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IL Y A OR ET OR

Nos imbéciles d’Etat, qui sont en train de faire de ce beau pays, jadis foyer d’esprit et le b.erceau de la pensée critique, une Béotie à faire pouffer de rire le monde entier, viennent d’arrêter après nos amis Loriot et Monatte, notre ami Boris Souvarine, secrétaire pour l’extérieur du Comité de la III* Internationale, qui mène — sous différents noms — depuis 1915 une campagne ouverte et parfaitement légale contre l’assassinat et la ruine de la France

par la Réaction intégrale et ses domestiques au pouvoir. Un policier subalterne a déclaré à un journaliste américain de ma connaissance qu’il s’agit non seulement de la sûreté de tous les bidets d’Etat, mais aussi, horribile dictu, de l’or bolchevik...

Ceux qui connaissent Boris Souvarine ne pourront pas, malgré les tristesses de l’époque sans nom, entendre cette ânerie sans un éclat de rire. Souvarine d’une forte intelligence devançant son jeune âge — défaut malheureusement corrigible avec les années — est l’homme le plus sobre et le plus laborieux que j’aie jamais connu. Il ne fréquente même pas le café, obligatoire pour ainsi dire pour tout homme politique ou journaliste. Jaurès lui-même y passait une partie de son temps précieux. Pour gagner péniblement sa vie, et pour servir nos idées, Boris Souvarine travaillait — sans exagérer — jour et nuit, parfois dix-huit heures par jour.

Mais au lieu de faire injure à notre ami en le défendant contre des imputations burlesques, je préfère poser une question générale. Un peuple en révolution a-t-il le droit de soutenir ses frères de misère et de travailler à leur émancipation?

Je déclare tout de suite que tant qu'au gouvernement français enverra en Russie des milliards volés au peuple français exsangue et ruiné, pour écraser la Révolution — qui sera demain celle du monde entier — le gouvernement des Soviets serait criminel en s’abstenant de la propagande dans les pays esclaves. Je demande aux mouchards du gouvernement de m’indiquer l’adresse du trésorier de Lénine — crest-à-dire du peuple russe — et j’irai im-

médiatement lui demander de l’argent pour la propagande socialiste. Et je me considérerai aussi peu déshonoré que VHumanité du temps de Jaurès recevant 4o.ooo marks de la social-démocratie allemande, ou le Socialisme de Jules Guesde qui, par mon intermédiaire et celui de Bebel, avait reçu 3.ooo francs du Comité Directeur du Parti social-démocratc allemand. Sans ce secours, le journal de Jules Guesde — où aucun collaborateur — ni directeur — ne fut payé, — le journal n’aurait pas pu survivre...

Les partis socialistes du monde entier forment une famille ayant — sauf à l’époque infâme de l’Union Massacrée — des obligations envers tous ses membres. Une de ces obligations est de soutenir la propagande dans les pays momentanément gênés.

Gomment ! il ne sera pas permis à un gouvernement communiste qui combat le crétinisme nationaliste et la propriété-vol de faire ce que font tous les gouvernements. Tl n’y a pas un gouvernement au monde qui ne fasse pas de propagande — à coups de millions et de corruption — dans des pays étrangers. Les gouvernements capitalistes s’achètent des esclaves à prix d’or. Et nous, nous n’aurions pas le droit de travailler à rendre les hommes libres et égaux ! Les assassins et les fous au pouvoir ont massacré et ruiné le monde, dépensé plus de mille milliards — deux cent milliards de plus que l’argent du monde entier — pour balkaniser l’Europe et pour en faire un véritable enfer où la misère, le typhus, la famine sévissent à l’état chronique. Et des hommes de cœur et de bon sens

n’auront pas le droit de secourir l’humanité en détresse !

Le Figaro, le Gaulois, le Temps ne pourraient exister un seul jour sans le concours des gouvernements et des capitalistes étrangers. Et c’est la presse entretenue qui ose faire de la morale ! Le banditisme capitaliste veut nous battre à la fois et par sa crapulerie et par notre honnêteté. Que serait devenu notre régime, messieurs les servants du V:eau d'or, si vous n’aviez pas pu acheter des Millerand et des Hervé P Et des nuées de mouchards P Et de hauts fonctionnaires P Et des Académiciens sans talent P

S’il existe quelque part de l’or bolchevik, qu’il soit béni. Car cet or aidera à briser les chaînes, tandis que l’or capitaliste sert à les forger. En prenant un engagement d’honneur et à titre de réciprocité, un gouvernement communiste peut momentanément, obligé par les circonstances, renoncer à faire son devoir de propagande. Mais ce cas ne s’est pas encore présenté ! Et l’or bolchevik reste le seul or Honnête. Car venu du peuple, il va au peuple. Né de la liberté il prépare la liberté.

Il y a une autre différence entre l’or émancipateur et l’or corrupteur. Lisez les correspondances de Russie dans Excelsior. Malgré sa bêtise bourgeoise et son incompréhension des choses socialistes, l’envoyé du journal est obligé de reconnaître que les maîtres tout-puissants de la Russie actuelle partagent toutes les misères du peuple — misères dont NOUS sommes responsables. La Russie communiste se s,erre la ceinture, souffre mille

misères pour contribuer à la libération du monde. Les capitalistes du monde entier font le contraire. Pour pouvoir continuer leur fêtes sardanapalesques, une vie d’oisiveté, ils envoient en Russie non leur propre argent, mais l’argent volé à la classe ouvrière en Russie.

Messieurs les capitalistes et leurs domestiques au pouvoir ! Vous pouvez — en attendant noire heure — nous emprisonner. Mais jamais vous ne pourrez nous déshonorer en nous mettant à votre niveau.

19 mai 1920.

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