la Ville, soient convertis en une imposition plus simple et d’une perception plus facile » ..... nEbC:

(3) Voir Déclaration des droits de l'homme.

« Il sera créé et organisé un établissement général de secours publics » pour élever les enfants abandonnés, soulager les pauvres infirmes et > fournir du travail aux pauvres valides qui n'auraient pas pu s’en procurer.» (26 août 1780).

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2 millions, 113,217 livres 12 sous 3 deniers (1), montant de souscriptions volontaires. Mais il ne se trouvait personne pour diriger cette charité. Les pouvoirs publics se désintéressaient du sort des malheureux, et comme l’a dit Ange Blaize, « la monarchie n’avait jamais considéré le paupérisme qu'au point de vue de la répression. »

Par une ordonnance du 27 juillet 1777, Louis XVI ordonnait d'arrêter et d'envoyer dans des maisons de force, «pour y rester tant et si longuement qu'il sera jugé nécessaire », tout homme valide « de quelque âge qu'ils soient » n'ayant aucun moyen d'existence et n’exerçant aucune profession. Des édits, antérieurs condamnaient à la hart les mendiants et les vagabonds (2).

Malgré les aumônes, malgré l’inépuisable charité des riches et des députés, et de ceux que nous appellerions aujourd'hui les « libéraux (3) », tout allait de mal en pis pour la population parisienne. D’après les mémoires de Bailly, le s septembre 1780, la ville de Paris n'avait plus, dans ses greniers et dans ses magasins, que pour dix à douze jours de subsistance. Les habitants allaient donc mourir de faim, si l’arrivage des blés étrangers tardait encore quelque temps. Les émeutes meurtrières se succédaient. À un moment où il aurait fallu agir et agir rapidement, le gouvernement était dans le désarroi.

Pour venir en aide aux ouvriers sans travail, on avait créé dès le mois de décembre 1788, à l'instigation de l’administration municipale de Paris, des ateliers de secours (4) dits « ateliers de

(1) Revue indépendante, 1844, p. 481. Deux articles de M. Ange Blaize. Des hôpitaux et hospices civils de Paris.

Ces fonds furent employés par le ministre Loménie de Brienne à couvrir les dépenses ordinaires.

(2) Ange Blaïize, op. cit., p. 479:

« et faisaient jeter dans la rivière les malades atteints d'affections vénériennes. » Un premier édit du 6 mars 1496, du Parlement de Paris, condamnait à la potence (hart) les syphilitiques qui ne se soumettaient pas à certaines prescriptions prophylactiques. L’édit dont parle Ange Blaize est postérieur à celui-ci (25 juin 1498), voir thèse de Pignot (1885) sur l'hôpital du Midi et ses origines. »

(3) CF. : Alexandre Tuetey. L’Assistance publique à Paris pendant la Révolution. Introduction, p. cxxv et suivantes. Tome I. ! (4) Tuetey. Op. cit. Introduction, p. cxL1 et suivantes.

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