I. Lettre à la Vente piëmontaîse
« qui s'ouweat devant vous* Vous pouvez atta- « quer, en môme temp» que le catholicisme j « toutes les religions de la terre, et spécialë- «: meut' les- seetes. ohsétiemies ; dans ce cas, tt vous . avez contre voua- l'univers entier. Au «r coBtraine; vous pouvez vous armer de tout « ce qui est opposé au catholicisme; spécialea ment de toutes le» seetes chrétiennes qui lui « font la guerre ; en y ajoutant la force d*im- « pulsion de la révolution française, vous wiei*- « irez le oathoUcisme dans le plu» grand danger « qu'il ait jamais cmwu.
« Voilà pourquoi je m'adresse à toutes? les- « croyances, à toutes- les religions qui ont « combattu Rome ; elles sont toutes, qu'elles le « veuillent ou non, dans nos rangs, puisqu'au (t fond ^em* existence est aussi inconciliable « que la nôtre avec la domination de Rome.
« Ce n'est pas seulement Rousseau,. Voltaire* « Kant, qui sont avec nous contre l'éiemelle> ce oppression; c'est, aussi Luther , Zmngle, Gai"a vin, etc., toute la légion des esprits qui com»- «' battent avec leur temps, avec leurs peuples, (( mntr'e le même ennemi ^^ qui no us ferme en ca. ic moment) la route.
« Qn'y a-t-il de- plus logique au monde qu»
«^. df. faire un vSôul faisceau des révolutions qui. « ont paru dans le. monde depuis trois siècles^
« et de les réunir dans une même lutte, pour « achever la victoire sur la religion du moyen « âge?
(( Si le seizième siècle a arraché la moitié de <i l'Europe aux chaînes de la Papauté, est-ce « trop exiger du dix-neuvième qu'il achève u l'œuvre à moitié consommée? »
Détruire le Christianisme, « cette isuperstition caduque et malfaisante, » tel est le but avoué de la ligue infernale où les protestants sont englobés, ft quHls le veuillent ou non,y> et par cela seul qu'ils sont protestants. Détruire le Christianisme au moyen du protestantisme, voilà la tactique qu'adopte la Révolution avec pleine espérance de succès.
Qu'en dites-vous, lecteur? La Révolution estelle une grande et noble chose ? Mérite-t-eJle nos sympathies? Son œuvre peut-elle se concilier avec la foi du chrétien ? Est-ce la calomnier que de Tanathématiser comme détestable et satanique ?
Tertullien disait jadis du Christianisme :
« Il ne craint qu'une chose, c'est de n'être pas connu. )>.La Révolution dit le contraire; elle ne craint que la lumière. La lumière lui enlève, je ne dis pas tout ce qu'il y a de religieux, mais d'honnête parmi les hommes.
tA REVOLUTION S7
comment la HCtoIdUod, ponr te ftilre accepter, ie coQTre sons les noms les plus §aerés«
Si la Révolution se montrait telle qu'elle est, elle épouvanterait tous les honnêtes gens. Elle se cache sous des noms respectés, comme le loup sous la peau de la brebis.
Profitant du religieux respect que l'Eglise imprime depuis dix-huit siècles aux idées de liberté, de progrès, de loi, d'autorité, de civilisation, la Révolution se pare de tous ces noms vénérés et séduit ainsi une foule d'esprits sincères. A l'entendre, elle ne veut que le bonheur des peuples", la destruction des abus, l'abolition de la misère ; elle promet à tous le bien-être, la prospérité et je ne sais quel âge d'or inconnu jusqu'ici, v
&8 LA ïBMvmmrmE
Ne la croyez pas. Son père, le vieux serpent du paradis terrestre, en disait autant à la pauvre Eve •. c( Ne crains rien, écoute-moi, et vous serez comme des dieux. » On sait quels dieux nous sommes devenus. Les peuples qui écoutent la Révolution sont bientôt punis par où ils pèchent ; si les villes s'embellissent, si les chemins de fer se multiplient, si l'industrie prospère (ce qui n'est pas, répétons-le bien haiit, le {fait de la «Etévolution, suais le simple résultat d'un progrès naturel), la mésèi^e publique augmente partout, la joie s'en va, tout se matérialise, les impôts se décuplent, toutes les libertés disparaissent; au nom de la liberté, on revient peu à peu au brutal esclavage païen ; au nom de la civilisatioa, on x>erd tous les fruits des conquêtes du Christianisme sur la barbarie ; au nom de la loi, une autorité sans frein et sans contrôle nous impose tous ses caprices, et voilà le progrès!
Comment, du reste, le bien pourrait-il sortir du mal ? Et comnaent le principe de la destruction pourrait-il rien édifier î
« Notre principe & nous, a dit un audacieux « révolutionnaire, c'est la négation de tout « dogme; notre donnée, le néant. Nier, tou- « jour^ nier, c'est là notre méthode ; elle nous «< a conduits à poser comme principes : en
« reUgiiCm, rathèiâine ; sb. politique , ïma^n cbie; en écooosxûe pâlitiqu^^ la Xiou-pm^ n priété (1). »
Déûons-nous dam de ia dévolution 5 .dôûoniS' nous de Sataoa, «o.us qijielque nom qu'il m cache !
Pauvre brebis, quand doue écouterez-vous la voix du bon pasteur gui v^eut vous défendre de la dent du laiAp., et qui veui ajcraciher ià i» bête scélérate la toison hypcwrite à J'abri .de laquelle elle pénètre jus<ju'au juilieu du b^r^ cail?
lA presse et la névolutloiu
La.pïesse n'est de sa -nature ni bonne, ni mauvaise. C'est une puissante invention qui
peut également servir au bien et au mal ; tout dépend de l'usage qu'on en fait.
Il faut a.vouer cependant que, par suite du péché originel, la presse a beaucoup plus servi au mal qu'au bien, et qu'on en abuse dans des proportions formidables.
Dans notre siècle, la presse est le grand levier de la Révolution. Pour ne parler que du journalisme, qui est la presse à son état le plus actif et le plus influent, personne ne peut nier que le plus grand danger du trône aussi bien que de l'autel, ce sont les journaux. Sans sortir de notre chère France, sur cinq cent quarante journaux, il n'y en a peut-être pas trente qui soient vraiment chrétiens. Pour quatre vingt ou cent mille lecteurs de feuilles publiques respectant la foi, l'Église, le pouvoir, les principes, cinq ou six millions d'hommes avalent tous les jours le poison destructeur que leur présentent goutte à goutte les journaux impies.
Que Ton me pardonne cette comparaison :
la presse est, entre les mains de la Révolution, un grand appareil à seriner les hommes. Quand on veut apprendre un air à de*: wiseaux, on leur répète cet air dix et ving^^ wis par jour au moyen d'un instrument ad hoc. Les chefs du parti révolutioimaire, pour former* comme
hX RÉVOLUTION 61
on dit, Topinion publique, pour faire entrer dans les têtes leurs idées fatales, ont recours à la presse ; chaque jour, ils tournent la manivelle; chaque jour, ils répètent dans leurs journaux l'air qu'ils veulent imposer au public, et bientôt les serins chantent. Et voilà Y opinion publique^ cette opinion publique qu'il faut suivre, pour être de son temps, disent nos prud'hommes, même nos prud'hommes catholiques.
Quant à TËglise, qui ne veut pas apprendre l'air, on essaye d'un autre moyen. La Révolution cherche à l'endornûr. Elle prétend, comme chacun sait, que l'Église catholique n'est plus à la hauteur du siècle. Avec une hypocrite bieù- = veillance, elle feint de vouloir l'adapter aux idées modernes ; au fond, elle veut la tuer.
Elle s'approche donc de l'Église, elle lui présente son appareil perfide, la presse ; on dit de belles et douces paroles, on fait des déclarations pieuses; on tâche d'endormir les gardiens de la foi. L'Église se méfie ; le Pape et les Évêques refusent de se laisser faire. Alors la Révolution lève le masque, transforme son appareil en machine de guerre et attaque de front cette ennemie qu'elle n'a pu ni endoctriner ni étouffer.
Et ce que je dis du journalisme pour la
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France, il faut le dite avec encore plus de raison if»êut-*ê'tre pour l'Angleterre, pour la Belgi- <iue, poUr ^a Prusse, 'pour l'Allemagne, pour la Suisse, et surtout pour îe Piémont et la pauvre Italie. Quatorze on quinze cents journatix paraissent chai^ue jout en Europe ; sur ce notnbre, cothbien y en a-t-il qui soîeiït sihcèremeii't dévoués à l'Église?
Oh <îOinprend, du reste, qu'il tie satirait en ^tre autrement, quand on pénètre quelque peu daias les mystères de la rédaction des journaux. Sauf d'honorables et rares exceptions, les journalistes de ptofession ex!ercent, aux dépens du public, un véritable métier. Ils n'ont ni convictions religieuses, ni convictions politiques ; leur conscience est dans leur encrier, et ils vendent leur encre ail plus offrant. Selon Tintérôt de leur boutse, trop souvent vidée par Tinconduite, ils plaident avec une noble ardéûT le pour et le contre, en ^e moquant de leurs crédules lecteurs. Ils flattent resprit d'opposition afin de grosfeit le nombre des abonnés, et les joumani les plus malfaisants ëi les plus plats sont •Souvent ceux qtd réussissehi ïe mieux. Et Voilà les éducateurs àe la société I voilà en quelles mains est tombée la conscience publique I
Soits rim)[>uMôiii des sôdiôtèis secrètes, le
jjOfi^DalisBie révoli^io&oaû^ fai& fieu de toutei^ SQS plumas coptre l-figlise ; U perdra la foi ea l^ope, si Dieu» daos sa misémoorde, ne se^ bâte de déjouer ce vaste et iafeunal complot»
lies prJnclpCA de 89«
Tout le monde parle aujourd'hui des « principes de 89, » et presque personne ne sait bience que c'est. Ce n'est pas étonnant; les paroles qui les ont formulés sont tellement élastiques, tellement peu définies, que ckacun yvoit' ce qu'il veut: Les honnêtes gens myopes n'y. trauvent rien de précisément maCi^ais ; les^ démagogues y trouvent cependant leurcompte.
Il y a pour ces principes une étrange émulation de tendresse; ils sont inscrits sur vingt
bannières rivales. Tout le monde les défend contre tout le monde, et, d'après tout le monde, tout le monde ou les fausse, ou les compromet, ou les trahit. Tâchons ici, à la lumière infaillible de la foi catholique, non de les fausser, ni de les compromettre, ni de les trahir, mais de les bien comprendre, d'en sonder les profondeurs et de découvrir, dans leurs replis secrets, le vieux serpent qui en est l'âme. Nous n'exagérerons rien, mais nous tâcherons de tout voir.
En voyant à l'œuvre ceux que Ton nomme avec orgueil les pères de la liberté, les fondateurs de la société moderne, nous verrons, selon l'expression de Bossuet, « si ceux qu'on « nous vante comme les réformateurs du genre « humain en ont diminué ou augmenté les « maux, et s'il faut les regarder comme des « réformateurs qui le corrigent ou plutôt c comme des fléaux envoyés par Dibu pour le ;* punir. »
En 1789, pendant que l'Assemblée constituante détruisait, par le droit du plus fort, l'fiintique constitution de l'Eglise en France ; supprimait, le 4 août, les justes redevance qui la faisaient vivre ; le 27 septembre, dépouillait nos églises de leurs vases sacrés; le 18 octobre, annulait les Ordres religieux ; le 2 novembre,
LA RÂYOLUTION 65
volait les propriétés ecclésiastiques, préparant ainsi l'acte hérétique et schismatique appelé Constitutioib civile du clergé, et promulgué Tannée suivartte, cette même Adt^emblée formulait en dix-sept articles ce que Ton appelle la déclaration des droits de l'homme, et ce qu'on aurait dû nommer la suppression des droits de Dieu. Ces articles renferment des principes sociaux, et ce sont ces principes qui sont devenus célèbres sous le nom de « principes de 89. »
Des catholiques, dans la louable intention de concilier à l'Église les sympathies des sociétés modernes, ont cherché à démontrer, non sans peine, que les principes de cette célèbre déclaration n'étaient opposés ni à la foi ni aux droits de rÉglise. Cette thèse pourrait peut-être se soutenir, si, dans une pareille question essentiellement pratique; on pouvait s'en tenir à la rigueur grammaticale des mots, en faisant abstraction de Tesprit qui les anime, de l'esprit qui les a dictés, de l'esprit qui les applique et qui manifeste leur vrai sens. Malheureusement les principes de 89 ne sont pas une lettre morte ; ils se sont traduits dans des faits, dans des lois, dans des attentats, qui ne {^euvent laisser duqun doute sur leur véritable caractère; la Révolution, la Révolution antichré-
§6. i^ Bév,Qj*yyioN
tienae les proclc^îia. sas pi^iucipes à elle et leur rapporte la, gjpire de s^s- prétendus, Q^ploit»;; IçiS révolutionnaires ne cessent de les inv.oquer contre l'Église.
Comment se fait-il donc que ces fameux principes ne révoltent pas tous, les honnêtes gens ? C'est que le vrai s'y trouve habilement confondu avec le faux, et que le faux passe ici^ comme toujours, à. l'abri du vrai.
Parmi les principes de 80, en effets. plu&ieum sont de vieilles et bonnes vérités de droit français ou, de droit public chrétien * que les abus du césarisme gallican avaient mises en oublia et que la naive ignorance denos Constituants fit prendre pour des découvertes merveilleusôs. Plusieurs autres sont des vérités, de sens com* mun, qu'on n'oserait plus formuler sérieusement de nos jours; mais tous ces principes sont dominés par un principe, qui donne à toute cette déclaration sou véritable esprit : le principe révolutionnaire de l'indépendance absolue de la Société, laquelle déclai'e rej.eter désormais toute direction chrétienne, ne plus dépendre que d'elle-même, n'avoir plus pour loi que sa volonté, sans s'inquiéter de ce que Dieu enseigne et prescrit par son Église. La volonté du peuple souverain substituée à la volonté de Dieu souverain^ la ioi humaine
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foulant aux piedô la^ vérité révélée, le droit purement naturel faisant abstraction du droit catholique, en u^ mot, de prétendus droits d& rhomme se substituant* aux droits éternels de Jésus-Christ ; telle est au fond la déelfi^ration de 1789.
Jusque-là l'Église était reconnue comme Torgane de Dieu vis-à-vis des sociétés, aussi bien que des individus ; et si, depuis quelques siècles, ce droit de haute direction morale était trop souvent méconnu est pratique, jamais du moins on n'avait encore osé le nier formellement. -
Ainsi les principes de 89, considérés un à un, sont bien loin d'être tous révolutionnaires; mais leur ensemble, et surtout l'idée qui les domine, constituent une audacieuse révolte de l'homme contre Dieu et une scission sacrilège entre la société et Notre-Seigneur Jésus-Christ, Roi des peuples et Roi des rois. Nous ne blâmons dans les principes de 89 que cet élément de révolte antichrétienne ;. loin de les répudier, nous revendiquons comme nôtres ces grandes maximes de vraie liberté, de vraie égalité et de fraternité universelle, que la Révolution altère et prétend avoir» données au monde..
En conscience, un catholique ne peut pas admettre tous les principes de 89. Encore moin
peut il entrer dans l'esprit qui les a dictés et qui depuis leur apparition les interprète et les applique.
Mais ce sujet étant fort complexe, précisons davantage.
Texte et dlscassloD de ces principes an point de vue religieux.
Voici les dix-sept articles de cette déclaratioi révolutionnaire des droits de l'homme :
Après un préambule creux et vague, dans le style emphatique de Rousseau, les Constituants déclarent qu'ils émettent leurs principes a en présence et sous les auspices de VÈtre suprême, » On sait ce qu'était l'Être suprême de ce^ voltairiens; c'était la négation directe et personnelle
du DiEtr vivant, du seul Dieu véritable, du Dieu des chrétiens, Notre-Seigneur Jésus-Christ, vivant et régnant dans le monde par son Église et par le Pape, son Vicaire. Je garantis que ce n'est pas en présence, de Notre-Seigneur, et bien moins encore sous ses auspices, que le?
Constituants ont élaboré leur fameuse Déclaration.
Je souligne les articles scabreux. Tes phrases à double sens, les pièges ; me réservant de les discuter le plus brièvement possible pour bien discerner, dans cette terre nouvelle, Tivraie et le bon grain.
Art. I. — Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur Vutilité commune.
Art. II. — Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de Vkomme. Ces droits sont la liberté, la sûreté et la résistance à l'oppression.
Art. III. — Le p^nncipe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation; nul corps, nul individu ne peut exercer d^autorité qui n*en émane expressément.
Art. IV. — La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui.
Art. V. --- La loi n'a le droit de défendre que
70 LA. ivÉyo?.yiTi9.N
les actions nuisibles à la SQÇiéW Tout ce qui n'est pas défendu i^ar la iQi.ne ]^mt être ampêché- et nul ne ïieMi être qoniraint' à faire ce qu'elle n'ordonne pas.
Art. VI. — La loi est Veaapr^ssion de la, volonté générale, Tousjes citoyen^ ont^ droit de concounr pejrsonnellement ou par leurs re^if^simtants à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle j^u,nisse„ Tom les citoyensy étant égaux à ses yeux, sont également admissibles à toute dignité^ places et. emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents.
Art. vu. — Nul homme ne peut être accusé, arrêté ni détenu que dans les cas déterminés par la loi et selon les formes qu'elle a prescrites. Ceux qui sollicitent, expédient, exécutent ou font exécuter des ordres arbitraires, doivent, être punis : mais tout citoyen appelé ou saisi en vertu, de la loi doit obéir à l'instant; il se rend coupable par la résistance.
Art. viii. — La loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaire^s, et nul ne peut être puni qu'en vertu d'une loi établie et promulguée antérieurement au délit et légalement appliquée.
Art. IX. — Tout homme étant.présumé inno cent jusqu'à ce qu'il ait été déclaré coupable,
LA RévÔLtolÔ^ Vl
s'il e^t jttgé ifldispeflsable* Ôè Va'rtéter, toute rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s'assurer de sa personne tïôit êt're sévèrement répnïnée par la loi.
Art. X. — Nul ne doit être inquiété pour ses opinions^ même religieuses^ pourvu que leur manifBstation ne trouble pas Tordre public établi par la loi.
Art. XI. — La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précievx de V homme; tout citoyen peut donc parler^ écrire^ imprimer librement^ sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas détei^minés par la loi.
Art. XII.— La garantie des droits de Thomme et du citoyen nécessite une force publique ; cette force est donc instituée pour l'avantage de tous, et non pour l'utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée.
Art. xiii. — Pour l'entretien de la force, publique et pOTit* les dépenses d'administration, une contribution commune est indispensable ; elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés.
Art. XIV. — tous les citoyens ont le droit de constater par eux-mêmes ou par leurs représentants la nécessité de la contribution publique, de la consentir libremafit, â*eh suivre remploi^ d'en
déterminer la qualité, Vassiette, le recouvrement et la durée.
Art. XV. — La société a le droit de demander compte à tout agent public de son administralion.
Art. ocvi. — Toute société dans laquelle la garantie des droits n^est pas assurée, ni la separation des pouvoirs déterminée, n'a point de constitution.
Art. XVII. — La propriété étant un droit inviolable et sacré^ nul ne peut en être privé, si ce n'est lorsque la nécessité publique Vexige évidemment, et sous la condition d^une juste etpréala ble indemnité.
a Mais, me direz-Yous, tous avez tout souligné, ou presque tout ?» — Sans doute ; et ce n'est que justice. Indifférents en apparence à la Religion et à FÉglise, ces articles couvrent une vaste conspiration, destinée à bouleverser tout Tordre chrétien. C'est la conspiration du silence, qui étouffe sans frapper, et qui, s'il est permis de s'exprimer ainsi, escamote le Christianisme. Aussi le Pape Pie VI a-t-il stigma-; tisé les principes contenus dans la déclaration de 1789, comme « contraires à la Religion et à la société, Religioni et societat adversantia (1). »
(1) Bref du Pape Pie VI, 28 awil 1791.
Ces principes hypocrites se résument en cinq ou six idées principales, qui sont la base de ce qu'on appelle le monde moderne, et que nous allons analyser brièvement :
Séparation totale de l'Église et de l'Etat; souveraineté du peuple ; absolutisme de la loi humaine ; liberté; égalité. Tel est le résumé de ces principes qui méritent chacun une discussion très-attentive. On va bientôt juger de l'importance pratique de ces graves questions.
fWparaUOD de rÉglIse et de l*Élat.
Ceux qui la réclament de bonne foi confondent deux idées : distinction et séparation.
L'Église est distincte de l'État, et l'État distinct de l'Église; tous deux doivent s'unik sans se confondre.,ll est tout aussi absurde de vouloir Béparer la société religieuse de la société civile,
74 LA. EÉVOLUTION
que de vouloir séparer l'âme du c^orps. L'Église est une société qui vient de Diku, copune l'État est aussi une société voulue de Dibu ; ces deux sociétés aoivent s'accorder, pour accomplir la volonté divine, qui est le bonheur temporel et éternel des hommes. Leur prospérité et leur force dépendent de cette union, comme la vie et la force de l'homme dépendent de l'union de son âme et de son corps. Toujours la distiaction, mais dans l'union ; jamais la séparation, non plus que la confusion.
Nous sommes tous membres à la fois de trois sociétés distinctes, et nous appartenons tout entiers à chacune d'elles ; tel est l'ordre de la divine Providence. Ces trois sociétés sont ; la famille, l'État, l'Église, J'appartiens tout entier à ma famille; je suis en même temps tout entier citoyen de ma patrie; et en même temps encore, je suis tout entier chrétien, membre de l'Église. J'ai des devoirs comme fils, des devoirs comme citoyen, des devoirs comme catholique; ces devoirs sont distincts, mais unis entre eux et subordonnés les uns aux aut^^es. Us ne peuvent jamais se détruire les uns. les autres, car ils viennei^t tous de Dieu ; ils sont tous pour moi l'expression certaine de la volonté de DiKu ; de Dieu qui m'ordonne également d'oWir â m,oi^ père dac^^ l'prdre de la.
LA RBVOLTJTIOI^ TËk
famille, d'obéir à mon Souveraia d.an$ Tordre civil et temporel, d'obédr au, Pa,pe et aux Pafrteurs de rÉglise dans la sociéjté religieuse et sur»aturelle.
Qu'est-ce qu'une société? C'est une réunion d'individus unis ensemble par le lien d'une obéissance commune. C'est ce lien, cette obéissance à. l'autorité légitime^ qui constitue la société, qui lui donne son unité, malgré la multiplicité de ses membres. La famille^ ou la société domestique, est la 7'éumon des individus liés ensemble par la soumission au pouvoir paternel. VÊtaiy ou la société civile, est la réunion des individus et des familles, unis ensemble par la dépendance du même pouvoir public. L'Église, ou la société religieuse, est la réunion des individus, des familles et des États, soumis, au même pouvoir religieux.
Ces trois sociétés existent dç droit divin, c'està-dire par la volonté formelle de Dnsu ; c'est DiRu qui a constitué la famille pour la création et l'éducation. des enfants; c'est Dieu qui est l'auteur des sociétés civiles, dont le but est la prospérité temporelle des individus et des. far miU^s par le concours, mutuel des forces ; c'est Dieu qui a fondé rijgliftQ et, qui lui a apnné s^ sainte mission, pour apprendre aux individus,, aux fsunillesi eta.u;<: sociétés, ce qui est bien et
ce qui est mal, ce qu'il faut faire et ce qu'il faut éviter pour connaître, aimer et servir Diku sur la terre, et, par ce moyen, arriver au salut éternel, but suprême de toute existence humaine.
La famille dépend de l'État en ce sens que le bien particulier doit toujours être subordonné au bien public ; l'État dépend de l'Église, en ce sens que le bien temporel, soit public, soit particulier, doit toujours être subordonné au bien spirituel, qui est le salut éternel des âmes. Le père de famille ne doit donc rien commander qui soit contraire aux lois de l'État ; et s'il manque à cette règle, ses enfants ne peuvent en conscience lui obéir Pour la même raison, le pouvoir civil ne peut rien commander qui soit contraire aux enseignements ni aux lois de l'Église. Ces actes du pouvoir paternel ou civil seraient illégitimes et dès lors nuls de plein droit; ils violeraient l'ordre établi de Dieu, et pour obéir à Dieu en ce conflit d'autorité, il faut toujours obéir à l'autorité supérieure. C'est la règle pratique et sûre que nous donne l'Apôtre saint Paul : Omnis anima potestatibus sublimioribus subdita sit (Rom. xni) que toute âme s'assujettisse aux pouvoms plus
iLEYÉS.
L'élévation des différents pouvoirs dérivant
de leur but final, et le salut éternel étant évidemment un but supérieur à la prospérité temporelle, il est clair comme le jour que TÉglise est une puissance plus élevée que l'État, et que TÉtat par conséquent est strictement obligé, de droit divine à s-assujettir à la puissance de l'Église. Or ce qui est de droit divin est immuable, et nulle puissance ne peut le détruire.
Mais il faut aller plus loin : de même qu'il ne suffit pas, pour aller au ciel, de n'être pas méchant ; de même, pour remplir leur devoir et pour se sauver, les chefs des familles et les chefs des États temporels doivent, non-seulement ne pas contrarier l'action sanctifiante de l'Église, mais encore la seconder par tous les moyens possibles.
Un père de famille n'est pas chrétien, s'il ne s'efforce, par l'exemple, par le conseil, et, au besoin, par la menace et le châtiment, d'empêcher dans )e sein de sa famille tous les scanr dales, et de faire accomplir à tous leur devoir, aussi parfaitement qu'il le peut. Le bon Dieu et l'Église ne lui demandent pas l'impossible; mais ils lui demandent de faire tout ce qui dépend de lui pour que sa femme, ses enfants, ses serviteurs, en un mot tous les membres de sa famille; observent fidèlement la loi de Dieu.
Il en est de môme des princes chrétiens :
78 LA RÉVOr*»* ION
pont faire la volonté de ï)tEu et ïemplir Iteut devriir de Souverains, ils ne doivent pas «e tùHîtenter de proôurer le bonheur matériel de leuts sujets : \5e serait du matérialisme ; ils* ne doîvôBt pas SB contenter de 'ne pas gêner 'l'asction 'de l'Église : ce' serait de l'indififérence pour le bi^n, indifférence coupable, qui n'eâtpermise à personne; ils doivent prêter à l'Église le concoui^ le plus efficace possible; ils doivent, sous sa direction et en fidèles serviteurs, empêdherle plus possible tous les scandales- qui pourraient altérer la foi ou la moralité de leurs peuples-; ils doivent assister TÉglise de leur .parole,* de leur influence, de leur argent, et, au besoin, de leur glaive et de leurs armées.
Ainsi tout est dans Tordre; et NotrerSeigneur Jésus-Christ, que Dieu a constitué le souverain Maître, non-seulement du ciel, mais de la terre (1), règne pleinement, par sa sainte Église, sur tous les hommes, sur tous les États, sur toutes les familles. Telle est la doctrine catholique; tel est l'enseignement officiel et traditionnel de FÉgliae, résumé dans ces derniers temps par i'Encj^clique du 8 décembre 1864. La doctrine opposée, condamnée sous le nom de naturalisme par le Siège- Apostolique,
* Data est mihi otnnis po lest as iv salo et in terra (S. Matth., xxviii, 48).
est l'àme àe la dévolution et des principes de
«Mais, dira-t-on, c'est rabsorption de rËtat par l'Église ! i> — 'Pas plus que ce n'est l'absorption de la famille par l'État. C'est Tordre, réfsultant de l'union, ^t laissant subsister la distinction malgré la subordination.
L'Église, je le demande, absorbe-t^elle la famille, lorsqu'elle guide le père pour lui faire connaître et pratiquer tous ises devoirs de cheî de famille? 11 en est de niême pour l'État.
L'Église, en dirigeaiit le pouvoir civil et politique pour lui faire accomplir les volontés de Nôtre-Seigneur Jésus-CmusT et sauvegarder ainsi le salut éternel des âmes, n'empiète en aucune sorte sur les droits de l'Etat; elle fait son devoir, comme l'Etat fait le sien en prescrivant aux citoyens et aux familles ce qui est utile à la prospérité commune.
Saint Thomas fait admirablement comprendre cet ordre et ces rapports par une comparaison aussi juste qu'ingénieuse. Chaque État, dit-il, ressemble à un des navires qui composent une escadre, et qui tous, sous la conduite du vaisseau amiral, voguent de concert pour atriver.au même port. Chaque navire a son capitaine, son pilote ; tout maître qu'il est sur son navire, chaque pilote n'est cependant pas
indépendant. Afin de rester dans Tordre, il doit toujours manœuvrer d'après les signaux de ramiral, de manière à diriger son bâtiment vers le terme final de la navigation.
Le vaisseau amiral est l'Église, guidée par le Souverain-Pontife, Vicaire du Christ, et chargé par lui d'enseigner et de diriger dans la voie du salut toutes les nations, docete omnes génies. Les Souverains temporels sont les pilotes, les capitaines de chacun des vaisseaux de Tescadre catholique. Ils sont obligés en conscience de facihter le salut éternel de leurs peuples respectifs, en aidant l'Église à sauver les âmes et en écartant les obstacles qui pourraient entraver sa mission spirituelle. C'est le Pape, et le Pape seul qui, en sa qualité de Chef de l'Église, leur fait connaître ce qu'ils doivent faire à cet égard.
Par sa direction religieuse, TÉglise n'absorbe donc ni l'État ni la famille ; elle affermit au contraire, en la sanctifiant et en l'empêchant de se séparer de Dieu, l'autorité du Souverain temporel, aussi bien que l'autorité du père de famille.
Dépendant sous un rapport, le pouvoir civil, remarquons-le soigneusement, conserve sous tous les autres rapports une complète indépendance. Une fois sauvegardé le principe supé-
rieur dô l'obéissance à la loi divine et à toutes les autres' lois religieuses promulguées par rÉglise, le pouvoir civil peut, en toute liberté, porter toutes sortes de lois, adopter toute règle de politique, prendre toute forme de gouvernement, selon qu'il le croit plus avantageux au bien général de la nation ; il est seul maître chez lui.
Il faut en dire autant du père de famille, par rapport à l'État. Qu'il fasse tout ce qu'il veut; qu'il élève et dirige ses enfants à sa guise; rÉtàt, non plus que l'Église, n'ont rien à y voir, du moment que les lois de la Religion et celles du pays sont par lui respectées. Il n'y a d'ordre qu'à ce prix, soit dans la famille, soit dans l'État, soit dans l'Église.
« Mais l'État est-il doc^c un enfant, et a-t-îi besoin de la direction de l'Église pour connaître la loi de Dieu ? N'a-t-il pas sa raison et sa conscience? » — L'État a certainement sa raison et sa conscience; mais elles ne lui suffisent pas plus qu'au père de famille, pour connaître et pratiquer la loi de Dieu dans toute son étendue. Cette loi- n'est pas en effet une loi purement naturelle; elle est en outre et surtout révélée et positive; et, pour la connaître, il faut -la foi; pour la pratiquer, il faut la grâce. Or, l'Église
«2 XiA ROTOLUTlOïr
seule est de droit divin chargée de donner au inonde Tune et l'autre. A elle seule il a été dit : « Recevez le Saint-Esprit ; allez donc, enseignez toutes les nations : celui qui vous écoute, 'm'écoute ; celui qui vous méprise, me iné|>rise. *Bt voici que moi-môme je suis avec vous jusqa*A la consommation des siècles. »
Cette parole s'applique aux sociétés ihumajiwes aussi directement qu'à chaque homme en particulier. Qu'est-ce, en effet, que la société civile, sinon l'extension numérique de la famille et de l'individu? L'État n'est rien, n'»est qu'une abstraction en dehors des individus dont il esl formé; et, pour cette raison, le devoir religieux <ies individus et des familles est, à un degré supérieur, le devoir de l'État lui-même. L'Étal doit donc être non-seulement religieux en ^6 néral, mais chrétien, mais catholique; il doit recevoir des Pasteurs de l'Église l'enseignedienl de la loi divine, pour le bien public coaime pour le bien particulier ; il doit être ensei^ gné,
La raison et la conscience naturelles ne suf fisent donc ni au Souverain temporel, ni an père de famille pour connaître la volonté de Dieu; et, par rapport h l'Église, l'humanité reste toujours dans l'enfance. Voilà pourqfuot les siècles chrétiens ont toujours dit : « Notre
LA RÉVOLOtlO'N 83
Sainte Mère l'ïlglîse; » voilà atttôsi pôtii*Quôi lès Souverains eux-mêmes appellent le Chef de rËglise : « notre Saint Père le Pape. »
« Mais l'État est un pouvoir laïque. » — Soit; mais laïque veut-il dire sans religion? L'objet direct du pouvoir civil est, tout le monde en convient, la prospérité temporelle de ses sujets; mais pe devoir est subordonné à un autre devoir, plus grave encore et plus élevé, la coopération indirecte à Tœuvre de l'Église qui est le salut éternel de ces mêmes sujets. C'est précisément parce que l'État est laïque qu'il doit s'assujettir fidèlement à la direction religieuse des Pasieurs de l'Église, seuls chargés par Dieu de diriger les consciences.
« Mais le pouvoir de l'Église n'est-il pafe purement spirituel? » — Sans doute ; aussi la directiour que l'État doit recevoir de l'Église est-elle une direction purement spirituelle, c'est-à-dire au seul point de vue de la cons*cience. L'Église ne dirige les Souverains et le» peuples, non plus que les familles, que pout leur faire pratiquer à tous la loi divine, la religion chrétienne, la justice, l'ordre moral tout entier. Elle ne commande et ne condamne qu'4
ce point de vue, qui est tout spirituel, tout religieux.
Mais à ce point de vue, elle a le droit et le devoir de s'occuper directenient de tout sur la terre : éducation, enseignement, philosophie, sciences, littérature, poésie, peinture, sculpture, musique, usages, institutions publiques et privées, lois, politique, etc., etc.
« Tout est donc spirituel?» — Non; le spirituel sur la terre, c'est tout ce qui intéresse le salut éternel des âmes. Telle est la vraie notion du spirituel, altérée dans une foule d'esprits. Toutes les fois que nous sommes entravés dans Toeuvre du salut, nous sommes lésés dans notre intérêt spirituel et éternel. Le pouvoir temporel ne doit jamais, ni directement, ni indirectement, sous aucun prétexte d'intérêt politique, léser notre bien spirituel ; il ne doit jamais entraver l'exercice du ministère de l'Église, chargée de sauvegarder cet intérêt suprême. Or, en agissant dans l'ordre simplement temporel et même dans l'ordre purement matériel, il peut entraver la Religion dans ses plus saintes pratiques, et, par conséquent, dans son actiop toute spirituelle et surnatui^elle. Exemples : si le pouvoir civil détournait les églises de leur destination, sous prétexte que ce sont des b&-
timents matériels; s'il défendait aux prêtres Tusage des choses temporelles qui leur sont nécessaires pour le culte divin et pour Tadministration des sacrements : l'eau, Thuile, le pain et le vin, etc. ; si, sous prétexte du service de rÉtat, il enlevait aux fidèles les prêtres qui dépendent néanmoins de lui comme citoyens; s'il violait la clôture des monastères, qui sont cependant, sous un rapport, des maisons conmie les autres; s'il entravait les rapports nécessaires des É^ques. des prêtres et des fidèles avec le Chef de la Religion, avec le Pape, bien que, au point de vue temporel, le Pape ne soit qu'un Souverain étranger ; s'il promulguait des lois civiles, des règlements politiques, en contradiction avec les droits de l'Église ; s'il faisait entrer dans l'éducation publique, à laquelle il a cependant un intérêt immédiat, des éléments antichrétiens, soit comme doctrine, soit comme conduite ; s'il permettait à la presse d'attaquer la foi, ou les mœurs, ou l'Église, bien que la presse soit en définitive une industrie toute matérielle, etc. : n'est-il pas évident que, sans paraître sortft* du temporel, l'État toucherait par là directement à l'essence même du spirituel?
Appliquez le même principe au père de famille dans ses rapports avec sa femme, ses en-
éè LA RÊVOttTlÔN
fants, ses Servi tpurs; au sujet du maigre, par exemple, qui patailicepèndant ne regarder que la cuisiue ; au sujet du Tepos du dimanche ; en un mot, à propos de tout ce qui peut léser le bien spirituel de la famille.
Tout ce qui n'intéresse pas le spirituel, l'observation de la loi divine et la sanctification des hommes, est du domaine exclusif de l'État et de la famille. Cette distinction du spirituel et du temporel est d'une grande importance.
a Mais dans les questions douteuses, lequel aes deux décidera? Sera-ce l'État, sera-ce l'Église? » — 11 est évident que ce doit être le pouvoir de l'ordre le plus élevé. La mission divine de l'Église serait illusoire, si elle n'était infailliblement assistée de Dieu pour connaître avec certitude ce qui est de son ressort. Dans un conflit entre l'autorité de l'État et l'autorité du père de famille, la première ne doit-elle pas prévaloir? ne prévaut-elle pas toujours? n'estelle pas intrinsèquement d'un ordre supérieur? Sans aucun doute, le pouvoir infériem' doit toujours se soumettre ; et c'est l'État qui, dans les choses civiles, règle seul et souverainement sa compétence. Et cependant il n'est pas infaillible en droit. Adaptez oe même raisonnement si simple aux rapports de l'Église et de l'État;
et à l'aide de tout ce que nous avons déjà dit, il sera facile de conclure ; surtout si l'on considère que l'Église, âsmstoutce qu'elle enseigne, est infaillible et de fait, et de droit.
a Mais savez-vous que vous donnez à l'Église une puissance immense? » — Ce n'est pas moi qui la lui donne. C'est le bon Dieu, Maître de ses dons et suprême Seigneur de l'humanité.
Il a organisé le monde en cette triple société que nous venons de diïe ; il a tout réglé de la sorte pour notre plus grand bien, et, peuples et individus, princes et sujets, prêtres etlaïqaes, nous n'avons tous qu'à nous soumettre à l'ordre de sa Providence.
Les hommes qui veulent de bonne foi séparer l'Église de TÉtat et l'État de l'Église ne savent pas qu'ils violent directement l'ordre établi de Dieu et renseignement formel de l'Église sur cette grave matière : « Cette union, dit le Pape « Grégoire XVI, a toujours -été salutaire aux in- « térêts de la société religieuse et de la société a civile (1). »
Ils ignorent en outre qu'ils abondent dans les vues perverses des révolutionnaires. Isoler l'Église; la refouler peu à peu hors de la so*-
\» Encyclique AfirarL ^ ,
ciété; affaiblir soa action sur le monde; la ramener à Tétat de puissance invisible, comme au jour des Catacombes ; constituer le pouvoir temporel, maître absolu de la terre par la propriété, de l'intelligence par la doctrine, et de la volonté par la loi ; anéantir ainsi le grand fait social du Christianisme, la division hiérarchique des pouvoirs : pour qui sait lire, telle est ridéQ dominante que la Révolution cherche à réaliser de plus en plus depuis un siècle.
C'est, en d'autres termes, la substitution du règne absolu de Thomme au règne de Dieu et de son Christ.
Donc l'Église ne doit pas et ne peut pas être séparée de l'État, non plus que l'État de l'Église; et l'État révolutionnaire, tel que l'entendait TAssemblée de 89, et tel que l'entendent depuis lors tous les révolutionnaires et les libéraux, est une création anormale, antichrôtienne, formellement opposée à la volonté de Dieu, et qui peut nous mener tous hors de la voie du salut.
L'Église est, de droit divin, c'est-à-dire en vertu d'une institution divine positive, l'âme du monde, sa lumière suprême et son principe de vie morale.
lA sonreniliieté du peuple ou la démoeratte.
Si fort exploité depuis un siècle par les ennemis de l'Église, le principe de la souveraineté du peuple peut s'entendre néanmoins dans un sens catholique et très-véritable.
Notons-le tout d'abord, le peuple n'est pas ce ramassis d'individus brutaux et malfaisants qui fait les révolutions, qui, du haut des barricades, renverse les gouvernements, et dont les chefs d'émeute exploitent les grossières passions. Le peuple, c'est la 'nation entière, comprenant toutes les classes de citoyens, le paysan et l'ouvrier, le commerçant et l'industriel, le grand propriétaire et le riche seigneur, le militaire, le magistrat, le prêtre, l'Évéque ; c'est la nation avec toutes ses forces vivesi> constituée en une représentation sérieuse
et capable par ses vrais représentants d'exprimer ses vœux, d'exercer librement ses droits. Cette notion antirévolutionnaire du peuple une fois donnée, nous constatons que la doctrine catholique a toujours enseigné, quoique dans un sens tout autre, ce que les Constituants de 89 ont pris pour une découverte merveilleuse. L'Église, par Torgane de saint Thomas et de '$es pltfs grands docteurs, enseigne que Notre-Seigneur Jésus-Christ, Père des peuples et Roi des rois, dépose dans la nation tout entière le principe de la souveraineté; que le Souverain (héréditaire ou électif, peu impotte) à qui la nation confie la charge du gouvernement, ne reçoit de Dieu sa puissance que par l'intermédiaire de cette même nation; enfin, que le Souverain, recevant le pouvoir pour le bien public et non pour lui-même, s'il vient à manquer gravement et évidemment h. son devoir, peut être légitimement déposé par ceux-là mêmes qui l'avaient investi de la souveraineté. Je m'empresse d'ajoutel*, pour prévenir toute interprétation révolutionnaire, que l'Église étant seule juge impartial de ces grands cas de conscience peut seule, par une décision solennelle, légitimer un fait aussi grave après avoir constaté la grièveté du crime ^
t. Ces cas sont très-rares. C'est, par exemple, le cas où
LA tlÉVOLWlOl^ Ofi
C'est on cela que le pouvoir civil diffère du pouvoir paternel et du pouvoir ecclésiastique, qui sont tous deux inamissibles, parce qu'ils ont été Tun et Tautre institués divinement avec leur forme déterminée, et sans aucune délégation de leurs inférieurs; le pouvoir civil, au contraire, n'a reçu de Dieu aucune forme déterminée, et peut conséquemment passer d'une forme de gouvernement à une autre forme de gouvernement, de la monarchie héréditaire, par exemple, à la monarchie élective, de la monarchie à l'aristocratie, ou ô la démocratie, et réciproquement. Ces changements, quand ils s'opèrent régulièremtnt et légitimement, ne touchent en rien au principe de la monarchie, de la souveraineté.
« Mais quand seront-ils réguliers? quand «eront-ils légitimes ?» — Grande difficulté pratique, que ne peut résoudre ni le Souverain, ni le peuple, parce qu'étant tous deux parties intéressées dans le débat, ils ne sauraient être juges dans leur propre cause. L'Éghse, reprô-
par le fait du prince, le peuple serait exposé à perdre la vraie foi ; le cas oti les iureurs de sa tyrannie boulever.scraient tout l'ordre public et menaceraient la nation d'une ruine prochaine; et autres énormités de ce genre. Voir le développement de cette doctrine dans le magnifique opuscule de saint Thoiuas, de Regîmine principum.
sentée par le Saint-Siège, est le seul tribunal compétent qui puisse décider cette grande question ; seul, ce tribunal est investi d'une puissance supérieure à la puissance temporelle ; seul, il est indépendant et désintéressé ; plus que tout autre, à cause de son caiaclère religieux, il offre les garanties de moralité, de justice, de sagesse, de science, nécessaires pour une si auguste et si délicate fonction. Tel est, d'ailleurs, Tordre divinement établi, non dans l'intérêt personnel de l'Église, mais bien dans rintérêt général des sociétés, des Souverains et des nations. Le jugement de ces hautes questions de justice tombe, comme les cas de conscience particuliers, sous la parole immuable du Christ disant au Chef de son Église : o Tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les oieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cîeux. » Telle est la théorie catholique et véritable sur la souveraineté du peuple et sur les changements de gouvernement.
Il y a un abîme, qu'on le sache bien, entre cette doctrine et la souveraineté du peuple, telle que Fentend la Révolution, et telle, disons-le en passant, que les Constituants de 89 l'ont entendue. Suivant ces derniers, le peuple tire la souveraineté de lui-même et ne la reçoit
pas de Dieu ; il ne veut pas de Dieu et prétend se passer de lui. En outre, et comme conséquence de cette première erreur, il rejette TÉglise, et se prive ainsi du seul pouvoir modérateur que Dieu a institué pour lé protéger contre le despotisme et Tanarchie. Depuis que les rois et les pejuples ont rejeté la direction maternelle de l'Église, nous les voyons en effet obligés de décider leurs cas de conscience à coups de canon, par le droit sanglant du plus fort, et les sociétés politiques, malgré leurs prétentions au progrès, [marchent rapidement vers la décadence païenne. Au lieu de l'ordre, fruit de Tobéissance, il n'y a plus dans le monde que le despotisme ou l'anarchie, fruits de la révolte; la notion de la véritable souveraineté n'existe pour ainsi dire plus sur k terre.
« Tout cela peut être très-vrai en théorie; mais la pratique? » — Ce n'est pas la faute de la théorie, si elle est difficile à pratiquer; c'est la faute de la faiblesse et de la corruption humaines. Il en est de ce principe conoime de tous les principes de conduite; la théorie, la règle est claire, vraie, parfaite ; l'application parfaite est impossible, parce que la perfection n'est pas de ce monde; mais plus la pratique se
rapprochera de la théorie, plus on ser/a-dans le vrai, dans Tordre, d^ias^le bien.
Depuis longtenjp&. déjà les États temporels dédaignent la théorie* et. se conduisent Stelou leurs caprices ; ils oublient: et repousseat de plus en plus la direction divine de TÉglise et, comme Tenfant prodigue, ils s'éloignent chaque jour davantage de la naaison paternelle. Aussi le monde, égaré loin de Dieu, est-ili eu. révolution permanente, malgré des efforts., prodigieux pour arriver à l'ordre et contenir le mal. Si la société ne veut périr, il faudra que tôt ou tard elle revienne au principe catholique, au seul principe véritable de la souveraineté. Leibnitz, protestanty mais homme de génie, appelait de tous ses voeux ce retour des sociétés à la haute direction morale du Saint- Siège 3t de l'Église : « Je serais d'avis, écrivait- « il, d'établir à Rome môme un tribunal pour « juger les différends entre les princes et d'en « faire le Pape président, » (Op., t. V, p. G5.) Ce tribunal existe, il existe de droit divin, et immuable, bien qu'on le méconnaisse* Je le répète, il n'y a de salut que là^ « La Révoluce tion ne cessera, disait M. de Bouald, que « lorsque les droits de Diiiu auront remplacé « les droits de l'homme. ».
Api^elûA^f doaç d» tous nos. vcçux de cattg-
liqvô& et, 4e citoyens la^,conforiiut6 4^^ U pr^r tique, à la théorie, et, jusqu'à^ nouvel ordre, appliquons la théorie le moins. iraparf ai te.raei^t qu'il sera possible.
tt Mais ce système n'ouvre-t-il pas la porte à mille inconvénients? — . C'est possible; mais entre deux maux nécessaires il faut choisir le moindre.
En cas de conflit entre le Souverain et la nation, qu'arrive-t-il aujourd'hui ? qui l'emportera ? Sera-c(j le droit, la justice, la vérité ? — Oui, si la fo"rce aveugle se trouve nar hasard de ce côté. — Non, si, comme d'babitude, ellc) favorise le parti du mal. Dans les dftux car, c'est la guerre civile érigée en principe, sanglante et féroce, où le succès justifie tout, qui ruine et épuise toutes les forces vives de l'État.
Rien de tout cela dans le système cathohque^ où tout se passerait pacifiquement. Les deux partis plaideraient leur cau^e devant le tribunal auguste du Saint-Siège et se soumettraient à sa décision. Pas de sang versé, pas de guerre civile, pas de finances ruinées, etc.. Ne serait-ce pas désirable et bien beau?
J'admets volojatiers, vu 1^ corruption humaine,, qu'il y aurait, autour de ce tribunal
96 LA RéVOLtJTION
sacré, quelques intrigues, quelques misères regrettables; mais les inconvénients qu'entraînerait ce système seraient bien peu de chose en comparaison de ses avantages, et la haute influence de la Religion serait à elle seule une puissante garantie contre les abus. « L'Église, dit Bossuet, ne rassemble-t-elle pas tous les titres par où Ton peut espérer le secours de la justice?» D'ailleurs ce tribunal ne déciderait que d'après des principes certains, basés sur la foi, connus et acceptés de tous. La Révolulution, au contraire, n'offre aucune garantie ; elle ne connaît que le droit du plus fort; elle ne résout pas le problème social, elle ne fait qu'en reculer la solution.
« Mais, pour appliquer ce système, Jl faudrait que tout le monde fût catholique ! » — Certainement, et il est aussi désirable que tout le monde soit catholique, qu'il est désirable de voir appliquer aux sociétés civiles le système pacifique et religieux que nous venons de dire. Tout le monde doit être catholique, parce que tout le monde doit croire et pratiquer la vraie Religion. La Religion est la base du bonheur public aussi bien que du bonheur individuel, parce que Jâsus-Christ est le principe de toute vie pour les Etats, pour les familles comme pour les individus. ^ t
Je reconnais tout le premier que le système social catholique ne peut guère s'appliquer actuellement à nos sociétés, telles que les ont faites le protestantisme, le césarisme et la Révolution, et j'en conclus : l* que ces sociétés sont dévoyées et en danger de mort, et 2° que nous devons tous, si nous aimons l'Église et la patrie, user de toute notre influence pour remettre en lumière et en vigueur le vrai principe social.
(( Mais cette théorie n'a jamais pu être appliquée, même dans les siècles de foi. » — Elle ne l'a jamais été complètement, parce que les passions populaires et l'orgueil des princes ont été là; elle a cependant prévenu bien des guerres et contenu bien des excès, témoin l'avénement pacifique des Carlovingiens au trône de France; la répression de la tyrannie des empereurs d'Allemagne, Henri IV et Barberousse, etc. Dans les siècles de foi, il y avait, comme aujourd'hui, de mauvaises passions individuelles; mais le régime social était bon, et les trois sociétés, religieuse, civile et domestique, reconnaissaient leur subordination mutuelle et reposaient, malgré des désordres partiels, sur la pierre ferme de la vérité, de la Religion, du droit et de la justice.
gg I^ ^BVOLyTIQN,
Dans les si^ojes, â,^ foi, ohj n'a. pas pratiqué pai\*<iitement la. règle sociale; de môme que, dans les famille» les plus chrétiennes, ou ne pratique i^oïnt parfaitement tous les commandements de Dieu et les saintes règles de l'Évangile.
« Mais n'est-ce pas revenir au moyeu âge? »
-r Non pas ; c'est prendre dans le moyen âge ce qu'il y avait de bon pour nous Tapproprier.
Nous ne voulons pas le moins du monde, nous autres catholiques, changer de siècle et nous priver des conquêtes du temps; ce que nous voulons, c'est mettre à profit l'expérience du passé comme celle du présent, corriger la mal et le remplacer par le bien ; laisser de côté ce qui est défectueux pour garder ce qui est meilleur. Si c'est là revenir au moyen âge, rev,enons-y, (1).
(1) Fresque toutes les histoires ont altéré profondément la vérité sur les rapports du Saint-Sié^e avec les priu«es et les peuples. La conspiration de l'histoire contre l'Église et la Papauté est aujourd'hui un fait avéré. Beaucoup de redresselueuts historiques, dps à la bonne foi de la vraie science, ont déjà fait justice d'un grand nombre de ces calomnies. J*o>e renvoyer le lecteur à la magnifique Histoire générale de l'Église, de l'abbé Darras, à celle de l'abbé Robrbacukr, aux beaux travaux historiques de l'abbé Gorimi, et en$n à la Revue des questions historiques, qui se publie à Paris depuis quelques années.
!En Toilà assez, c^B noufe gembte;pottr*cl:âifiÈr la conscience d'tin lecteur impartial '«t pour montrer le rôle magnifityiïe deVÉglisfe dansl&s questions sociales et politiques.
Concluons. Il y a démocratie et démocratie :
l'une, vraie et légitime, professée de tout temps par rÉglise, respectant la sonteraineté qm.
repose sur elle et sur Dieu; Tautre, fausse et révolutionnaire, d'invention récente, qui méprise le pouvoir, insubordonnée, factieuse, n'enfantant que le désordre et les ruines. C'est la démocratie de 89, la démocratie moderne, qui méconnaît TÉgiise, et qui n'est, au fond, que la révolution sociale et le masque de l'anarchie.
Un chrétien, je le demande, peut-il être démocrate en ce sens-là?
■a RépaUliiae*
La Révolution a un attrait irrésistible pour cette forme de gouvernement qu'on appelle
100 ul révolution
république, et elle a une invincible antipathie pour les deux autres formes de gouvernement:
aristocratie et monarchie.
Il est certain cependant qu'une république peut n'être pas révolutionnaire, comme aussi une monarchie et une aristocratie peuvent l'être parfaitement. Ce n'est pas la forme politique qui fait passer un gouvernement dans le camp de la Révolution; ce sont les principes qu'il adopte et d'après lesquels il règle sa conduite. Tout gouvernement qui ne respecte pas en théorie et en pratique, dans sa législation et dans ses actes, les droits imprescriptibles de Dieu et de son Église, est un gouvernement révolutionnaire. Qu'il soit une monarchie héréditaire, élective ou constitutionnelle ; qu'il soit une aristocratie, un parlement; qu'il soit une république, une confédération, etc., il est révolutionnaire s'il s'insurge contre l'ordre divin; il ne l'est pas s'il le respecte.
Ceci posé, il est cependant curieux d'observer que la forme démocratique ou républicaine est la seule qui n'ait aucune sanction divine. Les deux sociétés directement constituées par Dieu ont reçu de sa sagesse paternelle la forme monarchique, tempérée, ou plutôt, fortifiée d*aristocratie; la famille est une monarchie où le père commande et gouverne en souverain,
mais avec l'assistance de la mère, qui représente l'élément aristocratique, et dont l'autorité est réelle, bien que secondaire. Quant aux enfants, élément démocratique, ils n'ont, dans la famille, aucune autorité proprement dite.
Il en est de même dans l'Église. L'Eglise est une monarchie spirituelle, fortifiée d'aristocratie. Le Pape est véritablement monarque religieux des hommes; mais, à côté de son pouvoir suprême. Dieu a établi le pouvoir de î'Épiscopat, qui est dans l'église le pouvoir aristocratique. Le peuple des fidèles, qui est Télément démocratique, n'a pas plus d'autorité que les enfants n'en ont dans la famille.
De ce double fait divin ne serait-il pas raisonnable de conclure que la démocratie n'est pas fille du ciel, et que la république, telle du moins qu'on l'entend de nos jours, a des accointances secrètes avec le principe fatal de la Révolution? a La Démocratie, dit Proudhon, définisseur non suspect, c'est l'envie; m ot, l'envie, selon Bossuet, n'est que a le noir et secret effet d'un orgueil faible. » Un mauvais plaisants disait naguère : « Démocratie, démonocratie I » C'est peut-être un peu vif, mais il pourrait y avoir du vrai. Ce qui est sûr, c'est que les républiques étant presque toujours de
102 LA RÊVOLUTIÛH
vraies pétaudières, tous les brouilloii&, tous hss avocats sans cause, tous i^ médecins sans clientèle, tous les bavards^ tous les ambitieux de bas étage y trouvent aisément leur compte, et le diable ne demande pas mieux que de pêcher en cette eau trouble. La république enfante invariablement ou l'anardiie ou le despotisme, et voilà pourquoi «!!« est si chère à la Révolution.
Chez nous, rexpérience l'a démontré josqu'à Tévidence. A trois reprises, la pauvre et folle France a essayé de la Républiqu«e : en 1792, la République est devenue immédiatement l'horrible Convention, avec la Terreur, aveclcTègne sanglant de l'échafaud, avec la banqueroute, avec la guerre civile, avec la destruction de la Religion, avec les folies et les cruautés du Directoire, avec la ruine publique ; en 1848, elle a enfanté immédiatement les massacres de juin et les menaces d'une affreuse Jacquerie; en 1870, elle a glissé immédiatement dans la Commune, dont le nom seul est synonyme de tous les crimes et de toutes les hontes. Au moment même où j'écris, elle creuse "scus nos pas Dieu sait quels nouveaux abîmes! Les deux premières républiques ont appelé, comme une conséquence fatale, le césarisme, le despotisnae impérial; et tout annonce que si Dieu n'y met
la main, la troisième nous vaudra pis encore» sans compter les horreurs prus&iennes d'une nouvelle invasion.
Sans proscrire absolument en elles-mêmes les idées républicaines, je conseillerais fortement à un jeune homme de s'en méfier beaucoup. Il risquerait d'y perdre les vrais et bons instincts de la foi et de l'obéissance, sans compter le danger fort sérieux d'y perdre la tête, comme cela est arrivé à tant d'autres.
A l'extrême opposé se trouve l'absolutisme royal ou impérial, autrement dit le césarisme, c'est-à-dire le pouvoir sans frein, sans contrôle ; je le crois, en vérité, plus fatal encore que la pire des républiques. La nation entière est, comme sous les empereurs païens, comme le peuple russe, à la merci d'un homme, et cet homme est armé de la toute-puissance.
Le césarisme est antichrétien et révolutionnaire au premier chef.
EAlOL
la Révolution sait qu'elle n'est au fond que
l'anarchie, et que Tanarchie fait peur ùl tout le monde. Pour dissimuler son principe et se donner des apparences d'ordre, elle se drape emphatiquement dans ce qu'elle appelle la légalité; elle ne fait rien qu'au nom de la loi. En 89, elle a miné l'ordre social, politique et religieux, au nom de la loi; au nom delà loi, elle a décrété, en 91, le schisme et la persécution; en 93, toujours au nom de la loi, elle a assassiné le roi de France, établi la Terreur et commis ces horribles attentats que chacun sait. C'est au nom de la loi que, depuis un demi-siècle, elle a fait la guerre à l'Église, au pouvoir, à la vraie liberté. Il ne sera donc pas inutile de rappeler brièvement ici la notion véritable de la loi.
La loi est l'expression de la volonté légitime du Supérieur légitime. Pour qu'une loi nous oblige en conscience, pour qu'elle soit vraiment une loi, il faut ces deux conditions essentielles : 10 qu'elle émane de notre Supérieur légitime, et 2o qu'elle ne soit pas un caprice, une volonté mauvaise et perverse de ce Supérieur. Voilà pourquoi j'ai dit une volonté légitime.
Quels sont nos Supérieurs légitimes? quand leurs volontés sont-elles des volontés légitimes? Double questCon pratique facile à résoudre.
Dieu seul est, à proprement parler, nolr^
Supérieur; si nous avons, sur la terre, ^ obéir à des hommes, c'est qu'ils sont investis par Dieu du pouvoir de nous commander. Dépositaires de Fautoritô de Duru, ils deviennent nos Supérieurs. Tout Supérieur sur la terre n'est donc qu'un délégué de Dieu, qu'un représentant de Dieu, et ne doit jamais imposer à ses subordonnés une volonté opposée à la volonté de Dieu. Ce principe est le fondement de toute loi.
Or nous avons sur la terre trois sortes de Supérieurs : le Pape et l'Évoque, dans l'ordre religieux ; le Souverain, dans l'ordre civil et politique ; le père, dans Tordre de la famille. Chacun est Supérieur légitime et a droit de nous commander au nom de Dieu, mais en observant, avant tout, l'ordre établi de Dieu. Cet ordre, nous l'avons exposé tout à l'heure : c'est la subordination régulière de la famille à l'État,' et de l'un et de l'autre à l'Église.
Donc pour qu'une volonté de mon père m'oblige en conscience, il est absolument nécessaire, mais aussi il suffit qu'elle ne soit pas évidemment opposée à une loi supérieure, c'est-à-dire à une loi de l'État ou à une loi de l'Église; pour qu'une injonction du pouvoir civil m'oblige à son tour, il faut et il suflQt qu'elle ne soit pas contraire à une loi, à une
106 hA RéVQlAlTION
direction de l'ÉgUse. Sans cette condition ii*dispensable, neus ne sommes pas tenus d'obéir, en conscienoe du moins; et, loin d*être une lei, cette injoaction n'est qu'un abus de pouvoir, un caprice tyi^annique, une violation flagrante et coupable de l'ordpe divin.
Quant à l'Église, sa garantie, par rapport à nous, repose sur la parole de Dieu même, qui l'assiste toujours dans l'exercice de son pouvoir. Elle a le privilège divin et incommunicable de rinfaillibilité dans tout son enseignement, de telle sorte que les nations, aussi bien que les individus, peuvent sans aucun risque s'abanaonner à sa conduite et recevoir ses directions. Écouter l'Église, c'est toujours écouter Dieu; la mépriser, c'est toujours mépriser Dieu : « Qui vous écoute, m'écoute; qui vous a méprise, me méprise. »
Or il n'y a aucun rapport entre la loi, la vraie loi, et ce que la Révolution ose appeler la loi. « La loi, dit-elle, est l'expression de la a volonté générale. » Non pas; la loi est l'expression de la volonté de Dieu, et la volonté générale n'est rien, ou plutôt est criminelle dès qu'elle est opposée à cette volonté divine promulguée infailliblement par l'Église catholique. Le doute n'est pas possible ici; c'est une question de foi et de bon sens.
LA RBYOLWTION- 10^
Dans rÉtat oésauden, la loi, la vraie lèi q^ui oblige eir»ccHiseieiice,ji*est pasncm'plHs l'expression de la \K>ionté du Scm^emn*; j'entends de sa volonté' capricieuse,, opposée' k }a volonté de Dieu, la Souverain idBs> Souverains: Le césarisme, o'est la domiiiatLoB autocratique et brutale de l'hommes supi'liomme. La loi césarienne^ n'est pas une loi; elle n?est souvent' qu'un' blasphème, qia' un* saerilége, déguisé en loi: La' loi n'est donc pas d'expression de» la- volonté' de rboname, indépendante de la volonté de' Dieu. -
Elle n'est pas davantage l'expression de la < volonté du peuple, om des représentante dtr peuple. Des n-atioos, comnae les individus, ont ' pour premier devod^r» de» demeurer soumises en ' toutes chLOses à la sainte' volonté de Dieu etaux enseignements de» son Église. Si la loi était ' véritablement l'expression de la volonté générale, cesserait le* suffrage» universel qui fabri- • querait la loi, non^^eulement avec le plus d'autorité, mais encore avec le plus de < "perfection'. Or, depuis quatre-vimgtâ ans, nous ne voyons * que trop, hélas ! ce qa'est • et ce< qu'enfante le sii£&:age imiversel^ invenAioa révolutionnaire; aveugle^ absurde, monstrueuse-, qui conduit aux abîmes, .et querPasilX appelatit naguère avec tant de. raisoni « le mensonge universéèr »'
Remarquons enfin, dans la définition de la loi par les hommes de 89, l'habileté perfide de l'incrédulité révolutionnaire : elle n'attaque pas de front le dogme catholique ; elle fait comme s*il n'existait pas ; et ainsi elle habitue les peuples et les Souverains eux-mêmes à se passer de Dieu, à se passer de l'Église, du Christianisme tout entier. C'est comme la religion de l'honnête homme, qui remplace soi-disant la religion chrétienne et qui n'est autre chose que l'absence complète de reUgion. L'athéisme social et légal date de 89. Il est très-réel, bien que purement négatif. Plus de Dieu, plus de Christ, plus d'Église, plus de foi, et à la place de tout cela, le peuple et la loi! Je regarde la loi, la légalité, telle que la Révolution nous la fait pratiquer, comme une séduction satanique, plus dangereuse que toutes les violences.
Il va sans dire que toutes les lois civiles et politiques, qui ne sont pas contraires aux lois et aux droits de l'Église, obligent en conscience* tous les sujets, les prêtres et les Évêques aussi bien que les autres citoyens. Dans le doute, l'Église seule, par l'organe des Ëvêques et du Souverain-Pontife, est compétente pour décider s'il faut obéir. Si, au contraire, la loi civile est évidemment contraire au droit catholique, c'est le cas de répondre avec les premiers disciples
du Seigneur : « Il vaut mieux obéir à Dibu a qu'aux hommes, n En d'autres termes, il faut savoir souffrir et mourir.
141 liberté.
Encore un masque qu'il faut arracher à la Révolution; encore une grande et sainte parole de la langue chrétienne, dont le génie du mal abuse à tout propos.
La liberté, c'est, pour chacun de nous, la puissance de faire ce qu'il doit faire, c'est-àdire ce que Dieu veut, c'est-à-dire le bien. La liberté absolue et parfaite n'est pas de ce monde ; nous ne l'aurons que dans le ciel. Sur ja terre, la liberté, la puissance de faire le bien, est toujours imparfaite.
Je suis libi^e, lorsque rien ne m'empêche de remplir mon devoir, tout mon devoir; et je suis d'autant plus libre que tout concourt autour de moi à me faire accomplir mon devoir, à me faire pratiquer le bien, à me faire exécuter en tout la sainte volonté de Dieu. Je ne suis pas libre lorsque quelqu'un ou quelque
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chose vient m'eiapècher de marcher dans cette voie.
Notre liberté est toujours plus ou moins imparfaite, parce qu'elle est toujours plus ou moins bornée par quelque obstacle provenant de rignorance ou de la perversité des hommes.
En religion, la liberté consiste à pouvoir connaître et pratiquer pleinement la vérité religieuse, c'est-à-dire, la religion catholique, apostolique, romaine. C'est, pour le Pape et les Évèques, la faculté pleine et entière d'enseigner et de gouverner les fidèles, et, pour ceuxci, de pouvoir leur obéir sans entraves. La vraie liberté religieuse n'est que cela. Dans l'ordre civil et politique, la liberté, c'est, pour les gouvernants, le pouvoir d'exercer tous leurs droits légitimes ; pour les gouvernants et les gouvernés, le pouvoir de remplir sans obstacle tous les vrais devoirs du citoyen. Toutes les vraies libertés civiles et politiques sont renfermées dans cette définition, du moins en ce qu'elles ont d'essentiel. Enfin, dans Tordre de la famille, la liberté, c'est, pour le père et la mère, la faculté d'exercer pleinement tous leurà'droits véritables sur leurs enfants et leurs serviteurs; et, pour tous, la puissance d'accomplir leur& devoirs respectifs. Tout est donc bon et saint dans la liberté, dans la vraie liberté; plus elle est complète et plus on est dans Tor-
LA REVOLUTION 1 1 î
dre : l'autorité elle-mêine n'est instituée que pour protéger la liberté.
Ceci posé y il y a trois manières d'entendre et de vouloir la liberté, pour les «ociétés aussi bien que pour les individus : 1» la liberté de faire le bien avec le moins d'entraves possible; 2^ la liberté de faire le bien et le mal avec une égale facilité donnée à l'un et à l'autre ; 3«> là liberté de faire le mal, en entravant le bien.
!• La première de ces trois formes constitue la vraie et bonne liberté, la liberté la moins imparfaite en ce monde, la liberté telle que DiBu la veut, et telle que l'Église, la réclame, l'enseigne et la pratique. Cette liberté relativemelit parfaite n'est pas une utopie, pas plus que la justice et les autres vertus morales, proposées aux hommes et aux sociétés par Dieu et par son Église ; ces vertus sont toujours imparfaitement pratiquées, mais elles sont toujours praticables et l'on doit tendre à les pratiquer parfaitement.
Ainsi en est-il de la liberté; plus nous avons de facilités pour faire le bien, plus nous sommes libres; et plus nous sommes libres, plus nous sommes dans Tordre et dans le vrai. Plus les pouvoirs de ce monde nous donneront de facilités pour bien faire, plus ils écarteront les
obstacles qui gênent la liberté, el plus ils entreront dans les desseins de Dieu, qui veut le bien en toutes choses, et, en toutes choses, repousse le mal. Et si Ton demande comment les pouvoirs humains pourront connaître avec certitude quels obstacles ils doivent éloigner pour protéger et développer la liberté, la réponse est bien simple : en ce qui touche Tordre religieux et moral, TÉglise les dbigera sûrement, comme nous le disions tout à l'heure; et, dans les questions purement temporelles et politiques^ une fois Tintérêt supérieur des âmes sauvegardé, c^s pouvoirs prendront, pour assurer la liberté du bien et comprimer le mal, toutes les mesures qui leur seront dictées par Texpérience et la raison.
2° La liberté de faire le bien kt le mal, la même protection accordée aux bons et aux méchants^ à la vérité et à Tendeur, à la foi et à Thérésie, telle est la seconde forme sous laquelle on peut concevoir la liberté. C'est ainsi que la conçoivent les libéraux.
* Je ne parle pas ici de ces impies qui demandent une égale liberté pour le bien et le mal, dans l'espoir de voir le mal triompher du bien ; j'entends les libéraux honnêtes et chrétiens, qui aiment l'Église, qui détestent le désordre et la Révolution, et qui appellent la lutte parce
qu'ils croient de bonne foi que le bien finira toujours par triompher.
Craignant sans doute d'efiaroucher les indifférents et les impies, ils font des concessions sur les principes et ils rejettent, comme imprudente et pernicieuse, la notiou pure et vraie de la liberté,, telle que l'Église catholique l'a toujours professée depuis dix-huit siècles, et telle que je viens de l'exposer en quelques mots. Ils quittent le terrain de l'inflexible vérité, la maison paternelle, pour courir après l'enfant prodigue, avec l'espoir de le ramener.
Ils se trompent : la vérité tout entière, la vérité seule est capable de nous délivrer du fléau révolutionnaire, « Veritas liberabit vos, » dit l'Évangile. Les libéraux me semblent manquer de foi et de courage, en abandonnant ainsi le parti de la sainte liberté ; de foi, parce qu'ils doutent pratiquement de la Providence de Jésus-Christ sur son Église et parce qu'ils acceptent comme un fait accompli l'inique domination des principes révolutionnaires dans le monde; de courage, parce qu'ils adoptent trop souvent les idées libérales afin de ne pas être regardés par le monde moderne comme des esprits rétrogades et absurdes, comme des utopistes, comme des hommes du moyen âge.
Us érigent en principe ce qui n'est qu'uiïa
nécessité de iransitiouy et ne s'aperçoivent pas que ce prétendu principe d'égalité entre le bien et le mal est aussi contraire à la foi qu'au bon sens. L'expérience de tous les jours n'estelle pas là poui* attester que, par suite de la corruption de notre pauvre nature déchue, nous sommes plus portés au mal qu'au bien?
N'est-ce pas là un fait incontestable et même un article de foi? Favoriser l'un comme l'autre> c'est nous exposer à une perte quasi certaine. Mettre la vérité en champ clos avec l'erreur, le bien avec le mal, la justice avec nos passions, c'est livrer la vérité à l'erreur, le bien au mal, la justice aux passions. C'est ce qui faisait dire à saint Augustin « que la lir berté de l'erreur était pour l'âme la pire dçs morts : Quœ pejor mors animœ quam Ubertits erroris ? » Et ce qui est vrai de chacun de nous, l'est encore bien plus quand il s'agit des sociétés. Nulle société ne peut servir deux maîtres, et le juste milieu n'est pas possible, quand il s'agit des principes.
« Mais alors, nous dit le libéralisme^ soyez donc logiques avec vous-mêmes, et ne demandez pas, comme nous le faisons tous, d'être mis sur le -même pied que nos adversaires. »
-* Nous ne demandons nullement cette éga*