‹ La révolution mondialeChapitre 36 sur 51 · OUI, IL Y A COMPLOT · texte numérisé non relu

OUI, IL Y A COMPLOT

Il y en a même plusieurs. Inutile, en ce moment, de parler du Grand Complot contre la paix mondiale d’avant-guerre ourdi par deux sociétés de malfaiteurs * publics concurrentes : l’une sous la firme Guillaume- François-Joseph et François-Ferdinand, et l’autre portant comme raison sociale : Edouard VH-Clemenceau- Delcassé-Isvolsky-Poincaré. Et j’omets le tsar Nicolas II. Cela est du passé que nous n’oublions pas.

Il serait plus utile de parler du Complot Clemenceau-Lloyd George qui a abouti au crime de Versailles organisant la guerre perpétuelle par une violation non moins perpétuelle des droits de tous les peuples à la vie et à l’indépendance, par la codification solen-

nelie d’une politique d’extermination d’une moitié de l’Europe.

Le traité de guerre en temps de paix est un voyage circulaire, perdant à chaque station un lambeau. Il n’en restera bientôt que la honte éternelle pour ceux qui l’ont étourdiment fabriqué.

Le Complot dont il s’agit est plus actuel, et aussi plus grave. C’est la préparation systématique d’une nouvelle guerre mondiale plus atroce que la dernière guerre de droit et de civilisation. Cette dernière n’a pas donné les résultats escomptés : l’anéantissement de la laïcité, de la classe ouvrière et du socialisme. Mieux encore. Elle a fait éclore toute une série de révolutions sociales qui menacent le capitalisme mondial. La Russie en a pris la tête. Dès ce moment, la réaction mondiale a décidé qu’il n’y aurait plus de paix au monde tant que le coffre-fort serait en danger et que la Russie révolutionnaire n’aurait pas été écrasée.

Le Complot de nos amis à la Santé manque de base juridique, de base réelle. On ignore et l’action précise projetée par les conspirateurs et les moyens déterminés à employer et le lieu et la date du crime. Malgré les recherches minutieuses de tous les fins limiers de la III® République royaliste — * et il y en a dans tous les milieux — on n’a pas encore découvert ni le plan stratégique de Loriot-Monatte-Monmousseau-Souvarine, ni leur dépôt d’armes, ni le lieu et la date de la révolution à venir.

Toutes ces précisions qui manqueront toujours au Complot Millerand-Jousselin, sont acquises au Complot contre-révolutionnaire contre la paix du monde.

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Les noms des criminels sont connus : Denikine, Koltchak, Pilsudski. Les dépôts d’armes furent découverts et repérés. On sait même où se trouve leur contenu : aux mains de l’armée rouge de Lénine et Trotsky qui, après avoir défait les agresseurs de la Russie en fuite, s’en sont emparés. On connaît, à n’en pas douter, les noms des instigateurs du crime : Clemenceau, Millerand, Lloyd George. Les lieux du crime sont devenus célèbres par leurs ruines et par les désastres : Arkhangel, Gatchina, Odessa, Kiew.

Les complices sont tous les ex-socialistes qui, dans leur aveuglement sectaire, n’ont pas cessé de combattre la révolution communiste sous prétexte de désaccords tactiques.

Avant la Révolution, les opportunistes déclarent la révolution impossible étant donné l’impréparation des masses. Quand la révolution triomphante leur donne un démenti par le fait, ils ne se résignent pas à lui pardonner sa victoire et s’allient cyniquement avec tous les contre-révolutionnaires, lui jettent constamment des bâtons dans les roues. Et ce sont encore eux qui triomphent s’ils arrivent à rendre plus difficile la marche de la révolution, en s’écriant : « Nous vous avons bien dit que la chose n’est pas si facile ! »

Oui, crétins ou traîtres ! Plus vous créerez de difficultés à la révolution au lieu de l’aider, comme c’était votre devoir socialiste, plus la Révolution aura de peine à réaliser son idéal. Elle a déjà un formidable passé de siècles d’oppression et d’ignorance à liquider. Et vous ajoutez encore de nouvelles entraves au nom de votre socialisme frelaté, payé largement par la classe ennemie.

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Rien ne fut négligé par les comploteurs. Le monde avait besoin de repos, comme un malade qui vient de sortir d’une fièvre qui a failli lui coûter la vie. Le monde est ruiné. Une grande partie est littéralement affamée. Les peuples suppliaient de leur rendre leur liberté de mouvement, la possibilité d’échanger leurs produits, le droit de respirer. Le capitalisme lui-même leur devait cela. Sa mission historique, qui a fait sa gloire et sa force, n’est-elle pas l’unification économique du globe, la création du marché mondial P

Mais cela ne fait pas l’affaire des conspirateurs contre-révolutionnaires. Us eurent la même idée que le génial poète allemand Schiller, naturalisé Français par la Convention : avec les marchandises pénètrent les idées. Et les Lloyd George et autres Millerand dressèrent des barrières entre les peuples, de véritables murailles de Chine. Les peuples alliés — et victorieux — sont enfermés dans leurs pays comme dans des prisons. Partout le gendarme se dresse en face du citoyen « libre » et « vainqueur » avec l’impitoyable mot d’ordre : « On ne passe pas ! » Que les nations se ruinent et crèvent, peu importe à nos gouvernants. Pereat mundus ! Que le monde périsse pourvu que le Capital vive !

Les soi-disant hommes d’Etat passent leur temps à trembler devant l’Allemagne vaincue et la Révolution russe affamée. Ils ont lancé les meurt-de-faim polonais contre les meurt-de-faim russes. Et ils sont honteusement battus. L’avant-dernière carte est jouée. Il s’agit maintenant de jeter des peuples entiers — ceux mêmes qui viennent de sortir de l’enfer de la guerre, ensan-

glantés et ruinés — dans la mêlée contre-révolutionnaire.

Messieurs les gouvernants, c’est trop tard ou trop tôt. Quelle que soit la lâcheté des Partis organisés et corrompus par V « Union Sacrée » (Union à massacrer), votre complot est éventé, découvert et dénoncé. Tout le monde sait désormais de quoi il est question. Pas moyen de jouer, cette fois, la comédie de la défense nationale, le sophisme du premier agresseur. C’est vous qui n’avez pas cessé d’attaquer la Révolution russe pour sauver vos têtes chargées de crimes, vos mains pleines du sang des millions de morts, vos coffres-forts où sont enfermés les dépouilles des victimes. Nos « défense nationale » eux-mêmes crient : « Pas un homme, pas un sou ! » Cette fois-ci, vous ne nous aurez pas.

Il ne vous reste que Gustave Hervé et sa traduction russe : le contre-espion Wladimir Bourtzeff, qui, tous les deux, pratiquent le dadaïsme nationaliste. Ils demandent ouvertement une nouvelle guerre mondiale. Comme dit un proverbe oriental : la vérité parle parfois par la bouche des imbéciles. Cette fois, ce sera décidément la dernière guerre. Car, cette fois, c’est la révolution mondiale certaine.

Faites la paix ou déclarez une nouvelle guerre au monde, votre Régime est f...icliu.

\ quand l’arrestation des fauteurs du Complot contre la Sûreté des Nations ?

9 août 1920.

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