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LA GUERRE A-T-ELLE AUGMENTÉ LES CHANGES DE LA VICTOIRE SOCIALISTE

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Pour tout socialiste dont la conscience n’a pas sombré dans la folie nationaliste, il est clair que la guerre mondiale a eu partout une arrière-pensée contre-révolutionnaire et anti-socialiste. Les chauvins et les nationalistes, les partis militaires de tous les pays guettaient l’occasion de noyer la marée montante du socialisme et de la démocratie dans la mer Rouge de la guerre des nations. La réaction internationale avait voulu, médité et préparé le carnage mondial. Et les chauvins pangermanistes n’avaient commis que la sottise impardonnable d’avoir mis, aux yeux des profanes et des foules mal informées, leur pays dans la mauvaise posture d’agresseur immédiat en tombant dans le piège de la mobilisation russe destinée précisément à imposer à l’Allemagne ce rôle odieux.

La réaction internationale a saisi avec joie , l’occasion de la guerre, espérant se débarrasser, par ce moyen héroïque, à tout jamais de l’Internationale rouge et de la lutte des classes aboutissant au socia-

lisme communiste. Aucune grande puissance se trouvant à la disposition des partis contre-révolutionnaires n’avait fait le geste, facile pourtant, d’arrêter au seuil de l’abîme la bestialité déchaînée. Car toutes les puissances militarisées et imbues des partis nationalistes, escomptaient une guerre courte et victorieuse qui ramènerait les masses indociles au bercail de la patrie. L’union sacrée, l’antidote de la lutte des classes, ne fut pas seulement l’effet, mais la cause initiale de la boucherie mondiale. Lisez, par exemple, Thucydide, le grand historien de l’antiquité, et vous verrez que la guerre extérieure a, de tout temps, servi comme moyen de diversion contre les luttes émancipatrices intérieures.

Or, on peut le dire maintenant, avec une certitude quasi mathématique : la réaction a manqué son coup. Malgré les tristesses et les difficultés de l’heure actuelle, il est certain que la guerre a créé partout une situation fondamentalement révolutionnaire. Plus d’une moitié de l’Europe se trouve aux mains du socialisme. Le reste suivra. La révolution est partout la réplique inévitable à la guerre stupide et criminelle. Ceci provoque cela. Il faut être étranger à toute réalité historique, comme un ministre au pouvoir, pour fermer les yeux à cette clarté du jour.

Mais, si la révolution suit la guerre, comme sa conséquence fatale, il reste encore à examiner, si les chances de réalisations socialistes ont augmenté ou diminué à la suite de la guerre atroce et destructrice. Nous croyons que le devoir le plus sacré d’un publiciste socialiste est de dire toute la vérité telle qu’il la conçoit. Nous savons qu’à côté des conditions favora-

.blés au socialisme, la guerre mondiale a fait naître des conditions défavorables. Mais, tout compte fait, il nous semble que, dans l’ensemble, les conditions favorables au socialisme dépassent les autres. La guerre mondiale nous a rapprochés de VEre socialiste.

En voici nos raisons bien pesées, bien mûries. Que le lecteur les examine à son tour et les vérifie à la lumière des faits qui lui sont connus.

Voici d’abord les faits d’ordre matériel qui, pour tout socialiste moderne, sont décisifs en entraînant, par voie de conséquence, les faits de tout autre ordre. La guerre, tout en détruisant criminellement d’immenses richesses, a perfectionné, développé, dans des proportions sans précédent, le mode capitaliste de production, base et condition de production socialiste. En effet, ce n’est pas Y exploitation capitaliste qui engendre le socialisme, comme une résultante, mais le mode de production mécanique et le fait de la concentration.

Or, le machinisme et la concentration ont considérablement gagné du terrain pendant la guerre. Nous aurions pu donner une très longue liste de la croise sance de la population industrielle dans un nombre considérable de villes : Paris, Marseille, Lyon, Bordeaux, Toulouse, Bourges, et tant d’autres. La guerre a vidé les campagnes et surpeuplé les villes, chacun peut se convaincre du fait.

Les forces motrices — vapeur et électricité — ont suivi la même progression. Voici des chiffres. Nous les empruntons au chef du « socialisme » de guerre, qui, avec M. Loucheur, fut le véritable organisateur

de la victoire (à la Pyrrhus, bien entendu). Nous avons nommé le citoyen Albert Thomas. Examinez ce tableau significatif au plus haut degré :

« Quant à la force motrice, elle représentait dans les établissements les augmentations suivantes :

Tulle . 740 Kw. 2.700 Kw.

St-Etienne ... 2.260 HP 6.i5o HP

Tarbes . 2.5oo HP io.5oo HP

Toulouse .... 35o HP 6.i5o HP

Puteaux . 45o Kw. i.4oo Kw.

Bourges . 600 HP 2.000 HP

Lyon . i.too Kw. 8.5oo Kw.

« A Roanne, les chaudières ne permettent la production que de 8.000 kilowatts, mais les génératrices électriques installées ont une puissance totale de i6.3oo kilowatts.

« Point n’est besoin de rappeler les productions énormes, tout à fait imprévues au journal de mobilisation, et qui ont été réalisées dans les établissements. »

(. L’Economiste Parlementaire du 3-VII-19.)

Ces exemples se laissent multiplier à l’infini. Les conditions techniques de la réalisation socialiste nous sont donc on ne peut plus favorables. Il ne reste qu’à arracher des mains des parasites et des destructeurs, les outils de la formidable production et, en les mettant aux mains des producteurs, à les atteler à l’œuvre de la vie féconde pour tous, de l’universel bienêtre.

La guerre a créé d’autres conditions favorables à la réalisation graduelle mais immédiate de la Société communiste.

7 juillet 1919.

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