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RECONSTRUCTEURS-DESTRUCTEURS

Un dicton latin dit qu’on ne discute pas avec des gens qui ne sont pas d’accord sur les principes. Appliqué à nos discussions tactiques, on peut affirmer qu’il est totalement inutile, en ce moment, de discuter avec les majoritaires (ancien régime de guerre), ils sont morts, sinon enterrés. Thomas (Albert), leur chef, s’est réfugié dans un fromage doré où les classes collaborent à la conservation capitaliste. Renaudel divague sur l’Unité — avec Renaudel. Les dissidents mangent. dans la main du Bloc National et alimentaire.

Les malins s’apprêtent à quitter le vaisseau majo- J ritaire en détresse. Leur planche de salut c’est la « reconstruction » de l’Internationale par les amis du Populaire .

On ne salue plus en public la « Deuxième » comme une personne par trop compromettante tout en la chérissant, soit par habitude, soit par faiblesse, soit même par intérêt, dans l’intimité du cœur et de l’esprit...

Nos amis du Populaire , ces éternels maris complaisants, ferment obstinément les yeux. Ils déclarent sans rire qu’un chemin tortueux et diaboliquement compliqué est le chemin le plus court menant à « la Troisième ». En stratèges consommés et clairvoyants, nos « Reconstructeurs » préconisent que le meilleur moyen de diriger les masses c’est de cacher soigneusement le but exact vers lequel on se dirige. Après avoir quitté — en esprit — « la Deuxième », ils préfèrent rester en panne, en route vers la Troisième. La place entre deux chaises — entre deux internationales — leur paraît incarner la sagesse idéale.

Quand on veut tuer son chien, on le dit enragé. Quand on veut éliminer un adversaire, de sa tendance », on le dit « anarchiste » ou « hervéiste ». Cela fait frémir le philistin qui est le nombre. Et il faut être « nombreux », dit Paul Faure, que, franchement, je croyais plus fort.

Si ce moyen classique ne suffit pas, on fait appel à l’état civil et on déclare carrément à son contradicteur qu’il n’a pas l’âge de raisonner en socialiste. L’Etat bourgeois mobilise pour la mort depuis la classe dix-neuf. Depuis quelle classe, mes chers Majors du Populaire, allez-vous mobiliser pour l’interna-

tionale Troisième ? Allez- vous, par hasard, pour être équitable, demander des papiers d’identité à ceux qui se prononcent pour la « Reconstruction » ? L’ami Laîné, l’actif secrétaire des Jeunesses Socialistes, estil plus âgé que Boris Souvarine P Allons-nous décider de notre tactique de combat à la mairie (guichet : naissances) ?

Tout cela n’est pas sérieux. Des problèmes redoutables sont posés par les événements qu’on sait dans le monde entier. Ils méritent une étude approfondie.

La première Internationale fut, par ses promoteurs, « un petit corps possédant une grande âme » communiste. Elle ne s’est pas faite toute seule, et en un seul jour. Elle discutait passionnément sur la tactique. Proudlioniens et anarchistes essayèrent de tirer toute la couverture à eux. Marx pratiquait ce qu’on peut appeler l’opportunisme pour la Révolution. Partisan de la dictature du prolétariat, il était, en fait, plus que Bakounine, l’ennemi juré de toute dictature personnelle, jouet favori de tout esprit petit bourgeois. Il n’imposait pas ses idées : il les exposait et il les proposait, sûr d’avance, que l’histoire fera mûrir la poire, pour parler comme Saint-Simon, le précurseur de Karl Marx.

Mais jamais Marx n’abritait sous son drapeau rouge des éléments douteux et équivoques. Il exécutait impitoyablement toute confusion doctrinale. Il marquait, toujours clairement le chemin droit , la direction nette et claire où le prolétariat doit s’engager en méprisant criailleries, insultes, calomnies. La première Internationale est tombée, mais elle ne fut pas déshonorée. Son esprit révolutionnaire et communiste lui a sur-

'écu. Nous sommes fiers de la première Internationale qu’on n’étudie pas et qu’on ne connaît pas — hélas ! — suffisamment.

Tel ne fut pas le cas de la Deuxième. Elle a débuté glorieusement, car, dès le début, elle s’est débarrassée, sous l’influence marxiste, de fatras idéologique et utopique cher à Proudhon et aux possibilités à la Paul Brousse. Mais son rôle de sergent recruteur prolétarien l’a mené trop loin dans la voie opportuniste. Elle a sacrifié la qualité socialiste à la quantité électorale. Comme Paul Faure, elle voulait être, avant tout, « nombreuse ». Elle a creusé un abîme entre sa théorie révolutionnaire et lutte de classes et sa pratique réformiste et collaboration des classes.

Le 4 août igi4 fut le couronnement de cette attristante équivoque et double. Ce fut l’écrasement, la faillite. La collaboration des classes est devenue « Union sacrée ». La Deuxième est morte déshonorée. Ses chefs, survivants pour la plupart, sont et demeureront dans le camp ennemi et grassement rétribués. Leur Noske-Gallifet fait de « la collaboration » en mitraillant les prolétaires révolutionnaires et en mettant le bâillon sur la presse socialiste indépendante. Les Noske en herbe des autres pays attendent leur heure — qui, tôt ou tard, sonnera — pour suivre l’exemple d’Ebert-Scheideman-Noske.

Amis du Populaire, comment ne voyez-vous pas de quels éléments vous faites le jeu, sans le vouloir? Tous les gens compromis dans la Deuxième se pendent à vos basques et vous entraîneront dans leur propre chute.

L’heure n’est pas aux équivoques. Dans les luttes à

mort contre le régime de massacre et de misère, l’ennemi n’est pas 1* « anarchiste », qui a la même haine du régime capitaliste, la même passion communiste que nous et qui saura mourir, au besoin, à côté de nous. L’ennemi est à droite. L’ennemi le plus dangereux n’est même pas le capitaliste compromis, vidé, démasqué, condamné, mais son « collaborateur » «à étiquette socialiste qui jouit encore, grâce à l’Unité, d’une part notable de confiance populaire. Ce « collaborateur », ce dissident, ancien ou futur, hait tout ce qui est profondément, sincèrement socialiste. Il sabote le socialisme. Pour le capitalisme qui paie bien, il n’a que des sourires. 11 se servira de toute hésitation, de tout accident de route, du train-tortue de la « Reconstruction » pour écraser la Troisième, la seule honnête, la seule sérieuse, en œuf.

Reconstructeurs, méfiez-vous de vos alliés de droite. Ils détruiront toutes vos « reconstructions », laborieuses et éphémères...

g février 1920.

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