‹ La Révolution & les HôpitauxChapitre 42 sur 69 · SPIRITUEL · texte numérisé non relu

SPIRITUEL

« Les malades sont confessés et administrés par un religieux » de l'Ordre et deux laïques, qui ont chacun leur semaine.

\ (1) D' Raymond our Histoire de l'hôpital Necker. Thèse pour le

doctorat, Paris, 1885, p. 38 -(2) Rapport du Comité de Mendicité. Archives parlementaires. Op. cit.

TomeXXII, p- 383.

» Aussitôt que les malades sont couchés, on leur propose de » se confesser.

» On dit au moins deux messes par jour dans les salles. » Presque tous les malades peuvent l'entendre.

» Indépendamment de la messe, un religieux fait la prière » soir et matin dans chaque salle, et à midy une lecture spiri- » tuelle.

» On porte le St-Sacrement les dimanche, mardy et En » de ‘chaque semaine, à l'issue de la messe de communauté, » processionnellement. Il y a plusieurs fêtes dans l'année, où » cette procession plus solennelle se fait l’après-diné (1). »

L'hôpital, du reste, servait à la fois comme établissement hospitalier et comme maison principale de la congrégation.

Les malades étaient reçus les lundis, mercredis et vendredis, jours où l’on renvoyait les malades guéris: mais, en fait, on les recevait tous les jours, au moins pour les cas urgents. La plupart des lits étaient fondés, c’est-à dire que, suivant une coutume de cette époque, les fondateurs des lits ou « leurs ayants-droits » nommatent des malades aux lits qu'ils avaient fondés. La somme qu’exigeaient les religieux pour la fondation d'un lit, était assez élevée : 12,000 livres en 1700 (2). Quand les familles fondatrices ne nommaient pas, les frères choisissaient eux-mêmes les pauvres.

À l'entrée, chaque malade devait abandonner ses hardes qu'il retrouvait à sa sortie, s'il guérissait, mais qui étaient vendues, s'il mourait, au profit de l'hôpital. Chaque malade endossait donc «une robe » uniforme et les chaussures, chemises et bonnets étaient fournis par la maison (3). Tous les lits étaient numérotés :

« Le Lt de chaque malade est composé du bois, d’une pail- » lasse, d'un matelas, qui est rebattu très souvent, de 2 cou- » vertures, de 4 paires de draps, d’un traversin, d'un oreiller,

(1) Notice sur le service de l'hôpital de la Charité, remise par le père Stanislas Cordier, procureur de la Charité (mai 1790). è

Tuetey. Op. cit. Tome I, p. 410. Minute, Archives nationales, F15, 1861.

(2) Rapport du Comité de mendicité.

(3) Document cité (Notice du Père Stanislas Cordier). Tuetey. Op tit. Tome [, p. 410.

» d'une housse de drap verd pour l'hiver, d'une pour l'été en » bazin, plus d’un bassin à cracher, d'une tasse, d’une cuillère, » d’une écuelle, d’un petit plat, le tout en étain. Il y a aussi des » biberons pour alimenter les plus malades, des bassins aussi » d'étain entourés de bourlets, des urinaux de fer-blanc et » d'étain pour ceux qui ne peuvent se lever et des chaises de » commodités à raison d’une pour deux lits(r}). »

L'hiver, les salles étaient chauffées avec des poëles dont la chaleur se répandait aux moyens de tuyaux de cuivre et entretenait dans toutes les parties de l'hôpital une température douce et saine. Un grand préau chauffé (le grand chauffoir) servait de promenade aux malades dans la saison froide. En été une cour agréable plantée d'arbres. pour se mettre à l'ombre, leur était réservée. Pour les maladies contagieuses, on avait pris une mesure radicale : dès qu’un malade en traitement était reconnu atteint d’une affection de cet ordre, on l'envoyait à l'Hôtel-Dieu. Il y avait un veilleur de nuit dans chaque salle, dès huit heures

du soir. Enfin, le régime était excellent :

« Les malades déjeunent avec un potage ou bouillon, selon » leur état, à 6 heures du matin. Ensuite on fait leurs lits en » entier, il y a des lits de camp pour ceux qui ne peuvent se » lever, ny rester sur les chaises. À o heures ils dinent avec » potage, bouillon, viande, parmy laquelle il y a de la volaille » pour les foibles, œufs, panades. On donne du vin à ceux qui » peuvent en boire. A l'issue de ce diner on balaie les salles ; à » 10 heures on donne du bouillon à ceux qui ont pris méde- » cine. À midy et demy les malades goûtent ; ce repas est en » bouillon, en panade, en vin, en fruits cuits, en confitures, selon » les saisons, le goût, l'état des malades et que l’infirmier le juge » à propos.

‘» À $ heures on soupe, et trois fois la semaine, c'est-à-dire le » dimanche, le mardy et le jeudy, on donnne du rôty à ce repas, » en volailles, veau et mouton. Car les autres jours cette viande » est bouillie matin et soir, il y aussi à ce soupé, outre ce qu'on » a dit pour le diné, des prunaux pour ceux qui doivent prendre » médecine pour le lendemain (2).

(1) Document cité (Notice du Père Cordier). Tuetey. Op. cit. Tome I, p. 411. (2) Document cité (Notice du Père Cordier) Tuetey. Op. cit. Tome I,

Pp. 411 et 412.

Ces repas étaient accompagnés d’un certain cérémonial religieux :

« Après que les malades sont servis, le prieur à la suite des » grâces qui a été précédé du benedicité répété à tous les repas, » suivant le Breviaire romain, le prieur leur donne procession- » nellement l'eau bénite; il est assisté de plusieurs religieux » qui avec luy psalmodient l'office de la Vierge. Cet acte de » piété est terminé par un salut en l’honneur de la mère de » Dieu; après quoy, on raccommode les lits des malades et » vers les huit heures tous se disposent à se coucher » (1).

Quant aux soins des malades eux-mêmes, ils étaient réservés à deux médecins de la Faculté de Paris qui servaient par semestre et étaient accompagnés dans leur visite par un frère apothicaire et un frère infirmier. Les blessés étaient soignés par deux religieux chirurgiens, un chirurgien major, un chirurgien substitut et un chirurgien gagnant maîtrise séculiers (2). Ces chirurgiens et ces médecins étaient choisis par le prieur (le père Anselme Vigier), à l'exception du chirurgien gagnant maîtrise, qui était choisi d'après sa capacité. par le Collège de Chirurgie.

Les médecins étaient :

Dumangin, docteur-régent de la Faculté .

Corvisart-Desmarets, docteur-régent de la Faculté ;

Calmé, médecin-expectant. -

Les chirurgiens :

Deschamps, chirurgien-maijor ;

Sire fils, substitut du chirurgien-major (3).

Le père Vigier fut prieur de 1789 à 1793: Dumangin exerça ses fonctions de 1789 à 1803 ; Corvisart, de 1789 à 1822 ; Calmé, de 1700 à 1796; Deschamps, de 1789 à 1824; Sire fils, dont M. Fernand Gillet, orthographie le nom Süe fils, de 1789 à 1796. Ce même auteur indique comme médecin de 1789 à 1790, Hallot (4). Le nom du chirurgien gagnant maitrise ne nous est pas parvenu.

(1) Document cité (Notice du père Cordier).

Tuetey. Op. cit, Tome I, p. 412.

(2) Mémoire de de Langlard, in : Compte-rendu à la Commune par le Département des Hôpitaux, p. 36. Biblioth. Nat L. b 40, 1221 (Imprimés).

(3) Cf. : Tuetey. Op. cit. Tome I, p. 406

(4) Cf. : L'hôpital de la Charité. Étude historique depuis sa fondation jusqu’en 1900, par Fernand Gillet. Montévrain, 1900.

Malgré des soins excellents dans un hôpital qui constituait « l'hôpital-modèle » de l’époque, la mortalité était très élev'e, Le Comité de Mendicité l'évaluait à 1 sur 7 1/2 et l’attribuait à la « trop grande proximité de la salle des blessés dé celle où l’on traite les fièvres malignes. » Les grandes opérations avaient souvent d'ailleurs des suites fâcheuses. Les pansements et les opérations se faisaient entre huit et neuf heures du matiu. Plusieurs élèves « tant religieux que séculiers » pansaient sous les ordres de leurs chefs.

Les revenus de la maison, hôpital et communauté, étaient constitués par des rentes sur les aides et gabelles, ancien et nouveau clergé, tailles, rentes sur les domaines et bois, clergé, Etats de Bretagne, Languedoc, domaine de la ville de Paris, compagnie des notaires, celle des secrétaires du Roi, sur les secrétaires du Sceau, ville de Lyon et autres, loyers de maisons, terres, etc. Ils s'élevaient à 247.687 livres 13 sols 2 deniers au 1°" janvier 1700 (1) Les dépenses étaient de 253.216 livres 9 sols 4 deniers 1/2, d'où déficit de 5.528 livres 16 sols 2 deniers 1/2. Ce déficit provenait de la cessation des quêtes qui rapportaient annuellement 8 à 10.000 livres; mais on ne redoutait pas cette moins-value qu’on devait combler par des économies. En fait, l'hôpital n'absorbait que 125.000 livres {2} environ, suffisant à l'entretien de 313 personnes, savoir: 216 malades, 50 religieux, 2 aumôniers et 45 domestiques. La journée d'hôpital revenait à 1 livre 2 sols.

Hôpital des Convalescents. — Fondé en 1631 (3) par Angélique Faure, femme de Bullion, surintendant des finances,

(1) Mémoire des religieux de la Charité à l’Assemblée nationale. Tuetey. Op. cit. Tome I, p. 413 et suivantes, N° 131. — Minute (4 p.) Archives nationales DVI, 9, N° 79.

(2) Le revenu de 177.000 1, après avoir fourni la nourriture et l'entretien à 308 personnes, « fait encore face à des augmentations, soit de lits, soit de bâtiments, tandis que, dans nos grands Hôpitaux, administrés par des séculiers, tels que celui des Incurables, 500 personnes qui ont 366 000 livres à dépenser par an, sont mal nourries et mal entretenues, et ne font aucune amélioration, au moins digne de remarque. » (Mémoire de M. de Langlard, in : Compte-rendu à la Commune par le Département des Hôpitaux, p. 36. Bibl. Nat. L. b. 40, 1221 (Imprimés). Voir aussi dans le même ouvrage :

Revenus, p. 34.

(3) Rapport du Comité de Mendicité. Archives parlementaires. Ps cit.

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