HOPITAL DES PETITES -MAISONS
Hospice des vieillards. — Fous; vénériens; Hôpital des Teigneux
Lorsqu'on étudie l'assistance hospitalière au début de la Révolution, on constate l'état déplorable de tous les hôpitaux qui dépendaient de l'Administration générale du Temporel; seul l'Hôpital des Enfants-Trouvés et ses dépendances font exception. On remarque au contraire que, sauf les Quinze-Vingts, tous les établissements hospitaliers importants qui relevaient d’administrations particulières méritèrent et obtinrent des éloges. L'hôpital des Petites-Maisons, dépendance du Grand Bureau des Pauvres, paraît avoir eu-une organisation excellente.
Il avait été créé par lettres-patentes du roi Henri II le 11 novembre 1554 (1) et construit sur l'établissement de l’ancienne maladrerie de Saint-Germain-des-Prés-lès-Paris, à l'angle de la rue de la Chaise, dans la rue de Sèvres (2). Les lettres patentes royales permettaient de faire construire un ou deux nouveaux hôpitaux « pour y loger et nourrir des pauvres en petites loges ». D'où le nom d'hôpital des Petites-Maisons. Cet hôpital
(1) Cf. Instructions sur l'établissement du Grand Bureau des Pauvres et de l'Hôpital des Petites-Maisons, envoyées à M. de Jussieu, lieutenant de maire au département des hôpitaux, 20 mai 1790. Tuetey Op. cit. Tome I,
(2) Sur l'emplacement actuel du square du Bon-Marché.
ro \ était dirigé par un économe et confié aux soins de quarante sœurs grises de la Charité St-Lazare. Un chirurgien-major y était affecté. C'était à cette époque Maret.
Destinées à abriter 538 pauvres (1), les Petites-Maisons recevaient des vieillards, des fous, des vénériens et des enfants teigneux. En 1790, 400 vieillards de l'un et de l’autre sexe y étaient logés. Ils appartenaient tous au grand bureau et étaient choisis parmi ceux que nous appellerions aujourd'hui «(les assistés à domicile. » Pour entrer aux Petites-Maisons il fallait être âgé de 70 ans au moins, être célibataire, ou veuf, «justifier des extraits baptistaires et mortuaires » et du certificat du commissaire des pauvres de la paroisse. L'on n'entrait qu'à tour de rôle, par ordre d'âge et les places étaient si recherchées que beaucoup de vieillards n'entraient qu'à 80 ans et plus.
« La maison leur fournit du bois, du sel, une chambre pour » deux et un écu par semaine ; s'ils sont maladesils sont reçus à » une infirmerie, où ils sont traités avec beaucoup de soins ; » pendant ce temps, ils ne reçoivent pas l'écu eue leur est alloué » en état de santé.
» L'âge très avancé auquel sont reçus 1 pauvres dans cet » hospice, y rend la proportion des malades plus forte qu'ail- » leurs ; aussi y a-t-il 187 lits sur 538 pauvres. ‘
» L'esprit de charité qui dirige cette maison se prête à laisser » les pauvres à l'infirmerie aussi longtemps qu'ils le veulent, » quoique guéris des maladies qui les y ont amenés : la dépense » est un peu plus forte, mais le convalescent en reçoit plus de » soins, et l'administration des Petites-Maisons a le bon esprit de » penser que le bien-être des pauvres est pour elle d’un calcul » préférable à quelques petites éconamies de plus (2).
Moyennant 1500 livres, les vieillards pouvaient, à 60 ans révolus, devancer leur tour et être admis au préau, c’est-à-direau traitement commun; moyennant 2.400 livres ils entraient d'emblée à l'infirmerie. Ce fut là le seul «abus» que relevèrent les commissaires du Comité de mendicité.
(1) Chiffre du Rapport du Comité de Mendicité et du document cité de Tuetey (20 mai 1790).
(2) Archives parlementaires. Op. cit. Tome 22, p. 395.
\ Les résultats de cette organisation étaient des meilleurs, En effet, on releva, année commune, 8o décès, soit une mortalité de 10,44, d
Fous ; vénériens ; Hôpital des Teigneux. — L'établissement recevait aussi des fous. En 1700, 40 ou 50 de ces insensés, payant une pension annuelle de 100 écus étaient « enfermés dans » des loges un peu meilleures que celles de Bicêtre, mais à peu
» près de la même espèce. Ces fous, toujours réputés incurables
» dès qu'ils sont admis dans cette maison, n'y sont point traités. » L'usage, dégradant pour l'humanité, de montrer des fous à qui » veut les voir, comme on montre des animaux sauvages, a » jusqu'ici été celui de cette maison. Une délibération très récente » de l'Administration vient cependant de l’interdire. » (1)
On n'admettait les fous qu'après une visite faite par le chirurgien-major en présence de deux administrateurs qui adressaient un rapport au procureur général du Parlement. Si le fou guérissait, il était rendu à sa famille après visite faite par le chirurgien et deux administrateurs. Et d’ailleurs, la famille pouvait toujours le retirer lorsqu'elle le jugeait à propos, le bureau ne faisant aucune difficulté pour le rendre (2).
Il existait aussi aux Petites-Maisons une maladrerie, infirmerie pour vénériens. Ce corps de bâtiment contenait 18 malades que seul le chirurgien recevait et visitait. Il rendait compte à l'administration du prix que ces hommes versaient pour être traités, et sur lequel le dixième lui était alloué. Le prix du traitement n'était jamais inférieur à 165 livres. Exceptionnellement les soldats suisses y étaient reçus et traités dans une chambre particulière, « moyennant une légère rétribution de 3o livres pour de menues dépenses. »
Enfin, l'Hôpital des Teigneux, qui dépendait lui aussi des Petites-Maisons, s'élevait rue de la Chaise. On y recevait 25
(1) Rapport du Comité de Mendicité. Archives parlementaires. Op. cit. Hôpital des Petites-Maisons et de la Trinité. Tome XXII, p. 395.
(2) Tuetey. Op. cit. Tome I, p. 394. Document cité.
enfants moyennant 30 livres perçues pour la toile nécessaire à leur pansement (1).
L'administration des Petites- Maisons, qui méritait déjà tant d'éloges, réservait une heureuse surprise au Comité de Mendicité. Elle réalisait des bénéfices sur ses revenus.
En 1700, en effet, les revenus s'étaient élevés à 291.314 livres et les dépenses à 246.040. L'excédent de recettes (45.274 livres) permettait des agrandissements.
Des bénéfices du même ordre avaient permis de réaliser les agrandissements suivants :
En 1781, une «alle d'infirmerie (salle St-Guillaume) contenant 40 lits.
En 1783, un bâtiment qui avait procuré 112 nouvelles places.
En 1787 une nouvelle salle d’infirmerie (Ste-Marie) contenant 40 lits.
Toutes ces constructions réunissaient les meilleures conditions d'hygiène et de confort : étendue, élévation des salles, commodité des chambres, renouvellement continuel d'air, et aucun ornement superflu à l'extérieur (2).
(1) Cf. sur l'hôpital des Teigneux :
Sigismond Lacroix. Actes de la Commune de Paris, Tome V, p. 265, text. et note 4.
Tuetey. Op. cit. Tome I, Document cité.
Rapport du Comité de Mendicité (Hôpital des Petites-Maisons) Document cité.
(2) Rapport du Comité de Mendicité. Archives parlementaires. Op. cit. Tome 22, p. 395.
Hôpital de la Charité
(Appartenant aux frères de la Charité, Ordre de Saint-Jean de Dieu)
Hôpital des Convalescents
Les frères de la Charité de l'Ordre de Saint-Jean de Dieu possédaient quatre établissements à Paris ou aux environs : l'hôpital Saint-Jean Baptiste dela Charité, rue des Saints-Pères, l'hôpital de l’Assomption de Notre-Dame des convalescents, rue du Bac, presque au coin de celle-ci et de la rue de Varenne, l’h6pital Notre-Dame de la Paix de la Charité, à Charenton (maison actuelle de Charenton Saint-Maurice). enfin la Maison royale de Santé de la Charité, à Montrouge (actuellement maison de re-
traite de la Rochefoucauld (1).
La Maison royale de Santé ne poss‘dait pas le caractère d'hôpital : elle ne sera pas étudiée ici. C'était une maison de retraite pour de vieux militaires et de vieux ecclésiastiques.
Les frères de S'-Jean-de-Dieu, qui administrèrent si longtemps l'hôpital de la Charité, ont pour patron Jean Ciudad, né le 8 mars 1495, à Montemar-0o-Novo (Montmajeur-le-Neuf), en Portugal, et mort en 1550. Après avoir été «gardien de troupeaux, soldat et d’une conduite fort dissipée, de retour d'Afrique, Jean Ciudad se
(1) Cf. Laboulbène. L'hôpital de la Charité de Paris (1606-1878), in Gazette médicale, 8 février 1879, p. 65.
fit passer pour fou, afin d’expier ses fautes passées (1). » Il consacra sa vie au traitement des malades, à la sortie de l'hôpital où l’avait mené son inconduite. Il eut bientôt des disciples qui formèrent en 1572 une congrégation approuvée par le pape Pié:Vret érigée en ordre religieux en 1617 par Paul V sous le nom de « Frères ou Hospitaliers de la Charité. » Jean Ciudad, d'abord reconnu par les frères comme « fondateur » sous le nom de Jean le-Portugais, fut canonisé en 1690 sous le nom de Saint-Jean de Dieu. Marie de Médicis, qui avait pu apprécier en Italie les soins de ces religieux hospitaliers, en fit venir quelques-uns de Florence à Paris, l'année qui suivit son mariage avec Henri [IV (1601). Ce furent le frère Jean Bonelli et quatre autres religieux qu'elle installa au faubourg St-Germain sous le titre de «religieux de la Charité. » Mais le terrain choisi, ayant plu à la reine Marguerite de Valois, fut échangé contre un autre situé près de Saint-Germain -des-Près (2). L'année suivante (1602) Henri IV accorda au nouvel hôpital des lettres patentes qui furent confirmées par Louis XIII en 1631, par Louis XIV en 1643. De la nouvelle maison des Petits-Augustins, rue Jacob, l'hôpital de la Charité fut transféré peu de temps après la seconde translation dans un troisième local, en face de l’ancien bâtiment, sur l'emplacement actuel. Il s'élevait donc entre les rues de Tarane (3), Saint-Benoît, Jacob et des Saints-Pères, sur un terrain en pente très favorable à l'écoulement des eaux et à la propreté. 6 salles spacieuses et bien aérées y contenaient 208 lits rangés des deux côtés à des distances convenables avec un espace au milieu de 13 à 14 pieds (4 à 4 mètres 50) de largeur. Chaque malade était couché séparément et possédait,
(1) Laboulbène. L’'Hôpital de la Charité de Paris (1606-1878), in Gazette médicale du 16 novembre 1878, p. 561 et 562.
Cf. sur cet hôpital:
Notice historique sur l'hôpital de la Charité à Paris, par M. Ch. Leguay, membre fondateur de la Société parisienne d’Archéologie. Paris, Remkinffort, 1866, in-8, 8 p.
Carnavalet, r8308*, n° r1.
(2) Cf. L'origine de l'hôpital de la Charité de Paris (1602-1780). Leçon de M. le professeur P. Tillaux avec deux planches). Archives générales de médecine. Tome III, N° 1, p. s et suivantes
(31 Cette rue a disparu. Le boulevard Saint-Germain occupe à peu près aujourd’hui son emplacement.
d'après l'évaluation du Comité de Mendicité, 6 toises cubes (11 m° 694) d'air libre à respirer.
Les Frères de Saint-Jean-de-Dieu n'ont jamais admis de femmes dans leurs hôpitaux. L’Hôpital de la Charité ne faisait pas exception à cette règle. D'autre part, les religieux interdisaient l'accès de leur établissement aux malades atteints de maladies contagieuses, chroniques ou incurables, et comme les phtisiques et les vieillards n'étaient pas admis, il y a moins lieu de s'étonner aujourd’hui de l'excellence relative des résultats. C'est quelque chose pourtant que d’avoir senti à cette époque, où la médecine en était encore à ses débuts, les dangers de l’hospitalisation des tuberculeux. Peut-être Mme Necker, qui a signalé cet intéressant règlement (1) comme preuve du « savoir faire » des religieux qu'elle accusait d'améliorer ainsi leurs statistiques, a-t-elle été un peu injuste. Habileté ou sagesse, il est intéressant de voir adopter par cette communauté hospitalière. plus d’un siècle avant Villemin et Koch, des mesures contre la tuberculose qu'on aimerait à voir se généraliser aujourd’hui.
Il est probable, d'ailleurs, que les médecins excellents qu'employaient les religieux, Corvisart entre autres, avaient inspiré cette excellente mesure prophylactique. Malheureusement un sot esprit d'intolérance interdisait l'entrée de l'hôpital aux malades non orthodoxes. Pour entrer à la Charité, il fallait être catholique et cette restriction même ne suffisait pas; 1l fallait se confesser « comme si, dit le rapport du Comité de Mendicité qui témoigne d’un tout autre esprit, les secours de la Charité ne devraient pas être communs à tous les hommes quelle que puisse être leur croyance, et quelque religion qu'ils profes: sent. » (2).
Les exercices du culte jouaient, d’ailleurs, un rôle important dans les occupations des malades à la Charité :