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VERS LA TROISIÈME

La deuxième Internationale est vernie après l’écrasement de la Commune de Paris. Elle avait l’âme d’une vaincue, car elle craignait la Révolution prématurée. Elle faisait appel à la propagande, à l’organisation, au recrutement surtout par des moyens légaux. Comme l’élément anarchiste avec Bakounine avait été une des causes die la chute de la première Internationale de Karl Marx, la deuxième déclara une guerre au couteau aux anarchistes. Et comme il arrive toujours dans ces cas, elle fut .entraînée par la logique de cette bitte jusqu’à la politique du « péril à gauche » qui,

à son tour, la poussa tout naturellement de plus en plus vers la droite. Elle devint opportuniste, réformiste let, pour finir, nationaliste.

Un effort formidable de recrutement fut couronné d’un brillant succès. Les adhérents affluèrent par millions. Le terrain préféré du recrutement en masse fut celui des élections et de l’action corporative. C’est un terrain idéal lorsqu’il s’agit du nombre. C’est le terrain du moindre effort. En face des partis politiques bourgeois qui n’avaient d’autre programme que la misère à perpétuité ou lie recul vers le passé qu’on a assez vu, le parti socialiste fut le centre d’attraction naturel pour les masses exploitées et brimées.

Les avantages immédiats que procure toute action corporative de classe intelligemment menée provoquèrent l’affluence de millions de prolétaires dans les syndicats. Les coopératives ayant pour base le meme principe, des avantages palpables et directs eurent également leur part dans cette ascension des masses vers Le mieux-être, surtout dans les pays anglo-saxons et germaniques.

Ces progrès incontestables de la classe ouvrière eurent des conséquences multiples et bienfaisantes. Le prolétariat prit conscience de sa force et de sa dignité. Il inspira une crainte salutaire aux classes privilégiées qui ne respectent que la force. Et la classe ouvrière s’imposa de plus en plus, par sa croissance progressive et rapide, à ses adversaires de classe. Le socialisme, jadis bafoué, ridiculisé et persécuté, fut reconnu officiellement comme une des plus grandes forces sociales. On traita avec lui de puissance à puissance.

Et l’on a fini par chercher à l’attirer vers les régions enchanteresses du pouvoir et d;e ses petits et grands profits.

Comme parti, le socialisme fidèle à ses origines révolutionnaires résista à la tentation. Mais les « nouveaux venus » d:e l’époque bondirent. Ils étaient impatients de succès immédiats et tangibles. Et le pouvoir, même partiel, leur paraissait un moyen puissant, un levier pour soulever le monde. Peu à peu les vieux grognards à la Guesde-Vaillant auraient cédé leur place aux jeunes impatiences, aux gens pressés de réaliser — et le socialisme aurait tout paisiblement rejoint les grands mouvements historiques qui l’ont précédé : le christianisme et la Révolution de 89, c’est-à-dire qu’il aurait échoué dans les bras de l’Etat, providence des classes privilégiées. En embrassant le socialisme, l’Etat l’aurait étouffé comme il a étouffé l’Eglise primitive et la Révolution...

Mais la sottise et la barbarie de la réaction nationaliste et capitaliste veillaient. Elles ont déchaîné un ouragan de meurtre qui a fauché la fleur de la population et ruiné l’Europe. En s’alliant avec l’élément réformiste et opportuniste, quelques individualités égarées dans leur clan ne faisaient que tache rouge dans cette masse plus ou moins jaunâtre — la réaction nationaliste a tué la collaboration des classes et la participation au pouvoir bourgeois. Les masses commencèrent à voir clair. Elles ont compris que la tactique de la collaboration mène vers la culbute finale, vers lie massacre et la ruine. Elles commencèrent à se révolter contre le régime qui menace de transformer le monde en un vaste cimetière et un hôpital.

La deuxième Internationale s’est solidarisée, faute d’esprit révolutionnaire et étant préoccupée exclusivement du recrutement numérique, avec la guerre dont elle n’a pas compris les véritables origines et la véritable portée. Elle doit donc disparaître avec le régime. Elle a remorqué un cadavre : elle est condamnée.

Nos amis, les socialistes indépendants de l’Allemagne et de l’Autriche, et les amis de Longuet en France, veulent galvaniser ce cadavre. Ils demandent l’expulsion de Scheidemann et de Noske. Et leurs coreligionnaires dans les autres pays ? Les indépendants sont un peu égoïstes. Ils ne pensent qu’à leurs amis. Ils oublient les nôtres. Non, il ne s’agit pas des individus. Il s’agit des principes. Allons-nous recommencer la tactique opportuniste et réformiste, en la poussant vers ses dernières conséquences logiques, c’est-à-dire en écrasant avec les von der Goltz et les Foch les révolutions prolétariennes ? Où allons-nous nous solidariser avec le mouvement révolutionnaire de notre époque qui, malgré et contre tout aura le dernier mot ?

Serons-nous un Parti exclusivement électoral ou un Parti de la révolution sociale ? Si Haase et Hilferding et notre ami Longuet croient qu’on peut organiser la Révolution sociale avec des ministres présents, passis ou futurs de la bourgeoisie régnante, nous admirons leur noble candeur prédestinée au meme sort que l’autre.

Ne vaut-il pas mieux, dans V intérêt de tous , laisser les réformistes à leurs... illusions dont ils reviendront peut-être un jour s’ils ont V&me socialisée — ' et le socialisme %ux socialistes.

Laissez les morts enterrer les morts, et la IIe à Scheidemann et Noske, qui couronnent et résument une époque (1914-1919)...

i3 octobre 1919.

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