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LA SOTTISE NATIONALISTE

Le Bloc des Sots, des Malins et des Profiteurs triomphe stupidement et bruyamment. Ils ont chassé les socialistes des avenues du pouvoir. Et ils se sont chargés de garder tout seuls la caisse vide. C’est, eux seuls qui prendront la responsabilité du budget géant de vingt-cinq milliards, l’Himalaya des budgets. C’est eux seuls, sans le concours — et la complicité ! — des socialistes qui seront appelés à danser la danse des milliards autour du gouffre béant (200 milliards de profondeur). C’est Rothschild (Maurice de) avec son homonyme à tout faire qui aura pour mission de jeter dans la rue des centaines de mille de petits locataires à qui M. Vautour vient d’annoncer une « petite augmentation » comme récompense pour le harakiri du 16 novembre.

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Pour une bonne affaire, c’est une bonne affaire ! M. Vautour, aussitôt les résultats du suicide électoral du 16 novembre proclamés, fit appeler Mme Pipelet et, d’une figure rayonnante, lui tint à peu près les propos que voici : « Les Boches intérieurs sont battus, écrasés ! La Chambre est nettoyée. Personne pour proposer de nouvelles lois scélérates pour protéger les mauvais locataires — il y en a à tous les étages. Serrons la vis. Gonvoquez-les par fournées ! Notifiez-leur que le propriétaire est à bout de patience. Il a assez tenu pendant la guerre, plus solidement et plus héroïquement que les poilus aux tranchées. C’est le tour aux locataires qui se payaient ma tête pendant cinq ans au lieu de payer leur terme, c’est le tour à ces gens-là de tenir leurs engagements. Et pour me récompenser de mes peines, dites-leur que j’ai l’honneur d’augmenter les loyers de cent pour cent. C’est mon tour d’être bolchevik. Aux récalcitrants, la notification des congés en due forme, pour la date du i" avril. »

Mme Pipelet, humble et obéissante, a été de ce pas notifier aux locataires convoqués et ahuris la volonté du Maître. C’est à prendre ou à laisser. L’augmentation ou la rue ! Pas de choix.

C’est ainsi que des centaines de mille, même des millions de locataires de Paris et de la province, ont appris les résultats des élections du 16 novembre : les socialistes sont battus, bien battus ! A bas les Bolcheviks ! Ces sauvages (expulsent M. Vautour au lieu d’expulser des locataires. Ce sont des sauvages vous dis-je...

Ce n’est pas tout. Le maréchal Foch, le père de la patrie (M. Clemenceau en est le grand-père) celui-là même qui avait écrit dans son œuvre classique : la Direction de la Guerre : « Ce ne sont pas les soldats, ce sont les généraux qui gagnent les batailles », après avoir appris les résultats du clairvoyant vote du 16, a envoyé aux armées d’occupation (coût : 7 milliards par an) un ordre du jour dont l’Histoire se souviendra longtemps. Par un sans-fil personnel j’ai appris sa teneur approximativement :

« J’en ai assez, écrit le maréchal, de Noske et de von der Goltz qui, décidément, se payent ma tête en me promettant d’écraser les bolcheviks russes et germains. Noske et von der Goltz sont des Boches. Et tous les Boches sont des menteurs.

« Avant les élections, ils ont compté sur leurs amis, sur les Longuet et les Mayéras. Aujourd’hui, c’est fini. Je leur retire les troupes que je leur ai laissées pour le bon motif. Après avoir perdu les troupes socialistes de France, ils seront privés aussi des autres.

« Il me faut le Rhin, frontière de sécurité naturelle. M. Clemenceau, cette fois, ne me traitera plus de... Il marchera. Ou je le ferai marcher à l’aide de ma nouvelle majorité. La guerre a fini deux ans trop tôt. M. Gustave Hervé lui-même, mon meilleur élève en stratégie, l’a écrit. (Il est vrai que comme gardedrapaau, il ne vaut rien. Mais c’est du passé !...) Il nous faut une nouvelle guerre avec l’Allemagne, une guerre fraîche et joyeuse.

« Occuper des territoires — et non seulement des territoires ! — c’est rien : il faut les prendre d’assaut, les violer si l’on résiste. Nous avons remporté une bril-

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lante victoire sur les Bolcheviks. C’est lie tour des Allemands. En avant ! J’ordonne à la lourde artillerie de passer le Rhin (près de Kehl). Le reste de l’armée suivra. »

Et c;e n’est pas tout. La parole est à M. le Ministre des Finances, le successeur de M. Klotz. Celui-ci est décidément, trop bête ! Et le grand argentier sans argent adresse à la nation l’allocution très patriotique que voici : « Nous sommes vainqueurs, Messieurs, tout se paye, surtout la victoire à la Pyrrhus. Le franc dégringole. Il sera bientôt au niveau du mark ou de la couronne. Vous connaissez les raisons ou la raison : cinq ans de guerre. Pas de paix. 200 milliards de dette. Expédition en Russie. Pas de crédit.

« Les Américains sont mécontents. Les Italiens, les Serbes, les Roumains, les Polonais, les Tchéco-Slovaques et les autres alliés ne sont pas contents non plus. 4o milliards de billets de banque (contre cinq milliards et demi d’or en France et à l’étranger) sans compter les 35 milliards de Bons de la Défense nationale à échéance. Pas d’impôt sur le Revenu (voir Caillaux). Il nous faut au moins trente milliards de nouveaux impôts. La Cigale a assez chanté la gloire. Il s’agit maintenant de danser... »

Et ce n’est pas fini. Les socialistes sont réduits à la portion congrue. Les bourgeois seuls se chargent de notifier au monde la faillite totale de teur régime. Je commence à croire que la bourgeoisie a boche » est plus intelligente que la nôtre. Elle a nommé comme syndics de sa faillite des « socialistes » : Noske, Bauer et Sudejnim...

Vive le 16 novembre !

8 décembre 1919..

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