DICTATURE DE TRAHISON ET DE RETISE
Les grenouilles nationalistes et « républicaines » demandèrent et obtinrent un Roi, notre ex-camarade Millerand, baron de Saint-Mandé, ex-collègue de Gallifet et sous-ordre de M. Daudet. La pauvre Constitution de 1875 n’est pas révisée, elle est abolie. La présidence du Conseil, qui constitutionnellement représente le Parlement, n’est que la vice-présidence de l’Elysée. Le Parlement, qui d’après la fiction de ce vieux gaga Wallon, représentait la « nation souveraine », n’est plus qu’un appareil enregistreur de la volonté élyséenne réglée et commanditée par le monde des mercantis, des larbins du tsar et des jésuites de l’Etat-Major.
La trahison républicaine et socialiste est royalement — c’est le cas de le dire — récompensée. Et la bêtise aussi. Car M. Millerand est le représentant typique, idéal de l’imbécillité nationaliste, épaisse et méthodique, organiquement incapable de comprendre l’évolution des sociétés modernes, la solidarité qui lie les nations. La politique nationaliste, c’est la folie, la mégalomanie s’emparant de la direction de l’Etat pour le mener à la ruine et à la honte.
Lorsque M. Millerand fut ministre de la guerre, en
i g 1 4, il plaça, par un décret spécial, 12,000 curés dans les services de Santé en leur sauvant la vie. En même temps, il laissa massacrer, aux premières lignes, presque toute l’Ecole Normale, l’élite des étudiants et des instituteurs. Devenu président du Conseil, il fit plus grand. Pour rendre possible une restauration tsariste, il envoie des milliards et des soldats en Russie, compromet et ruine les bons rapports de la France avec les autres nations, fait haïr et maudire la France par tous les peuples luttant héroïquement pour leur émancipation.
Cette imbécile politique nationaliste a fait de la France, ex-banquier du monde, le peuple le plus endetté, la proie facile des usuriers du monde entier, la mendiante universelle qui tremble devant une échéance américaine et même espagnole...
Aujourd’hui, il est président de la République. Il est tout-puissant. Le fou méthodique à l’âme de notaire et esclave de son ambition est au volant. Le char de l’Etat roulera vers le précipice en entraînant avec lui d’innombrables victimes innocentes...
Et c’est le moment que nos « Reconstructeurs », intelligents et clairvoyants, les, Paul Faure, les Mistral et les Pressemane, choisissent pour empêcher le Parti socialiste d’opposer énergiquement une orientation à gauche à Vorientation à droite des classes dominantes. Car il faut qu’on le sache : Contre la réaction intégrale qui triomphe, il n’y a que la Révolution intégrale ; contre la dictature des destructeurs et des mercantis il n’y a que la dictature des producteurs.
On ne peut pas objecter que c’est la tactique bolchevisante du Parti ou le Bolchevisme lui-même qui aient provoqué et engendré la Réaction. La Réaction n’a jamais désarmé. Battue momentanément et révolutionnairement en 1793, elle fut sauvée par les Koltchak et les Millerand de l’époque. De i83o à i848, ce sont les banquiers qui l’entretiennent et la nourrissent. Pendant les journées de juin, c’est a le républicain » Cavaignac qui lui prête main-forte. En 1871, c’est le « républicain » orléaniste Thiers qui assassine en son honneur trente mille Parisiens.
La Réaction, la plus noire et la plus stupide, la plus ruineuse, sous la forme chauvine, a repris l’offensive avec ce même Millerand qui, après avoir paradé dans des réunions et des congrès socialistes, s’était livré corps et âme au nationalisme militant. C’est M. Millerand qui stigmatisa ia lutte pour la République démocratique menée — avec des ressources limitées — par ce radical antédiluvien — parce que honnête — qu’est M. Combes en la traitant, en pleine Chambre, de « Régime abject ». C’est M. Millerand qui systématiquement empoisonnait le peuple français en développant chez lui jusqu’au paroxysme l’hystérie militariste.
La guerre de 1914 — ce que les démocrates à la Paul-Boncour se refuseront toujours à comprendre — fut la suite logique, le dernier mot de la politique nationaliste et réactionnaire. La défense nationale n’est qu’un prétexte, un piège, une arme de combat réactionnaire.
La Révolution russe d’octobre fut la seule réponse directe — * et décisive ! — à la réaction mondiale.
C’est le triomphe de l’Internationalisme s’opposant au Nationalisme abêtisseur et massacreur. Un socialiste qui continue à combattre la tactique révolutionnaire qui a triomphé en Russie et qui, demain, triomphera ailleurs, n’a rien compris de l’évolution du monde et des sociétés. La révolution mondiale est le seul moyen de combattre la guerre mondiale qui est toujours menaçante. Et c’est pour nous empêcher de retomber dans les errements nationalistes qui logiquement mènent à la destruction de toute civilisation que l’Internationale de Moscou nous pose — SE POSE A ELLE-MEME — des conditions.
Elles n’ont pas d’autre sens. Une situation extraordinaire demande des moyens extraordinaires. Oui ou non, voulons-nous éviter une nouvelle catastrophe mondiale et un nouvel écrasement de l’Internationale? Oui ou non, les méthodes de propagande et de combat de la IIe sont-elles susceptibles de nous rapprocher de ce but? Si nous répondons « oui », à la dernière question : retournons aux vomissements de la IIe, et mettons nos mains dans les mains d’Albert Thomas, de Vandervelde, de Scheidemann et de Noske. Si c’est « non », alors un changement de tactique s’impose.
La réaction triomphe. La réaction est agressive. La réaction ne s’arrêtera devant rien. Et ce n’est pas les fronts courbés, en trembleurs, qu’on pourra l’abattre et même la combattre.
La IIIe a deux parrains héroïques qui ne parlent que pour agir : le Parti communiste russe qui a fait victorieusement la Révolution, et le Parti socialiste
italien qui est en train de la préparer. Ce ne sont pas des paroles mortes. Ce sont des actes vivants.
Inspirons-nous en ! Le reste n’est que verbiage et amour-propre de nos petits grands hommes.
27 septembre 1920.