NOUVELLE ÈRE? NON NOUVELLE MÉTHODE ? OUI
Habemus Pontificem.
Nous avons un nouveau père de la République qui n’est pas le père de la Victoire à la Pyrrhus. Le nouveau-né assez âgé d’ailleurs, nous excusera si nous livrons au public le secret de Polichinelle à savoir que l’intérêt palpitant de l’électiôn du 17 janvier ne réside pas dans la personne du nouveau président, mais dans le changement de l’orientation gouvernementale qui s’ensuivra inévitablement.
T.e socialisme n’a aucune raison d’exulter. M. Clemenceau a été renversé par la Chambre la plus réactionnaire que ce pays ait vue. Ce n’est pas une élection : c’est, un parricide. Car M. Clemenceau fut son père. C’était sa seconde victoire à la Pyrrhus. Et les
raisons P Lisez M. Buré, le plus impérialiste — des « dissidents ». Ce représentant le plus talentueux et le mieux informé de la réaction intégrale, vous expliquera, avec « preuves » à l’appui, que M. Clemenceau est l’auteur d’une mauvaise paix. Le Tigre n’a pas dévoré l’Allemagne tout entière. L’Allemagne respire encore. Donc, M. Clemenceau avait trahi la France et M. Charles Maurras. En effet, il n’avait pas pul- A'érisé l’Unité allemande et par contre il avait maltraité le Maréchal. Il n’a appliqué à M. Wilson que l’euphémisme de a noble candeur » au lieu de le traiter, à la Daudet, de « maboul » et de traître. M. Wilson avait fait son œuvre, et il peut s’en aller — à Charenton.
Ce n’est pas le Clemenceau de Villeneuve, de Métivier, de Narbonne, de la guerre folle et exterminatrice, de « Vive la France et mort aux Français » que la Chambre et le Sénat ont fait battre. C’est le complice de Tardieu, de « la paix douce pour les Boches », de la paix qui ne paye pas qui a mordu la poussière. Donc, pas de raison d’ « illuminer » suivant le conseil de la folie devenue journaliste. J’ai nommé M. Gustave Hervé, porte-drapeau du Bloc National.
Mais les conséquences de la chute du Tigre n’en seront pas moins importantes. La méthode de la violence brutale et franche a fait, pour le moment , son temps. Elle cède la place à la ruse. Le Tigre passe « la main », si je puis m’exprimer ainsi, au Bénard. Cartouche est remplacé par Ulysse. Ce n’est pas Alexandre Millerand qui gouvernera. Ce sera Aristide Briand.
Disons tout de suite que c’est le moindre mal,
M. Millerand est autrement dangereux que M. Clemenceau. C’est l’homme à l’ambition froide, l’auteur de la loi canaille sur l’envoi des « défaitistes », avant la lettre, aux Bat. d’Af., l’homme à tout faire des Congrégations, le tombeur de M. Combes, celui-là ;môme qui a traité de « régime abject » le seul ministère vraiment républicain de la Troisième république, le défenseur du chef de l’artillerie (« nous avons trop de canons ») et de tous les généraux de sacristie et de... Limoges, l’homme de la Séparation « retouchée » (toujours selon la démence faite journal que les imbéciles lisent en toute confiance).
Le « Parti » républicain, aux heures les plus sombres, n’a pas osé lâcher ce parfait arriviste sur le peuple de France, malgré sa réputation évidemment surfaite de bon administrateur et de travailleur acharné. Il est surtout le laquais de la réaction intégrale, l’auteur des Retraites Militaires qui étaient l’arme la plus redoutable dans les mains du parti pahgermaniste et qui ont contribué puissamment à Y « Union sacrée » des militaristes pur sang et des social-démocrates majoritaires, traîtres au socialisme (comme ceux de chez nous).
Le 17 janvier a porté un coup mortel aux ambitions morbides — et mortelles pour la République — du collègue « socialiste » du général Gallifet .
Ce sera M. Aristide Briand qui gouvernera. On connaît la manière de ce Capus (d’avant le massacre) de la politique. Il obligera tout le monde à s’embrasser. Il pansera les blessures qu’il a portées lui-même. Il sera l’infirmier souriant et charmant de ses victimes. Il offrira son portefeuille, en guise de conso-
laiion, à M. Millerand lui-même qui n’acceptera pas. (Il lui faut coûte que coûte une présidence.)
Gomme il en est déjà à son deuxième président de la République, Briand couronnera son œuvre par un nouveau coup de maître. Il composera un ministère avec le concours des « socialistes » réformistes. Il rendra ainsi un réel service au Parti socialiste (ou communiste) en le débarrassant de son poids mort réformiste.
Briand, peut-être, sera assez habile pour comprendre les conséquences tragiques de la politique insensée et criminelle pratiquée par les Alliés envers la Russie révolutionnaire, une politique qui déshonore et ruine la France et le monde.
Mais les petites et les grandes habiletés des gouvernants de demain ne changeront rien à la situation révolutionnaire actuelle. L’Ancien Régime social a vécu. Il est plus facile de tuer un Tigre que de galvaniser le cadavre d’un régime qui a sombré dans le sang et dans la boue. Camarades, les heures sont graves. Travaillons pour la Révolution mondiale inévitable, pour la Troisième !
' 19 janvier 1920.