‹ La révolution mondialeChapitre 32 sur 51 · LA FOLIE INTÉGRALE · texte numérisé non relu

LA FOLIE INTÉGRALE

Iv’atmosphère de notre politique intérieure est nettement assainie.

{La Semaine Financière du 7-11-1920.)

Nous allons à une révolution financière dont on ne saurait calculer les répercussions, car elle sera grave pour tous les peuples.

(M. Pierre Veber, du New-York Herald.)

MM. feu Iswolsky, Delcassé, Poincaré, Clemenceau, Millerand et Compagnie ont bien mérité de la Révolution sociale mondiale. Ils ont d’abord, par leur politique nationaliste et impérialiste, contribué puissamment au déchaînement de la guerre capitaliste mondiale, prélude fatal de la Révolution mondiale. Depuis le 11 novembre 1918, tous les gouvernements alliés, mais surtout celui de France, emploient un zèle extraordinaire pour aggraver la situation, déjà assez insupportable.

L’armistice est devenu une préface aux nouvelles guerres dont la stupidité, au point de vue des intérêts des peuples, saute aux yeux. On aurait dit qu’ils se sont donné comme tâche de détruire la thèse chère aux social-patriotes (ou social-traîtres) du monde entier : la légitimité de la défense nationale contre l’agression allemande. Depuis le 11 novembre, il ne pouvait plus être question d’une agression des Etats vaincus. Ce sont les vainqueurs qui sont devenus des agresseurs. Les phraseurs qui, pendant quatre ans, nous ont rabattu les oreilles des mots : Droit, Justice,

Paix, libre disposition des peuples, se sont jetés sans aucune nécessité dans une guerre contre-révolutionnaire sans fin.

Cette guerre supplémentaire, véritable guerre de classes, a achevé la ruine de la Pologne, de la Roumanie et... de la France. La mégalomanie nationaliste n’avait vraiment pas besoin d’être encouragée surtout en Pologne, où, -exaspéré par un siècle et demi d’oppression tsariste et austro-prussienne, le sentiment nationaliste touche au délire. Les Alliés armèrent le clergé, l’aristocratie et les capitalistes polonais en les précipitant dans une guerre sans issue. On leur a dit : « Nous vous avons donné la liberté et l’indépendance pour que vous deveniez des esclaves de la contre-révolution mondiale. » Les contre-révolutionnaires polonais, aidés par les social-patriotes, ne demandèrent pas mieux. Ils se jetèrent, tête baissée, et les yeux fermés, dans l’aventure contre-révolutionnaire la plus extravagante.

Aucun pays, pas même le Nord de la France, ne fut aussi ravagé par la guerre que la Pologne. Au lieu de hâter fiévreusement l’œuvre de la reconstruction, les Alliés, avec une inconscience sans précédent, ont commandé à la mort et à la ruine de continuer leur besogne sinistre. Les effets ne tardèrent pas à apparaître. Comme les empires centraux vaincus et ruinés, les Polonais « vainqueurs » sont en train de mourir de faim et de froid au chant d’hymnes patriotiques et au son des musiques militaires affolantes.

La Roumanie subit le même sort. Elle se meurt de l’indigestion des vastes territoires absorbés, mais non

digérés. Son lei valant, avant la guerre, un franc environ, est tombé à un taux dérisoire. La « victoire » a achevé sa ruine.

Et la France ? Le « banquier du monde » (malgré la perte, en 1870, de l’Alsace-Lorraine) est devenu le mendiant du monde (malgré l’Alsace-Lorraine reconquise). L’échéance du mois de janvier 1921 — une bagatelle d’une cinquantaine de milliards selon le cours actuel — affole le marché américain. Notre échéance en Espagne — qui l’aurait cru, qui l’aurait dit il y a dix ans P — n’est pas moins inquiétante.

Et nous ne savons qu’une minime parcelle de la macabre réalité. Notre ministre des Finances, le Marsal Fauché, le Custos (gardien en latin) des coffres-forts capitalistes, profiteurs de la guerre, et de YEcho de Paris (G. Q. G. de la Réaction intégrale) est appelé par M. Millerand pour reviser les projets des impôts sur les bénéfices de guerre. Les profiteurs français, surpatriotes en paroles, n’ont payé qu’un milliard et demi au Trésor tandis que les profiteurs anglais ont prélevé de leur moisson rouge, de leur or gagné dans le sang et dans la boue, une vingtaine de milliards. Les capitalistes français ne pratiquent pas le patriotisme financier, le seul qui coûte. Leurs capitaux s’embusquent : ils suivent l’exemple de leurs propriétaires.

Rien d’étonnant que, au milieu du désarroi et du gaspillage insensé, le coût de la vie monte avec la même rapidité que le franc baisse. Partout ruine, faillite, misère, grincement de dents. Le vieux monde roule vers l’abîme à la vitesse de 5oo à l’heure.

Et nos braves Reconstructeurs, avec une perspicacité sans égale, ont choisi ce moment pour refuser un geste clair et net d’adhésion et de confiance à la Troisième qui ne demande au prolétariat mondial, en souffrant mille misères et se faisant massacrer pour nous qu’une seule chose : « Profiter d’une situation révolutionnaire inouïe pour hâter, selon la résolution de Stuttgart, la fin du régime capitaliste. »

Il ne s’agit pas — les « Reconstructeurs )) le savent — de faire la Révolution sur mesure et sur commande, à une date fixée d’avance. Il s’agit seulement d’en finir avec le crétinisme opportuniste qui, sous prétexte de prudence, nécessaire et légitime, ne prépare rien, ne prévoit rien, sabote toute l’idée révolutionnaire. Les braves « Reconstructeurs » traînent derrière eux le boulet de la trahison opportuniste et nationaliste. Ils préfèrent se suicider que lâcher leurs frères de chaîne qui, pendant les premières trois années de la guerre, les tenaient à leur merci et qui, au fond, les dominent encore aujourd’hui.

Que les camarades réfléchissent. Les événements qui se préparent rendront ridicules les hésitations des camarades bien intentionnés, mais qui n’ont pas pu se débarrasser de leur mentalité d’avant-guerre, bientôt, il ne s’agira plus d’un simple geste d’adhésion morale â la Troisième, mais d’une lutte à mort contre un Régime qui nous tue, nous ruine et nous déshonore.

« Reconstructeurs » de peu de foi, comment nous fier â vous pour le plus si vous n’êtes pas capables du moins ?

Le premier pas vous coûte si cher qu’on peut légitimement douter si vous serez jamais disposés à faire le deuxième, le pas décisif : la bienheureuse R. S. Car il faudra bien un jour tuer le Régime si nous ne voulons pas être tués par lui...

i5 février 1920.

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