LA PSYCHOSE NATIONALISTE ET LA PAIX MONDIALE
Le nationalisme est une religion, la plus tenace et la plus dangereuse de toutes. Aucune religion n’a valu à l’humanité autant de sang et de larmes ; autant de cruauté et de misère. Toute religion abêtit et crée une sensibilité spéciale qui n’a rien d’humain : il suffit de citer, comme témoins, Torquemada et
Loyola. Or, par ses effets stupéfiants et abêtissants, la religion nationaliste les dépasse toutes.
Philosophes, savants, artistes, publicistes, hommes d’esprit, historiens, érudits se transforment en vulgaires journalistes bourreurs de crânes lorsqu’ils se trouvent en face de leur divinité en danger réel ou même imaginaire. Exemple, entre tant d’autres : les quatre-vingt-treize intellectuels allemands, et presque tous nos intellectuels si on en excepte quatre, les plus illustres : Anatole France, Barbusse, Romain Rolland et Séverine. Les consciences les plus pures fléchissent. Les intelligences les plus lucides s’obscurcissent. Le mensonge devient obligatoire. L’hypocrisie s’impose. L’égoïsme le plus bas devient a sacré ». Et on l’avoue cyniquement, officiellement. Le nationalisme, comme toute grande passion mystique, se moque de la pudeur. Il se déshabille en public et exige, comme certaines divinités orientales, que l’on se prostitue dans ses temples — ad majorem gloriam patriæ. Lisez Hervé — si vous en avez le courage 1
Quel est le dogme fondamental de cette nouvelle religion qui est plus qu’homicide, car elle tolère, elle exige même l’assassinat ou le suicide de nations tout entières, la dévastation des continents. Ce dogme, le voici : Que les autres nations périssent pourvu que la mienne prospère. M. Heilmann, l’Hervé allemand, un peu plus instruit, l’a écrit, dans ces mêmes termes, en pleine guerre, dans sa Chemnitzer Volkszeitung. M. Hervé, le Heilmann français, le répète avec des airs de forain en goguette, tous les jours, dans sa feuille nationaliste. Toute l’histoire nationale, telle qu’on l’enseigne dans les écoles de tous les pays, est