‹ La révolution mondialeChapitre 12 sur 51 · CONDITIONS FAVORABLES AU SOCIALISME · texte numérisé non relu

CONDITIONS FAVORABLES AU SOCIALISME

Le grand développement de l’industrie mécanique pendant la guerre a eu comme résultat une double concentration : celle de l’outillage dans les usines et les fabriques et celle de la population ouvrière dans les villes eh les centres industriels.

La répercussion de ce fait considérable sur le mouvement ouvrier et socialiste ne s’est pas fait attendre. La C. G. T. et le Parti socialiste ont triplé le nombre de leurs cotisants, malgré les hécatombes sur les champs de carnage. Avant la guerre, les adhérents aux syndicats de la Confédération du Travail se comptaient par centaines de mille ; ils se comptent, aujourd’hui, par millions. Le Parti socialiste comptait ses cotisants par dizaines de mille ; il les comptera bientôt par des centaines de mille.

Nos considérations théoriques et doctrinales trouvent ainsi leur vérification et leur confirmation immédiates dans les faits accessibles à l’observation de tous. La doctrine marxiste peut défier toute critique. Les faits répondent toujours à son appel : présent ! Et cela avec plus d’empressement que tous les ja^ines du « socialisme » réformiste ne répondront à l’appel de M. Hervé, fondateur d’un parti fantôme, voué au Sacré Cœur et à Madelon...

Mais le capitalisme ne produit pas automatiquement du socialisme, ainsi que le semble croire Compère- Morel et ses amis de la France Libre (oh combien !). Le socialisme ne se fabrique pas à l’usine comme une charrue mécanique ou une plaque d’acier : il faut qu’il fasse appel à notre raison, à notre bon sens et à notre cœur. Il doit, avant de passer d?ans les choses, devenir une réalité humaine, une partie de nous-même.

Avant la guerre, pendant la période réformiste et électorale du socialisme, nous sommes arrivés à prononcer le mot socialisme du bout des lèvres, sans y mettre la chose elle-même. Et ce sont surtout les dirigeants du socialisme qui, sauf exception, se croyaient au-dessus des « chimères » qu’on plaçait dans les « nuages » ou, ce qui revient au même, dans les résolutions des congrès. Nos « réalistes » ne croyaient qu’aux « réformes » toujours promises et jamais réalisées, ni même réalisables dans les cadres d’un régime périmé. La guerre l’a confirmé, sans réplique possible.

Nous sommes arrivés à cette situation qui rappelle celle du christianisme d’avant, la Réforme : tout le monde était — ou se disait — chrétien, sauf les papes et les cardinaux qui, dans leur for intérieur, « savaient à quoi s’en tenir ». Nos papes — les ministres socialistes — et les cardinaux — les députés — sont, pour la plupart, des sceptiques qui considèrent le militant convaincu et fidèle aux principes comme une sorte d’attardé, comme un naïf.

La catastrophe socialiste du 4 août 1 9 1 4 en fut la conclusion logique et fatale. Le réformisme et Téléc-

toralisme systématiques ont mûri leur fruit naturel. Ce fut la dégringolade.

Cette faillite du « socialisme » opportuniste a fait la force du bolchevisme qui ne badine pas avec le socialisme et qui demande aux socialistes de ne pas avoir peur du socialisme et d’y croire pour tout de bon. M. Clemenceau dit : « Je fais la guerre ». En effet, il subordonne tout, y compris les intérêts permanents de la race — aux nécessités militaires. Lénine dit : a Je fais du socialisme ! » Et il subordonne tout aux nécessités de la Révolution sociale. C’est le premier gouvernement, • dans l’histoire politique, dont les chefs cherchent à réaliser au pouvoir leur programme de l’opposition. Voilà pourquoi on le traite comme l’ennemi du genre humain : il gâche le métier politique, fait de palinodies, de trahisons et de lâchetés.

La guerre obligera les socialistes du monde entier à prendre le socialisme au sérieux, car le socialisme est devenu une nécessité vitale. Nous démontrerons qu’aucun problème économique, financier et politique de la vie nationale et internationale ne saurait être résolu en dehors du socialisme intégral : le passage du pouvoir aux producteurs, la socialisation des instruments de travail et l’internationalisation du globe.

Page 1