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LA BÊTISE AU POUVOIR

On appelle imbécile soit un homme qui fait le contraire de ce qu’il veut ou doit vouloir, soit un individu qui emploie les moyens contraires au but proposé. A ce titre-là, nos nationalistes lies plus sérieux et les plus sincères sont de parfaits... niais. Car sous prétexte d’aimer leur pays, ils le détruisent et le ruinent. Dans tous les pays, Le nationalisme, c’est la bêtise (ou l’ignorance) déguisée en une politique qui se croit très forte, machiavélique même.

Je me rappelle avoir vu, aux premiers jours sinistres d’août 1 9 1 4 , voltiger et bourdonner autour de moi tous les moucherons de l’Elysée et de l’Intérieur ( Malvy régnant) s’écriant dans leur extase nationaliste : « jamais l’occasion (de faire la guerre) n’a été aussi bonne ». Ni eux, ni Leur état-major ne comprenaient ce qu’est la guerre moderne et quelles en seraient fatalement les conséquences. Ils se préparaient pour une guerre « fraîche et joyeuse » de trois, quatre mois (ainsi que de l’autre côté de la barricade). Et voici un souvenir personnel curieux :

Un académicien-ministre, d’ailleurs un homme très distingué et très fin, m’aborda, un des premiers jours de la guerre avec la question que voici : a Combien les Cosaquies mettront-ils de temps pour venir à Berlin ? » Ahuri, j’ai répondu : « Divisez les quelques centaines de kilomètres qui séparent la frontière russe de Berlin par 20 ou 25, l’étape d’un jour, et vous aurez le nombre de jours. » Il est vrai que j’ai ajouté : « Si on ne les arrête pas en route... » Mon

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académicien semblait avoir pris ma réponse au sérieux.

Pendant quatre ans, les nationalistes de tous les pays se trouvaient dans une sorte de délire, n’entendant et ne voyant rien de ce qui se passait autour deux. Avec un acharnement de fous, armés des armes les plus formidables, ils travaillaient à la destruction et à la ruine de l’Europe.

Revenons un peu en arrière, à la politique d’avantguerre. Car la guerre n’est que la continuation brutale de la politique, d'une politique déterminée. Pour se venger des radicaux et des socialistes qui, dans la fameuse séance de 1’ « illégalité » avaient brisé sa carrière ministérielle, M. Briand, avec la suprême habileté qu’on lui connaît, fit un Président de la République à l’image nationaliste, en s’assurant à luimême du même coup, une présidence du Conseil. Ce jour-là, tous ceux qui voyaient plus loin qu’un portefeuille ministériel, savaient que la guerre était décidée.

Cela ne disculpe ni le régime capitaliste, ni la bande à Guillaume qui logèrent à la même enseigne. Pour qu’un « accident » produise- son effet, disait Montesquieu, il faut que les causes générales s’y prêtent. Les causes générales ont besoin pour se manifester de conducteurs individuels appropriés. L’impérialisme mondial avait besoin d’un Guillaume, d’un Nicolas et d’un Poincaré pour produire tous ses effets naturels. L’électricité exige, pour se décharger, un milieu favorable.

Le Crime des Crimes fut accompli. C’était fou. Mais ce qui se passe depuis le n novembre 1918 est

tout simplement bête à faire pleurer. Contrairement à l’attente, même des patriotes les plus optimistes, l’impérialisme allemand s est effondré soudainement et lamentablement. Et cela grâce au concours de M. Wilson, de Lénine et des marins allemands révoltés de Kiel. Après quatre ans de massacres et de ruines, on n’avait qu’à déclarer la paix au monde en se remettant le plus vite possible au travail et en s’appliquant à panser ses blessures atroces. Or, les nationalistes mirent à exécution, pour leur propre compte, le programme de l’impérialisme allemand qu’ils prétendaient combattre au nom de la noble devise : « Plus jamais de guerre ! » Ils ont livré les destinées du monde aux militaires qui n’ont rien appris de la guerre mondiale et surtout rien oublié de la vieille conception de la grandeur nationale mesurée au nombre des kilomètres carrés conquis à l’ennemi.

C’est Brennus et Guignol qui ont tenu la plume à Versailles en marchandant à la noble candeur de M. Wilson une simple déclaration de principes pacifistes qui, en réalité, n’engage personne, M. Wilson était condamné d’avance parce qu’il agissait sans tenir compte de la volonté des véritables maîtres : la ploutocratie américaine et européenne. Toute opposition était donc superflue. Mais cette résistance à Wilson a coûté un temps précieux. Et le monde continuait, la France en tête, à se ruiner.

On connaît les résultats. La dégringolade du franc et le pain chier ne sont que les premiers symptômes d’une crise effroyable imminente. Une vague de misère nous menace.

On cherche, en ce moment, la matière imposable qui serait susceptible de donner le maximum de rendement. Cette matière est tout indiquée. C’est la bêtise nationaliste. Je crains seulement pour mon ami Gustave Hervé. Il risque d’être le contribuable le plus imposé de France et de Navarre.

xi décembre

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