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SOCIALISME ET SYNDICALISME

Il n’y a pas de contradiction de principe ni incompatibilité de tactique entre le socialisme et le syndicalisme révolutionnaire. Le Parti socialiste ou communiste organise la classe ouvrière en vue de l’émancipation totale du travail. Le syndicalisme a le même but : la transformation sociale intégrale. Et il n’y a pas d’émancipation ouvrière en dehors du commu-

nisme. C’est la même classe qui se donne, sur des terrains différents, la même tâche finale. Ce sont deux armes de la même armée de combat. Même classe. Même but. Même ennemi. On a comparé, avec juste raison, le Syndicat et le Parti, avec deux bras du même organisme — l’organisme prolétarien.

Il y a cependant des cas où le syndicat s’oppose au Parti — au grand dam du prolétariat. C’est d’abord celui où le syndicalisme est exclusivement et dogmatiquement réformiste, ayant en face de lui un Parti communiste révolutionnaire. Alors la classe capitaliste est intéressée à opposer la classe ouvrière à elle-même, à diviser ses forces en ameutant les masses syndicales contre l’avant-garde communiste luttant pour la transformation sociale intégrale. On flatte les chefs ouvriers en les représentant comme des éléments raisonnables de la classe ouvrière appelés à la protéger contre les songe-creux socialistes ou communistes.

Il y a un autre cas moins fréquent. C’est celui où le Parti socialiste renonçant à sa mission historique et à sa raison d’être ne prétend qu’à devenir un oarti de réformes dans les cadres mêmes du régime capitaliste. Un Parti « socialiste » de nom et réformiste d’action doit fatalement combattre le syndicalisme révolutionnaire qui ne se contente pas d’un replâtrage social et qui mène une lutte révolutionnaire. Dans ce cas, comme dans le précédent, il manque la première condition de l’accord entre le Parti et le Syndicat — l’unité de but. Pour que socialisme et syndicalisme marchent ensemble, il faut que les

deux aient le meme but final, soit la réforme, soit la révolution.

L’Internationale Communiste de Moscou est obligée de combattre les chefs réformistes siégeant à Amsterdam pour deux raisons . Des hommes comme Gompers, un de ces chefs, est l’ennemi déclaré du socialisme. A l’ennemi, ennemi et demi.

D’autres comme Legien ou Jouhaux se prêtent à la tactique de collaboration avec les classes dominantes. Qu’ils le veuillent ou non, le capital profite de leur collaboration pour prolonger sa domination et pour enrayer toute action révolutionnaire. C’est un fait. Le concours prêté à un ennemi porte un nom précis, que Moscou ne se gêne pas de prononcer. Ce nom est choquant, mais la chose l’est encore davantage.

Il n’est pas vrai que Tlnternationale Communiste insulte la classe ouvrière qui, en partie, se groupe pour le moment à Amsterdam, autour de ces chefs provisoires. Il y a, dit-on, vingt-sept millions de syndiqués (juste autant que le nombre de morts et de blessés pendant la dernière guerre). Pour Moscou, comme pour tout communiste, il s’agit avant tout de gagner la classe ouvrière à la cause prolétarienne. Elle ne peut donc pas combattre ceux qu’elle recrute pour l’action. L’Internationale ne combat que ceux qui profitent de leu$ influence pour empêcher le développement de la conscience de classe.

Il y a, d’autre part, accord complet entre les éléments révolutionnaires de la C. G. T. et les Communistes. En voulant la même chose — la révolution

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sociale, — en luttant contre le même ennemi — le capital et ses auxiliaires opportunistes et réformistes, — il serait incompréhensible que communistes et syndicalistes révolutionnaires ne marchent plus la main dans la main. La lutte contre les classes privilégiées armées jusqu’aux dents est difficile et complexe. Pour la mener à bonne fin, le bloc des forces révolutionnaires s’impose. A côté de l’unité confusionniste et trompeuse des hommes qui ne sont même pas d’accord sur les principes fondamentaux, comme la droite et la gauche du Parti socialiste, il y a l’unité d’action, indispensable et salutaire : l’unité révolutionnaire. C’est cette unité que réclame l’Internationale Communiste.

Malgré la nécessité absolue de l’unité de classe (rien de l’unité alimentaire !), il se produit souvent des discussions entre syndicalistes et communistes ayant pour objet la délimitation des zones d’influence de chaque organisation. On discute également sur les formes des rapports entre le Parti et le Syndicat. La première Internationale qui n’avait pas pouï base des partis socialistes nationaux fortement organisés confondait dans la même organisation socialistes et syndicalistes. C’est la loi de toute évolution qui va de la confusion à la différenciation.

Rien n’est plus légitime que la division du travail entre Syndicat et Parti. Les méthodes de recrutement de ces deux organismes ouvriers diffèrent. Une autonomie technique et fonctionnelle s’impose. Le syndicat s’adresse à tous les ouvriers, et rien qu’aux ouvriers. Le Parti fait appel principalement aux ouvriers adhérents’' à son programme. Il s’adresse

également, bien qu’en seconde ligne, à tous ceux, ouvriers ou non, qui adoptent sincèrement son programme et y conforment leur action. De là la nécessité de la délimitation du terrain de combat. Vouloir subordonner le Syndicat au Parti, comme Y a fait jadis le Parti Ouvrier Français (P. O. F.), c’est commettre une faute grave. C’est affaiblir et le Parti et le Syndicat. Il suffit de les unir par en-haut, par l’unité du but final et de l’esprit révolutionnaire. Si les points de départ du Syndicat et du Parti diffèrent, leur point d’arrivée est le même : la Révolution sociale !

25 octobre 1920.

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