LES CATAPLASMES REFORMISTES ET LA GUERRE MONDIALE
Nos médicastres réformistes sont inguérissables. Avec une suffisance remarquable qui dénote une insuffisance intellectuelle qui ne l’est pas moins, ils répètent les phrases d’avant-guerre : « action continue, effort quotidien, veillons aux germes d’avenir que contient la bonne volonté bourgeoise, participons, collaborons, etc., etc. ! » Ils ne s’aperçoivent pas, dans leur myopie étonnante, qu’ils ont à faire à un cadavre dont les « germes » sont plutôt morbides pour tout socialiste. Les plagiaires du grand Jaurès, qui gardent pieusement ses cendres réformistes sans pouvoir participer à sa flamme idéaliste et, malgré tout, révolutionnaire, sont aveugles à tel point qu’ils ne voient pas que la guerre — ce qui était à prévoir ! — enlève toute base réaliste à leurs illusions. Les révolutions sont devenues des réalités. Les réformes, dans les cadres des régimes périmés, restent des chimères et de dangereuses illusions, qui se maintiennent seulement parce qu’on n’est pas décidé à quitter la maison dorée bourgeoise disposant de vaisselles de luxe, mais absolument vides.
Ce ne sont pas de simples affirmations sans preuves. Empoignez de près les problèmes les plus importants de notre vie nationale et internationale, et vous verrez que nos candides réformistes, qui, d’ailleurs, pondent leurs œufs du jour dans les poulaillers bourgeois où ils devraient s’installer définitivement, sont
absolument impuissants à les résoudre à l’aide de leur camelote d’avant-guerre. Après avoir passé en revue les problèmes, on est obligé de conclure : Régime d’abord ! Le régime capitaliste, en entier, demande à être « réformé », dans le sens militaire du mot. Aucun cataplasme ne sauvera ce cadavre encombrant qui continue à empester notre atmosphère sociale.
Tout d’abord le problème des problèmes : celui de la paix durable, le primum vivere international. Selon leur mauvaise habitude, les réformistes se sont accrochés aux « germes » de la guerre d’abord, à ceux de M. Wilson ensuite. La guerre fut chargée de tuer la guerre. Et on a décidé d’y « participer », coûte que coûte, jusqu’au bout. Quand nous avions déclaré, au Congrès de Bordeaux (1917), qu’on ne guérissait pas la peste par la peste, il s’est trouvé un professeur majoritaire, le citoyen Turpain, qui déclarait doctement qu’on guérissait les maladies par les microbes de cette même maladie. En toute logique, il fallait donc nous inoculer un tsar ou un Guillaume, microbes de taille, pour nous guérir de la guerre... Turpain n’a pas été jusqu’au bout de sa logique.
Aujourd’hui nous sommes « au bout ». Et des réformistes, des consciencieux, comme Léon Blum, avouent dans V Humanité , que la guerre les a déçus, et qu’elle n’a pas donné ce qu’elle avait solennellement promis au monde — la paix juste et durable. Mon cher Blum, vous qui avez écrit des études d’une fine psychologie sur les jeunes filles, vous ne vous êtes pas aperçu jusqu’ici que la plus jolie fille du monde ne saurait donner plus qu’elle n’a !...
Cependant, la guerre n’est même pas une jolie
fille. C’est une vieille, très vieille mégère qui n’a jamais enfanté autre chose que des monstres. On en a compté plus de dix mille. Et c’est inévitable. Car chaque monstre portait dans ses flancs ensanglantés un héritier fait à son image. Chaque guerre clame : la* suite au prochain numéro ! Chaque paix, sous un régime de lutte de tous contre tous, n’est, qu’une trêve, un délai nécessaire pour préparer la prochaine boucherie plus atroce que la précédente. Même les mots : droit, civilisation, liberté deviennent des armes de guerre, empoisonnées, comme le serment de l’amour éternel dans la bouche d’un Don Juan : moyen de séduction !
Mais quand on est atteint de la maladie de la participation, on s’accroche aux « germes ». On épluche un traité de brigandage à la loupe pour y découvrir des « germes » de paix et de justice, pour pouvoir y placer sa petite utopie. Et l’on tremble à la seule idée de se trouver enfin seul, en tête à tête avec le socialisme tout court, en dehors de toute collaboration, de toute participation. Il y a des hommes qui sont nés pour le rôle de mouche de coche, et qui se sentent abandonnés et impuissants lorsqu’ils se trouvent dans la nécessité de faire face au régime qui les flatte et leur promet des satisfactions illusoires.
La guerre mondiale n’a pas pu assurer au monde une paix juste et durable. Elle fut, comme toutes les guerres précédentes, une chose complexe et malfaisante ; une diversion contre les luttes fécondes intérieures, un paratonnerre contre le progrès social, un instrument de réaction et de recul. Elle fut également une lutte des gros marchands pour la
clientèle mondiale, une bataille des usiniers pour les débouchés, des banquiers et fournisseurs pour le profit, des militaires pour la gloriole. Elle fut enfin une lutte gigantesque pour la propriété du globe. On tue pour voler, et Ton fait la guerre pour annexer des territoires. Au point de vue capitaliste , l'agression de l’impérialisme allemand fut légitime et dans l’ordre. Je conseille à M. Charles Maurras de couper le membre de la phrase : au point de vue capitaliste, pour faire dire que « l’agression allemande fut légitime ».
L’impérialisme allemand est le plagiaire de l’impérialisme interallié, son aîné.
Celui qui n’a pas encore compris cela, n’a jamais pensé et senti en socialiste ou meme en déterministe avisé qui sait lier les effets aux causes et qui ne juge pas les partis d’après leur phraséologie électorale.
La guerre mondiale doit marquer un retour aux idées fondamentales du socialisme international. En dehors du socialisme, tout est verbiage et illusion.
Nous arriverons aux mêmes conclusions pour les problèmes de la vie chère et des crises financières et économiques.
21 juillet 19x9.